Russie-AES : Moscou veut transformer le Sahel en nouveau front de puissance
Le rapprochement entre Moscou et les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ne relève plus d’une simple coopération militaire. Il dessine progressivement une nouvelle carte des influences en Afrique de l’Ouest, sur fond de rupture entre les régimes de Bamako, Niamey et Ouagadougou et leurs anciens partenaires occidentaux.
La Russie entend désormais franchir un cap. Après avoir noué des relations sécuritaires avec chacun des trois pays, Moscou pousse à une approche davantage coordonnée à l’échelle de l’AES. L’annonce, en juillet, d’un renforcement de la coopération militaire traduit cette volonté de passer d’une succession de partenariats bilatéraux à une architecture sécuritaire régionale.
Pour le Kremlin, l’enjeu dépasse donc la seule lutte contre les groupes armés. En consolidant ses liens avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, la Russie gagne des positions dans une région stratégique, longtemps considérée comme une zone d’influence privilégiée des puissances occidentales. Le retrait progressif de plusieurs acteurs européens ouvre ainsi un espace que Moscou cherche à occuper rapidement.
Sur le terrain, cette nouvelle donne commence à prendre une dimension opérationnelle. Des éléments du Corps Afrique russe apportent leur soutien aux forces locales, renforçant la présence sécuritaire de Moscou auprès des régimes de l’AES. Au Niger, leur implication s’est notamment manifestée lors de la récente tentative d’insurrection à Niamey, avec un appui aux forces favorables au pouvoir pour reprendre le contrôle d’une base militaire dans la capitale.
Cette évolution traduit surtout une convergence d’intérêts. Les dirigeants de l’AES cherchent à renforcer leur autonomie stratégique et à diversifier leurs partenariats, tandis que Moscou voit dans cette alliance une occasion d’accroître son influence politique, militaire et diplomatique sur le continent.
Le véritable enjeu se joue donc désormais au-delà des frontières des trois États. En tentant de faire de l’AES un espace sécuritaire plus intégré, Moscou pourrait contribuer à l’émergence d’un nouveau bloc d’influence au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Une perspective qui pourrait durablement rebattre les cartes entre la Russie, les puissances occidentales et les États sahéliens.
Le Sahel n’est plus seulement le théâtre d’une guerre contre les groupes armés : il devient aussi un terrain de compétition entre puissances pour le contrôle des alliances, des partenariats militaires et de l’influence politique en Afrique.
Ould Boaé
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