Escalade au Moyen-Orient : les frappes contre l’Iran font dérailler la diplomatie

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Les négociations en cours à Mascate (Oman) pour obtenir de l’Iran des garanties sur l’absence de visée militaire de son programme nucléaire ont été brusquement interrompues le 28 février au matin. Une série de bombardements a visé plusieurs sites iraniens, y compris des lieux où se trouvaient des dignitaires du régime. Téhéran a immédiatement riposté par des frappes contre Israël et contre plusieurs bases américaines dans le golfe Persique. D’une ampleur supérieure aux affrontements de juin dernier, la confrontation menace désormais de s’étendre à l’ensemble de la région, voire au-delà.

Les États-Unis et Israël ont mené des attaques coordonnées d’envergure contre de nombreuses cibles en Iran, entraînant des représailles iraniennes. Donald Trump n’a sollicité ni l’approbation du Congrès ni une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies avant d’ordonner l’opération. L’offensive est survenue alors même que Washington et Téhéran poursuivaient des discussions sur le nucléaire iranien. Pour ses détracteurs, il s’agit d’une guerre illégale au regard du droit américain comme du droit international.

Donald Trump a répété à plusieurs reprises que l’Iran ne devait pas accéder à l’arme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) venait toutefois d’indiquer qu’elle ne pouvait pas vérifier si Téhéran avait suspendu toutes ses activités d’enrichissement d’uranium ni déterminer précisément l’état de ses stocks, faute d’accès à certains sites touchés lors du conflit précédent. De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, affirmait récemment qu’un accord limitant le programme nucléaire en échange d’un allègement des sanctions était « à portée de main ».

Selon la déclaration de Donald Trump après le début des frappes, l’objectif semble désormais dépasser la question nucléaire pour s’orienter vers une tentative de changement de régime. Pendant ce temps, les bombardements frappent plusieurs villes iraniennes : des familles se réfugient, des victimes civiles sont à craindre et la population paie déjà le prix de l’escalade.

Cet épisode s’inscrit dans une longue histoire d’ingérences étrangères en Iran. En 1941, le Royaume-Uni et l’Union soviétique avaient contraint Reza Shah Pahlavi à abdiquer, puis, en 1953, la CIA et le MI6 avaient orchestré le renversement du premier ministre Mohammad Mossadegh.

Les conséquences régionales pourraient être graves. L’Iran a déjà ciblé des bases américaines au Koweït, au Qatar, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, et les premiers bilans font état de victimes. La République islamique considère clairement l’affrontement actuel comme une menace existentielle et pourrait intensifier sa riposte.

Téhéran pourrait également mobiliser ses alliés régionaux — les Houthis au Yémen, les Forces de mobilisation populaire en Irak et le Hezbollah au Liban — qui, malgré leur affaiblissement après deux années d’attaques israéliennes soutenues par Washington, conservent la capacité d’élargir le conflit.

L’Iran a par ailleurs montré, lors d’exercices navals récents menés avec la Russie, qu’il pourrait tenter de fermer le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent environ un quart du pétrole mondial et un tiers du gaz naturel liquéfié. Une telle décision ferait bondir les prix de l’énergie et pèserait lourdement sur l’économie mondiale.

Une dimension culturelle et politique

Cette guerre comporte aussi une dimension symbolique. Les frappes ont été déclenchées pendant le mois du ramadan, période de spiritualité pour les musulmans. Les images de victimes iraniennes pourraient nourrir le discours d’un « choc des civilisations » opposant le monde judéo-chrétien à l’islam.

Dans de nombreuses capitales européennes, une partie de l’opinion publique et des mouvements anti-guerre pourraient percevoir cette intervention comme une agression manifeste des États-Unis et d’Israël. Les arguments avancés par Donald Trump et Benyamin Nétanyahou risquent de peiner à convaincre au niveau international.

À Moscou et à Pékin, les dirigeants observent attentivement la situation. Vladimir Poutine et Xi Jinping, proches de Téhéran, ont déjà condamné l’opération américano-israélienne. Cette crise pourrait également influencer leurs calculs stratégiques concernant l’Ukraine et Taïwan.

Au total, l’attaque contre l’Iran pourrait plonger le monde dans une période de fortes turbulences : flux de réfugiés accrus, chocs économiques, instabilité sécuritaire et pertes humaines. Le seul espoir repose désormais sur la capacité des acteurs internationaux à contenir l’escalade et à ramener les parties à la table des négociations.

Plus que jamais, la diplomatie apparaît indispensable. Chercher à imposer un changement de régime par la force comporte des risques majeurs. Une déstabilisation accrue de l’Iran pourrait entraîner tout le Moyen-Orient dans une spirale incontrôlable, avec des répercussions bien au-delà de la région.

 

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