La séquence intervient dans un climat déjà chargé. Alors que Nouakchott peine à tourner la page des récentes perturbations électriques ayant plongé plusieurs quartiers dans l’obscurité, les critiques formulées par le général à la retraite Lebatt Ould El Mayouf contre le fonctionnement de l’État ont, semble-t-il, retenu l’attention des autorités.
Membre du bureau exécutif du parti La Mauritanie en Avant, l’ancien officier supérieur a été convoqué mercredi par le bureau chargé de la lutte contre la cybercriminalité.
L’information a été rendue publique par le président de la formation politique, le Dr Nour Eddine Mohamedou. Selon son récit, un officier de police s’est présenté au domicile du général à la retraite pour lui notifier la convocation. Un second agent devait également se rendre sur place, sur instruction du procureur de la République.
À ce stade, aucune indication officielle n’a été donnée sur les motifs précis de cette procédure. Mais la convocation intervient quelques heures seulement après une série de publications particulièrement sévères de l’ancien chef d’état-major particulier du président de la République.
Le blackout comme symptôme
Dans ses messages, Lebatt Ould El Mayouf ne s’est pas contenté de commenter les coupures d’électricité. Il y a vu le révélateur d’un malaise institutionnel plus profond.
« Ce qui se passe aujourd’hui à Nouakchott est l’expression la plus claire et la plus significative de l’effondrement de l’État », a-t-il notamment écrit, allant jusqu’à évoquer « le début de la fin d’un régime qui ne laissera derrière lui ni regret ni nostalgie ».
Pour l’ancien général, la panne électrique ayant affecté la capitale ne pouvait être réduite à un simple incident technique. Elle constituerait, selon lui, l’illustration d’un système administratif fragilisé et d’un appareil étatique incapable de faire fonctionner normalement ses propres structures.
Il s’est notamment interrogé sur l’intervention directe du président de la République dans la gestion de cette crise, alors que le pays dispose, rappelle-t-il, d’un ministre de l’Énergie, d’une direction générale de la Société nationale d’électricité, d’autorités administratives locales et de plusieurs structures techniques et de contrôle.
À ses yeux, le fait que le sommet de l’État soit amené à intervenir personnellement ne traduit pas nécessairement une démonstration d’efficacité. Au contraire, estime-t-il, cela pourrait être le signe d’une chaîne de responsabilités qui ne fonctionne plus normalement.
La critique d’un pouvoir trop centralisé
Plus largement, Lebatt Ould El Mayouf décrit une administration progressivement privée de ses capacités d’initiative. Les responsabilités, affirme-t-il, auraient été retirées à ceux qui sont censés les exercer, tandis que les compétences seraient marginalisées au profit d’une concentration croissante des décisions.
Tous les dossiers finiraient ainsi par remonter vers un même centre de pouvoir, y compris lorsque les mécanismes administratifs sont en échec.
« Lorsqu’un système dépend d’une seule personne, ce n’est pas la preuve de sa force », soutient en substance l’ancien général. C’est, selon lui, le symptôme d’institutions qui ne remplissent plus pleinement leur rôle.
La convocation de cet ancien proche du sommet de l’État donne désormais une nouvelle dimension à cette séquence. Reste à savoir si l’enquête de la police de la cybercriminalité porte effectivement sur ses récentes publications ou sur un autre dossier.
Dans l’attente d’une clarification officielle, une chose est certaine : les critiques de Lebatt Ould El Mayouf viennent d’ouvrir un nouvel épisode dans le débat sur la liberté d’expression, la gestion de l’État et les rapports de plus en plus sensibles entre pouvoir et voix dissidentes en Mauritanie.
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