C’est un scandale qui sent la honte, l’opacité et la trahison morale. Pendant que Gaza enterrait ses morts sous les bombes, des Mauritaniens modestes vidaient leurs poches pour soutenir le peuple palestinien. Certains ont donné sur leurs maigres salaires, d’autres sur leurs économies, convaincus que leur argent allait soulager des familles affamées et des enfants sous les décombres.
Aujourd’hui, une déclaration fracassante de l’ambassadeur palestinien en Mauritanie, Bashir Abu Hatab, vient pulvériser ce récit de solidarité : les fonds récoltés n’auraient jamais atteint le peuple palestinien.
Autrement dit : des milliards collectés au nom de Gaza se seraient évaporés dans la nature.
Et là, plus personne ne parle.
Pas de conférence officielle. Pas d’audit public. Pas d’enquête judiciaire. Pas même un semblant d’explication. Comme si plus de 150 milliards d’anciennes ouguiyas pouvaient disparaître sans laisser de traces, sans responsables et sans comptes à rendre.
C’est pourtant simple :
Qui a collecté l’argent ?
Qui l’a détenu ?
Qui l’a transféré ?
Et surtout : qui a empêché qu’il arrive à Gaza ?
Car il ne s’agit plus d’un simple flou administratif. Si ces accusations sont confirmées, ce serait l’un des scandales moraux les plus ignobles de ces dernières années : utiliser la souffrance d’un peuple massacré pour alimenter des circuits opaques et transformer l’émotion populaire en caisse noire.
Le plus révoltant dans cette affaire, ce n’est pas seulement la disparition présumée de l’argent. C’est le mépris affiché envers les citoyens. On a demandé au peuple de se serrer la ceinture au nom de la solidarité islamique et humaine. Beaucoup ont répondu présents avec sincérité. Et pendant ce temps, certains auraient transformé cette mobilisation nationale en terrain de prédation.
Et fait encore plus troublant : même une partie de la presse, pourtant si prompte d’habitude à flairer les scandales partout et sur tout, observe cette fois un silence assourdissant, complice. Un silence lourd, gênant, presque organisé. Ceux qui passent leurs journées à dénoncer la moindre irrégularité semblent soudain frappés d’amnésie journalistique. Mais chacun, au fond, croit déjà savoir pourquoi.
Au-delà du scandale financier, d’autres questions légitimes commencent désormais à émerger. Et si elles restent sans réponses, les conséquences pourraient être désastreuses, non seulement pour les auteurs présumés de ce détournement, mais également pour l’image même de la Mauritanie.
La question est pourtant d’une simplicité brutale :
si les Palestiniens de Gaza n’ont jamais reçu ces fonds, à quoi ont-ils réellement servi ?
Car lorsqu’une somme aussi colossale disparaît des circuits officiels sans traçabilité claire, le risque ne se limite plus à un simple détournement. Il ouvre la porte à toutes les inquiétudes : financement opaque, circuits parallèles, opérations illicites ou utilisation hors de tout contrôle institutionnel. Et dans un contexte international marqué par la surveillance des flux financiers liés aux zones de conflit, ce genre d’affaire peut rapidement prendre une dimension explosive.
Dans n’importe quel pays où les institutions fonctionnent encore normalement, une telle révélation aurait déjà provoqué des convocations, des perquisitions et des gels de comptes. Ici, le silence ressemble dangereusement à une protection.
Mais une question continuera de poursuivre tous ceux qui cherchent à étouffer cette affaire :
où sont passés les milliards de Gaza ?
Et tant qu’aucune réponse claire ne sera donnée, ce dossier restera comme une tache indélébile sur ceux qui ont laissé l’argent de la solidarité disparaître dans les sables du système.
Moulaye Najim Moulaye Zeine
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