Le parquet de Nouakchott-Ouest a décidé de classer l’affaire dite du « scandale du laboratoire de police », relative au marché du laboratoire technique de la police conclu entre la Direction générale de la Sûreté nationale et la société GENOMED, soumise au droit britannique. Ce classement met fin à une affaire qui aura été, à bien des égards, artificiellement montée en épingle.
Si je m’exprime aujourd’hui, c’est parce que le temps du silence est révolu. Ce silence n’était ni une fuite ni une indifférence, mais un choix délibéré et responsable. Je m’étais volontairement abstenu d’aborder ce dossier tant que l’affaire était pendante et encore en phase d’instruction, estimant qu’il s’agissait là d’une exigence professionnelle élémentaire et d’un impératif juridique dicté par le respect de la présomption d’innocence.
Ce choix de réserve, conforme aux règles de la profession, au respect du travail de la justice et au principe de non-ingérence dans une procédure judiciaire en cours, met aujourd’hui en lumière la gravité des dérives observées dans le traitement médiatique de cette affaire.
Dès les premiers jours, l’opinion publique a été orientée par des insinuations, des amalgames et des raccourcis transformant un acte professionnel ordinaire en accusation criminelle. Il ne s’agissait plus d’informer, mais de juger et de condamner avant toute décision judiciaire. Nous avons assisté à un véritable procès médiatique, mené dans la précipitation, en violation manifeste des principes fondamentaux du droit.
Il convient de rappeler une évidence juridique et économique : partout dans le monde, les relations d’affaires reposent sur des mécanismes légaux et reconnus, intermédiation, mise en relation, commissions. Ces pratiques sont encadrées et parfaitement admises, y compris dans le cadre des marchés publics. Les présenter comme suspectes uniquement parce qu’un journaliste est concerné relève d’une instrumentalisation manifeste.
Le journaliste mis en cause est directeur de publication, responsable d’un média reconnu, et gestionnaire d’une entreprise de communication. Cette pluralité d’activités est légale, assumée et largement répandue. Aucun texte de loi n’interdit à un journaliste d’entreprendre, de conseiller ou de servir d’intermédiaire, dès lors que l’indépendance éditoriale est préservée et que la loi est respectée.
Le fait d’avoir facilité une mise en relation professionnelle a été abusivement requalifié en acte répréhensible. Cette construction artificielle d’une faute pénale là où il n’existe qu’un acte licite constitue une dérive grave et dangereuse.
Il faut l’affirmer sans ambiguïté : Ahmed Cheikhe n’a jamais menti, jamais triché, jamais compromis son métier. Son parcours professionnel, ses écrits et la réputation de son organe de presse témoignent de sa rigueur, de sa constance et de sa crédibilité. Rien ne justifiait l’acharnement dont il a fait l’objet.
Tout indique que cette affaire ne relevait pas du hasard. Elle semble répondre à une volonté manifeste de nuire : nuire à un journaliste, à ses relations professionnelles, mais aussi, possiblement, à d’autres personnalités, chacune porteuse, le cas échéant, d’un projet politique. Au-delà des personnes visées, c’est la liberté de la presse elle-même qui se trouve fragilisée. Les communiqués diffusés après son audition donnaient le sentiment d’une accusation construite a posteriori, cherchant à légitimer un emballement médiatique par des interprétations biaisées.
Une question s’impose alors : pour quelle raison certains confrères se sont-ils livrés à des “investigations” sans jamais respecter le principe du contradictoire ? Pourquoi refuser d’entendre l’intéressé avant de l’exposer publiquement, en violation des règles élémentaires de la profession ?
Faut-il rappeler qu’en Mauritanie, le journalisme ne garantit pas des conditions de vie décentes ? Exiger des journalistes qu’ils vivent exclusivement de leur plume, dans un environnement médiatique économiquement fragile, relève d’une vision irréaliste et profondément hypocrite. Un journaliste demeure un citoyen à part entière, titulaire de droits économiques et civiques.
Ce qui s’est joué ici dépasse le cas d’un seul homme. Criminaliser un journaliste sans décision judiciaire définitive constitue un précédent dangereux, un message de dissuasion adressé à l’ensemble de la profession, et une atteinte directe à la liberté de la presse.
À la suite du classement du dossier, notre confrère est pleinement fondé à envisager des actions en réparation contre ceux qui ont porté atteinte à son honneur et à son image.
Il est impératif de revenir au droit, à l’éthique et à la responsabilité. L’honneur d’un journaliste ne se sacrifie ni sur l’autel de l’arbitraire, ni sur celui des règlements de comptes journalistique mesquins.
Moulaye Najim Moulaye Zeine
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