Edito /BMCI Challenge : quand l’innovation se heurte au mur du communautarisme

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Moulaye Najim

Le BMCI Challenge aurait pu être une fierté nationale. Une initiative ambitieuse, porteuse d’espoir, censée révéler les talents, soutenir les start-ups et offrir à la jeunesse un espace où seules les idées, les compétences et la créativité comptent. Pendant des années, j’en ai entendu parler comme d’un modèle à suivre. Je l’ai cru. J’y ai cru.

Car dans un pays en quête de développement, ce type de projet n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Chaque année, ou presque, le BMCI Challenge refait surface. Cette régularité est déjà, en soi, un signal positif. À ce titre, il faut reconnaître le mérite des initiateurs et saluer la BMCI, une banque qui, par ailleurs, force l’estime et jouit d’une réputation solide. Justement, c’est cette réputation qui rend la suite d’autant plus dérangeante.

Il y a une quinzaine de jours, par pur hasard, des amis m’ont partagé le lien de la diffusion en direct de l’événement. Par simple curiosité, j’ai regardé. Dès les premières minutes, un malaise s’est installé : organisation approximative, mise en scène indigente, réalisation amateur, prises de vue confuses, absence flagrante de professionnalisme. J’avais l’impression d’assister à la manœuvre laborieuse d’un poids lourd tentant de se garer dans une ruelle étroite, maladroit, hésitant, sans aucune maîtrise.

Le direct était chaotique, et le décor indigne d’une institution bancaire de l’envergure de la BMCI. À cet instant, ils n’étaient d’ailleurs pas plus de sept spectateurs à suivre la diffusion en direct. Ce chiffre m’a surpris. Puis j’ai compris.

Car, de notoriété publique, en matière de communication à la BMCI, les prestataires véritablement professionnels ne seraient pas toujours les bienvenus. Il n’y aurait ni appels d’offres transparents, ni réelle mise en concurrence. Bien souvent, les décisions se prendraient à la tête du client. Une pratique qui finit inévitablement par produire ce genre de résultats : une communication fragile, peu crédible, en total décalage avec l’image d’une banque de ce standing.

Heureusement, si l’on peut se permettre cette expression, l’agence chargée de l’événement n’avait manifestement jamais organisé une manifestation de cette ampleur, et l’approche médiatique n’avait tout simplement pas été prise en charge. La presse n’avait pas été conviée. Ce qui, paradoxalement, a sans doute évité le pire. Comme le dit l’adage, à quelque chose malheur est bon : l’absence des médias a épargné à la BMCI une couverture qui aurait difficilement pu masquer ce désastre organisationnel. Par moments, on avait davantage l’impression d’assister à une kermesse scolaire qu’à un événement stratégique porté par une grande institution bancaire.

Mais tout cela, aussi regrettable soit-il, reste secondaire.

Car le véritable choc est venu plus tard.

Lorsque l’animatrice a annoncé que près de 1 000 jeunes candidats avaient postulé cette année et que seulement une quarantaine avaient été retenus, j’ai d’abord ressenti une réelle admiration. Sélectionner parmi mille projets est une tâche lourde, exigeante, qui suppose rigueur, expertise et sens des responsabilités. Je me suis dit : voilà enfin un signe que les choses avancent.

Puis sont venus les résultats.

Trois lauréats. Trois profils. Trois appartenances communautaires parfaitement réparties. Un Harratine, un Bidhane, un Corry. Une symétrie trop parfaite pour être le fruit du hasard. Une reproduction fidèle, presque scolaire, de la politique étatique que nous subissons depuis des décennies.

À cet instant, le BMCI Challenge a cessé d’être un concours d’innovation pour devenir un exercice d’équilibrisme communautaire.

Soyons clairs : le problème n’est pas l’identité des gagnants. Le problème, c’est le critère invisible mais déterminant qui semble avoir guidé la décision finale. Les compétences, la qualité des projets, l’innovation, l’impact économique ? Relégués au second plan. L’essentiel était ailleurs : satisfaire une logique communautaire, quitte à sacrifier le mérite.

Cette logique, je la connais trop bien. Je ne la découvre pas aujourd’hui. Je l’ai vécue de l’intérieur.

J’ai participé à la mise en place de commissions et de départements ministériels, et à chaque fois, le même scénario se répète. Avant même de parler de compétences, de profils techniques ou d’expertise, une consigne tacite s’impose :

il faut un Hartani,

— un Bidhani,

— un Corry.

Peu importe que le poste soit hautement technique. Peu importe que la personne n’ait ni formation adéquate, ni expérience, ni vision. L’objectif n’est pas de faire fonctionner la commission, mais de remplir une grille communautaire. Le résultat est connu : commissions paralysées, décisions bloquées, réformes avortées. La commission des réformes de la presse en est l’un des exemples les plus éloquents.

Voir cette même philosophie transposée dans le monde du business, de l’entrepreneuriat et de la finance est profondément inquiétant. Le secteur privé était censé être le dernier refuge du mérite, de la performance et du pragmatisme. Manifestement, il n’a pas résisté à la contamination.

Le message envoyé à la jeunesse est brutal :

travaillez, innovez, entreprenez… mais n’oubliez pas votre communauté, car c’est elle qui primera.

Si tel est réellement l’esprit du BMCI Challenge, alors soyons honnêtes jusqu’au bout. Informons clairement les candidats :

— tant de points pour l’appartenance communautaire,

— bonus pour la diversité tribale,

— pénalité pour l’excès de compétence.

Et changeons le nom : BMCI Challenge devient BMCI Community.

Car, au fond, qu’aurait-on perdu si les véritables gagnants avaient été deux Harratines, trois Bidhanes ou deux Corry ? Rien. Absolument rien. En revanche, ce que nous perdons aujourd’hui est immense : la confiance des jeunes, la crédibilité des initiatives privées et l’espoir d’un avenir fondé sur le mérite.

Ce que j’ai vu n’est pas seulement une défaillance organisationnelle. C’est un symptôme profond, révélateur d’un mal ancien qui continue de ronger même les projets les plus prometteurs.

Je termine par une question simple, mais essentielle :

combien de jeunes sont repartis ce jour-là convaincus que, dans ce pays, le talent ne suffit toujours pas ?

Moulaye Najim Moulaye Zeine

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