Niger : l’uranium de Niamey au cœur d’une nouvelle zone de turbulences
Strictement confidentiel
À Niamey, le dossier de l’uranium prend une tournure embarrassante. Selon des informations relayées par la presse internationale, la Société du patrimoine des mines du Niger (Sopamin) aurait tenté de négocier la vente de 300 tonnes d’uranate à la roumaine Nuclearelectrica.
L’opération, qui n’aurait finalement pas abouti, soulève plusieurs interrogations sur les conditions de la transaction et sur la stratégie de la junte en matière de commercialisation de l’uranium.
Quelques semaines plus tôt, à Alger, le général Abdourahamane Tiani avait pourtant adopté une position prudente. Interrogé sur les exportations d’uranium, le chef de la junte avait insisté sur le caractère particulier de cette matière, estimant qu’elle ne pouvait être vendue « à qui on veut ». Une position cohérente avec les règles internationales encadrant le commerce et le transport des matières nucléaires.
Mais les documents évoqués par la presse internationale racontent une autre histoire.
Le projet avec la Roumanie aurait notamment comporté une décote supérieure à 20 % par rapport au prix du marché, le recours à plusieurs intermédiaires rémunérés à la commission et un règlement en espèces et en devises fortes. Des modalités qui, si elles étaient confirmées, pourraient exposer les protagonistes à de sérieux risques juridiques, notamment au regard des dispositifs de lutte contre le blanchiment et les flux financiers illicites.
L’affaire intervient alors que Niamey reste empêtré dans son bras de fer avec Orano autour de la Somair et des stocks d’uranate. Le contentieux, soumis à l’arbitrage international, porte notamment sur la propriété de stocks saisis après la prise de contrôle de la compagnie minière par les autorités nigériennes.
Depuis 2023, la junte avait multiplié les déclarations sur la « souveraineté » de l’uranium nigérien, évoquant successivement de nouveaux débouchés, notamment en direction de l’Iran et de la Russie. La tentative roumaine, si elle est établie, apparaît dès lors comme un nouvel épisode d’une stratégie encore difficile à lire.
Le plus troublant reste ailleurs.
Selon les éléments disponibles, la transaction aurait été abandonnée après la divulgation de l’information. À Niamey, l’attention des autorités se porterait désormais davantage sur l’origine des fuites que sur les conditions dans lesquelles le projet aurait été préparé.
Cette priorité alimente, dans certains cercles, une question plus sensible : qui, au sein de l’appareil nigérien, pilotait réellement cette opération et avec quel mandat ?
Le dossier est loin d’être clos. Entre le contentieux avec Orano, l’arrêt prolongé de plusieurs activités minières dans la région d’Agadez et la nécessité de sécuriser les circuits d’exportation, le pouvoir de Niamey joue désormais une partie délicate. Une nouvelle affaire opaque autour de l’uranium pourrait fragiliser davantage sa crédibilité, y compris auprès des partenaires que la junte cherche précisément à attirer.
À suivre de très près.
![]()
