En Algérie ; le français recule, l’anglais s’impose progressivement dans le système éducatif et les institutions
Dans le cadre d’un dossier consacré à la place de la langue française en Algérie, sur fond d’évolution des relations entre Alger et Paris, le magazine Jeune Afrique, s’est penché sur les dernières réformes engagées par les autorités algériennes. Ces mesures traduisent une diminution continue de l’influence du français au profit d’un essor marqué de l’anglais.
L’enseignement du français repoussé, l’anglais devient prioritaire
À compter de la rentrée scolaire de septembre 2026, l’anglais sera la première langue étrangère enseignée aux élèves de troisième année du primaire, tandis que l’apprentissage du français sera reporté à la quatrième année.
Le ministère algérien de l’Éducation nationale justifie cette réforme par la volonté d’alléger la charge cognitive des élèves et de limiter les difficultés liées à l’apprentissage simultané de deux langues étrangères. Les autorités estiment également que l’anglais constitue désormais « la langue des sciences » et répond davantage aux exigences du monde contemporain.
Selon Jeune Afrique, cette décision s’inscrit dans un processus amorcé en 2022, puis consolidé par un décret présidentiel appliqué dès l’année scolaire 2023-2024. À cette époque, l’anglais avait été introduit dans le cycle primaire aux côtés du français, avec deux heures d’enseignement hebdomadaires pour chacune des deux langues. La nouvelle réforme confère désormais une priorité claire à l’anglais.
Une mutation qui dépasse le cadre scolaire
Le magazine souligne que cette réorientation linguistique ne se limite plus au système éducatif. Elle s’étend progressivement à l’enseignement supérieur ainsi qu’aux administrations publiques.
Les universités algériennes ont ainsi commencé à adopter l’anglais dans les facultés de médecine, de pharmacie, de chirurgie dentaire et d’informatique, rompant avec plusieurs décennies d’enseignement dispensé en français. Des programmes de formation ont également été mis en place pour accompagner les enseignants dans cette transition, présentée par les autorités comme une ouverture accrue vers le monde.
Cette évolution touche également les institutions publiques, où l’usage du français dans les correspondances administratives recule au profit de l’arabe et de l’anglais.
Parmi les mesures les plus significatives figurent :
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Depuis avril 2025, Air Algérie n’émet plus ses billets en français, privilégiant désormais uniquement l’arabe et l’anglais.
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En août 2025, Algérie Télécom a annoncé l’abandon du français sur ses factures et reçus, désormais édités exclusivement en arabe et en anglais.
Dans le même esprit, les autorités ont mis fin au dispositif qui permettait à certains établissements privés d’enseigner simultanément les programmes algérien et français. Toutes les écoles privées sont désormais tenues d’appliquer exclusivement le programme national algérien, ce qui entraîne de facto la disparition de l’enseignement du cursus français ainsi que des manuels pédagogiques français non homologués.
Une réforme aux fortes implications politiques
Pour Jeune Afrique, cette évolution s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre Alger et Paris, exacerbées depuis que le président français Emmanuel Macron a annoncé, en juillet 2024, le soutien de la France à la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
De nombreux observateurs estiment ainsi que le recul du français ne relève pas uniquement de considérations pédagogiques. Il traduirait également une volonté politique et culturelle de redéfinir l’identité linguistique du pays et de prendre progressivement ses distances avec l’héritage colonial français.
Parallèlement, plusieurs syndicats de l’enseignement et spécialistes de l’éducation soutiennent le renforcement de la place de l’anglais, considéré comme la langue dominante dans les domaines scientifiques, technologiques et économiques. Ils regrettent toutefois la rapidité de la mise en œuvre de cette réforme, menée sans véritable concertation avec la communauté éducative, et mettent en garde contre les conséquences que pourraient avoir des formations accélérées des enseignants sur la qualité de l’enseignement.
En conclusion, Jeune Afrique estime que le recul du français en Algérie dépasse désormais le seul cadre de l’école. Il s’inscrit dans une politique publique plus large touchant l’enseignement supérieur, l’administration et le secteur économique, tandis que l’anglais s’impose progressivement comme première langue étrangère du pays. Une transformation qui reflète à la fois des choix éducatifs, des orientations stratégiques et des considérations politiques liées à l’évolution des relations entre l’Algérie et la France.
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