Voilà pourquoi Kane Ousmane est structurellement incompétent. Par Pr ELY Mustapha
« L’audit alibi, le judiciaire absent, le contribuable délesté »
Une nomination qui est un aveu d’impuissance
Quand le Premier ministre Mokhtar Ould Diay signe, le 21 août 2026, l’arrêté créant une « commission d’enquête indépendante » sur les incendies des postes SOMELEC de Dar Naïm et Toujounine, il ne résout pas un problème technique. Il officialise l’échec de l’État.
Trente jours. Prolongeables de quinze. Une brochette de hauts fonctionnaires – l’Inspecteur général d’État , un conseiller à la Présidence , le président de la CNCMP , le directeur de l’énergie de la SNIM – placés sous l’autorité d’un ancien ministre, Ousmane Mamoudou Kane.
Et surtout : deux cabinets étrangers. Le suisse ECG (The Energy Consulting Group AG). L’allemand INTEC (GOPA-International Energy Consultants GmbH).
Coût total estimé de la prestation intellectuelle : 4,7 millions d’euros (environ 202 millions MRU).
Pour ce prix, la Mauritanie ne recevra pas un seul volt. Pas un transformateur. Pas un disjoncteur. Pas un mètre de câble. Pas une pompe à incendie.
Elle recevra un rapport.
L’incompétence n’est pas personnelle, elle est structurelle
En 2020 dans mon article intitulé « Le mécano et le polytechnicien : Kane Ousmane était « mécaniquement » incompétent ». Je mentionnais déjà la perception qu’avait le pouvoir d’utiliser des compétences et de les dédaigner ensuite pourvu qu’ils accomplissent en son nom, des missions de réhabilitation de leur Mal gouvernance, celle en ce moment de Aziz. J’y écrivais : «
« Lorsqu’un mécanicien auto de tuc-tuc militaire qualifie un polytechnicien d’incompétent sur des dossiers financiers, quelles conclusions en tirer ? Où il s’agit d’une comédie de boulevard, ou d’une tragédie humaine. Quand un tel acte se joue au sommet de l’Etat, c’est une comédie tragique pour la crédibilité et la gestion de l’Etat. Il est probable que Aziz ayant confondu « mines » antipersonnel et Ecole des mines avait maintenu Kane Ousmane dans son giron. Mais Kane Ousmane, est probablement pour quelque chose dans ce qui lui est arrivé. Non pas qu’il soit incompétent ou malhonnête. L’homme ne figure pas dans ce profil loin de là. Mais simplement en acceptant de figurer si longtemps dans le giron et dans le gouvernement d’un président putschiste légalisé, il cautionnait la dérive du pouvoir et de son inconséquence. Il vient d’en tirer les leçons et c’est tant mieux. Mieux vaut tard que jamais. » (voir l’article sur mon blog et sur ce lien : https://haratine.com/Site/?p=15691 )
Aujourd’hui, il se voit confier une commission d’enquête sur les incendies des centrales électriques, pour encore et toujours redorer une image gouvernementale ternie par l’incompétence et les scandales , qui de la Cour des comptes à l’IGE, n’en finissent plus…
Dire que Kane Ousmane est incompétent pour cette mission, ce n’est pas une attaque ad hominem. C’est une constatation fonctionnelle.
Mais fallait-il lui confier toute une commission chèrement payée pour « faire la lumière » sur des incendies dont tout le monde connaît déjà les causes :
Vétusté des équipements (transformateurs 33/15 kV dépassés).
Surcharge chronique (démographie galopante, raccordements sauvages).
Absence totale de systèmes de détection et d’extinction automatiques d’incendie dans les postes.
Maintenance préventive inexistante ou fictive (marchés de gré à gré, réceptions complaisantes).
Gouvernance de la SOMELEC gangrenée par le népotisme, la corruption des marchés, l’impunité des directeurs techniques successifs.
Les ingénieurs de la SOMELEC le savent. Les experts de l’IGE le savent. La Cour des comptes le sait. Les bailleurs (BEI, BM, UE, AFD) le savent.
Kane Ousmane ne découvrira rien. Il ne peut rien découvrir que les services compétents n’aient déjà documenté. Son mandat : « établir les faits, analyser les causes, identifier les manquements, proposer des recommandations », est exactement celui d’un auditeur. Or, l’audit administratif n’a ni pouvoir de contrainte, ni prérogative d’instruction, ni autorité pour sanctionner.
Il produit du diagnostic. La situation exige de la thérapeutique pénale.
Le précédent de 2020 : 1,15 milliard de dollars audités, zéro procès
On a déjà fait le coup. Juillet 2020. La Commission d’enquête parlementaire (CEP) sur la « décennie Aziz » ouvre ses portes. Périmètre : 96 marchés, 430 milliards d’anciennes ouguiyas ; soit l’équivalent de 1,15 milliard de dollars US.
Trois cabinets internationaux sont retenus sur dix-sept candidats : Taylor Wessing (juridique, Paris), Matine Consulting (audit technique, Tunis), Gibraltar Advisory (infrastructures). Le coût global de cette artillerie juridique et technique ? Secret défense budgétaire: non publié.
Le rapport final, rendu dans la douleur, est accablant : détournements, surfacturations, marchés fictifs, complicités politiques documentées. Les suites judiciaires ? Zéro. Les dossiers transmis au parquet y ont pris la poussière. Les responsables identifiés n’ont jamais été inquiétés. Certains sont députés. D’autres ministres. D’autres conseillers du pouvoir actuel.
Août 2024-2025. L’Inspection Générale de l’État (IGE) publie son rapport annuel. 2,375 milliards MRU d’irrégularités financières constatées sur 35 missions. 1,21 milliard MRU transmis au parquet. 20 révocations, 11 avertissements côté administratif.
Côté pénal ? Le néant. Le parquet classe. L’exécutif ne bronche pas.
Août 2026. Incendies SOMELEC. Commission Kane. Cabinets ECG + INTEC. 4,7 millions d’euros. Le scénario est écrit d’avance, rodé à la perfection : un rapport technique pour masquer le vide, une conférence de presse pour faire l’événement, une transmission « au parquet » pour la forme, un classement pour la suite, l’oubli pour finalité. Pas une variable ne change. Pas un acteur ne sort du rôle. La tragédie, cette fois, ne se jouera même plus en coulisses – elle se consume en direct, sous les projecteurs, payée comptant par ceux qui subissent le noir.
La définition de la folie, c’est de refaire la même chose en espérant un résultat différent. La Mauritanie, elle, refait le coup en le payant plus cher à chaque fois.
L’arithmétique de l’indécence : voilà ce que 4,7 millions d’euros auraient pu servir pour le pays
Convertissons ce chiffre dans la seule monnaie qui vaille pour un pays qui s’éteint : le béton, le cuivre, le kilowattheure, la vie humaine .Et voyons s’il était investi, non pas dans une commission faire-valoir, ce qu’il pourrait créer pour le pays
Quatre millions sept cent mille euros – soit près de 202 millions d’ouguiyas – ce n’est pas une ligne budgétaire abstraite.
C’est, au prix des marchés BEI, BAD, AFDB et SOMELEC 2024-2025, vingt-cinq à trente postes 33/15 kV entièrement équipés en détection linéaire, extinction automatique au gaz et confinement : exactement la protection qui manquait à Dar Naïm et Toujounine pour que l’étincelle ne devienne pas brasier!
C’est trois à quatre transformateurs 25 MVA neufs avec leur appareillage, prêts à remplacer les machines agonisantes qui surchauffent sous la charge.
C’est vingt-deux kilomètres de ligne 225 kV double terne, soit le bouclage intégral de la ceinture haute tension de Nouakchott, cette artère qui aurait permis de délester les postes surchargés avant qu’ils ne prennent feu.
C’est trois à six mégawatts de solaire hybride avec stockage, du type Gougu Zemal, de quoi alimenter en journée six à douze localités hors réseau tout en économisant des millions de litres de fuel.
C’est vingt-trois à trente-et-un villages entièrement électrifiés : poste 33/0,4 kV, réseau bas tension, compteurs sortant 12 000 à 15 000 Mauritaniens de l’obscurité.
C’est 31 000 kits solaires individuels posés sur autant de toits, la lumière et la charge téléphone pour des foyers que le réseau national ignore.
C’est, enfin, dix ans de maintenance préventive rigoureuse sur dix postes critiques – thermographie, analyses d’huile, serrage, tests relais, formation des agents; avec, en prime, un centre de formation SOMELEC équipé pour que la relève ne soit plus une variable d’ajustement.
Au total : 4,7 M€ représentent 0,17% du gap de financement du Pacte National de l’Énergie (2,8 milliards d’euros non financés sur 3,07 requis). Une goutte d’eau dans l’océan des besoins. Mais 4,7 M€, c’est 100% du prix de l’illusion.
100% du coût d’un rapport chèrement payé qui n’allumera pas une ampoule, ne pompera pas un litre d’eau, ne sauvera pas un vaccin dans un hôpital sans courant.
Chaque euro versé à ECG et INTEC est un euro soustrait à la prévention, à la réparation, à la production, à l’accès.
C’est l’arithmétique implacable d’un État qui préfère payer le diagnostic du médecin au chevet du mort plutôt que l’opération qui l’aurait sauvé.
Le business model de la commission : vous payez, ils facturent, personne ne paie… sa délinquance.
Décortiquons, pédagogiquement et à la manière d’une pièce de théâtre en huit actes, la mécanique de ce modèle cynique des affaires, avant que le rideau ne tombe, encore une fois, sur cette comédie, à la Molière, d’une gouvernance d’un Etat malade, non imaginaire.
La mécanique de ce modèle cynique des affaires est industrielle, rodée, prévisible à l’euro près.
Acte I : la crise. Les postes brûlent, la capitale s’éteint, l’eau s’arrête, les hôpitaux plongent dans le noir.
Acte II : l’indignation. La presse gronde, les réseaux s’enflamment, les bailleurs s’inquiètent.
Acte III : la parade. Un décret du Premier ministre, trente jours, une « commission indépendante » de façade.
Acte IV : la facture. On sort le carnet d’adresses. Appel d’offres restreint, procédure d’urgence, gré à gré déguisé. INTEC empoche 2 244 044,25 € HT pour le « suivi de la construction de deux postes » – avis d’attribution SOMELEC, août 2026. ECG, via le groupement ECG–Okan Partners–Trinity International AARPI présélectionné sur AMI, prépare une note estimée entre 1,5 et 2,5 millions d’euros (forfait + hommes/jours). Honoraires standards : 350 à 500 €/jour/homme, perdiems, billets business class, frais généraux 15–20%. Facturation en euros, paiement sur lignes « Assistance technique » ou « Études », soit dit, en passant, soigneusement hors contrôle parlementaire effectif.
Acte V : le livrable. Un rapport cartonné, bilingue, 150 à 300 pages. Un diagnostic technique que les ingénieurs de la SOMELEC connaissent par cœur. Des recommandations génériques – «renforcer la maintenance », « réviser le code des marchés », « former les cadres » – et un « plan d’action à cinq ans » non budgétisé, donc non contraignant.
Acte VI : la communication. Remise solennelle au Premier ministre, point de presse, communiqué de la présidence, transmission « au procureur » – pour la forme.
Acte VII : l’oubli organisé. Le parquet ouvre une « enquête préliminaire » qui durera vingt-quatre mois. Les témoins s’évanouissent, les preuves s’effacent, les disques durs sont formatés. Le dossier est classé « infraction insuffisamment caractérisée ».
Acte VIII : le prochain cycle. Dans trois ans, un autre poste brûlera. Une autre commission naîtra. D’autres cabinets seront payés. D’autres millions partiront en honoraires.
C’est un modèle économique. Les cabinets – ECG, INTEC, Taylor Wessing, Matine, Gibraltar, et les suivants – ont trouvé la rente parfaite : un client État solvable, qui ne marchande pas les notes d’honoraires, et ne demande qu’une chose – des rapports qui ne mordent pas. En échange, ils livrent le label « expertise internationale », sésame indispensable pour débloquer les prochains décaissements BEI, Banque mondiale, UE, AFD. Le contribuable mauritanien finance sa propre anesthésie.
Ce qu’il fallait faire, et (hélas !) qu’on ne fera pas.
La seule réponse proportionnée à la gravité des faits – mise en danger de la vie d’autrui, destruction de biens publics, détournement de fonds de maintenance, corruption passive et active – était judiciaire, pas administrative.
Il fallait saisir le procureur de la République le soir même du premier incendie. Ouvrir une information judiciaire pour : destruction involontaire par négligence (art. 319 CP), mise en danger de la vie d’autrui (art. 320 CP), détournement de deniers publics (art. 93 loi anti-corruption), corruption passive/active, trafic d’influence (art. 94-96), faux et usage de faux en écriture publique (réceptions de travaux, PV de maintenance fantaisistes).
Nommer un juge d’instruction indépendant, lui donner les moyens coercitifs de la loi : saisies (comptabilités, serveurs, téléphones), perquisitions (domiciles, bureaux SOMELEC, ministères), levée du secret bancaire (comptes des directeurs techniques, fournisseurs, bureaux de contrôle), gardes à vue (48h renouvelables), confrontations, mises en examen, mandats de dépôt.
Une équipe d’enquêteurs spécialisés du type du juge italien anti-mafia Giovanni Falcone Section de recherche financière et non pas des auditeurs. Des policiers, des juges qui savent suivre l’argent, retourner un comptable, faire craquer un intermédiaire.
Et, immédiatement, des sanctions politiques : démission ou limogeage du ministre de l’Énergie, du DG SOMELEC, du directeur Maintenance, du directeur des Marchés. Pas dans six mois. Maintenant.
Mais rien de tout cela n’arrivera.
Parce que le système ne juge pas le système!
L’IGE transmettra au parquet, le parquet classera.
La Cour des comptes observera, l’exécutif ignorera.
Le Parlement enquêtera, les cabinets factureront en millions d’euros et les rapports dormiront.
Et la commission Kane Ousmane, avec ses 4,7 M€ de cabinets, aura participé officiellement à mettre la vérité en sourdine noyée dans le business model de la commission (ce cynique plan d’affaires ravageur des commissions de cabinets internationaux pour édulcorer la mal gestion de nos gouvernants)
Je vous donne le verdict par avance, chers lecteurs, chers citoyens appauvris…
Le rapport Kane–ECG–INTEC sera rendu fin septembre 2026.
Il sera technique, épais, bilingue, « crédible ».
Il pointera des « dysfonctionnements », recommandera un « plan d’action », proposera un « renforcement des capacités ».
Il sera traduit pour les bailleurs. Servira de faire-valoir pour le prochain décaissement BEI/BM.
Puis il rejoindra les oubliettes : à côté du rapport CEP 2020 (coût des cabinets non publié), des rapports IGE 2024-2025 (budget institutionnel), des rapports de la Cour des comptes (budget institutionnel).
Et dans trois ans, rappelez-vous de cet article, un autre poste brûlera.
Une autre commission naîtra.
D’autres cabinets seront payés.
D’autres millions d’euros partiront en honoraires.
Le réseau, lui, ne coûtera plus rien – il aura fini de brûler.
L’incompétence structurelle de Kane est la nôtre
Kane Ousmane n’est pas incompétent parce qu’il ne sait pas lire un schéma unifilaire. Il l’est parce qu’il accepte de présider une mascarade.
Parce qu’il légitime, par sa signature, le décaissement de 4,7 M d’euros qui auraient dû acheter des disjoncteurs, des extincteurs, du câble, de la formation, de la justice.
Parce qu’il sait ( il a été ministre, il connaît la machine ) que son rapport ne changera rien.
Qu’il sert de caution morale à une opération de blanchiment budgétaire.
L’incompétence, ici, c’est de prendre un scalpel d’audit pour opérer une tumeur qui exige la hache du procureur.
Et de le faire en sachant que le patient mourra sur la table pendant qu’on facture l’anesthésie à 4,7 millions d’euros.
4,7 millions d’euros. 202 millions MRU. 30 jours. 2 cabinets. 1 ex-ministre. 0 volt. 0 poursuite. 0 poste sauvé.
Ce sera le bilan…d’une gabegie que l’on aura honorée par un décaissement de 4,7 M d’euros.
Dans un milieu où l’entropie naturelle tend vers la prédation des ressources publiques. Envoyer un auditeur , même intègre et compétent , dans un environnement où le silence est complice et l’impunité institutionnalisée, c’est demander à un thermomètre de soigner la fièvre.
Ousmane Mamoudou Kane remettra son rapport fin septembre. Il sera « transmis à la justice ». Le parquet ouvrira une « enquête préliminaire » qui durera deux ans. Les coupables, s’il y en a, auront le temps de blanchir, de fuir, de se faire élire député (immunité). Les cabinets ECG et INTEC seront payés. La SOMELEC commandera de nouveaux transformateurs – sur appel d’offres, cette fois, avec 15% de commission. Et dans trois ans, un autre poste brûlera.
Pr ELY Mustapha
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