Mauritanie : même l’argent qui voyage n’échappe plus au fisc
En Mauritanie, le fisc semble avoir découvert une nouvelle frontière : celle de l’argent en mouvement. Après les téléphones portables et une série de prélèvements qui touchent progressivement la vie économique quotidienne, les transferts de fonds entrent à leur tour dans le champ de tir de l’administration fiscale.
Dès le 1er septembre, les banques devront appliquer une taxe de 0,1 % sur chaque transfert, avec un plafond fixé à 200 nouvelles ouguiyas. Le prélèvement sera automatisé dans les systèmes bancaires, transformant les banques en collecteurs du fisc.
À première vue, la somme n’a rien de spectaculaire. Mais ce n’est pas tant le montant qui retient l’attention que la tendance. Depuis quelque temps, la fiscalité mauritanienne donne l’impression de s’étendre à mesure que l’État cherche de nouvelles recettes. Même le téléphone portable, devenu aussi banal que l’électricité ou l’eau, n’a pas échappé à cette logique.
C’est là que commence le véritable débat.
Un impôt supplémentaire peut être parfaitement défendable pris isolément. Une économie, après tout, ne peut fonctionner sans recettes publiques. Mais lorsque les taxes s’empilent sur les importations, les communications, les transactions et désormais les transferts d’argent, le problème devient celui du coût fiscal cumulé.
Pour le Trésor, la stratégie est séduisante : multiplier les petits prélèvements sur de larges volumes d’opérations permet d’augmenter les recettes sans relever brutalement un impôt unique. Pour le contribuable, le résultat est moins élégant. La facture arrive par petites coupures, mais elle finit par être bien réelle.
Le nouveau dispositif présente néanmoins une particularité intéressante. Au-delà d’un certain montant, la taxe ne progresse plus grâce au plafond de 200 ouguiyas. Le fisc choisit donc la prévisibilité plutôt que la progressivité. Pour les grandes opérations, le prélèvement devient relativement marginal ; pour les petits transferts répétés, il peut en revanche peser davantage proportionnellement.
Les banques, elles, n’ont guère le choix. Le directeur général des impôts, Al-Mukhtar Al-Salem Al-Mina, leur a demandé d’adapter leurs dispositifs techniques et administratifs. Elles ont promis d’être prêtes pour l’échéance du 1er septembre.
La vraie question est ailleurs : combien de nouvelles taxes une économie peut-elle absorber avant de commencer à changer de comportement ?
Lorsque les prélèvements deviennent trop nombreux, les agents économiques ne disparaissent pas. Ils s’adaptent. Certains réduisent leurs opérations formelles, d’autres recherchent des circuits moins coûteux, et une partie finit par se tourner vers l’informel. Pour un pays qui souhaite justement élargir son assiette fiscale et attirer davantage d’investissements, ce serait un curieux paradoxe.
La Mauritanie a donc un équilibre à trouver. Un État qui ne prélève pas assez manque de moyens ; un État qui prélève partout risque de rendre l’économie plus chère qu’elle ne devrait l’être.
Pour l’instant, le plafond de 200 ouguiyas paraît bien modeste. Mais dans une économie où les taxes se multiplient, ce n’est pas nécessairement la taille d’une taxe qui compte. C’est le nombre de fois où elle apparaît sur la facture.
Moulaye Najim Moulaye Zeine
![]()
