**Dans une prise de position particulièrement ferme, le Syndicat des Éditeurs de la Presse Mauritanienne (SEPM) dénonce la persistance de pratiques d’exclusion au sein du secteur médiatique. Tout en dédouanant le nouveau ministre de la Culture de la décision contestée relative à la commission de l’aide publique à la presse privée, le Syndicat met directement en cause l’héritage de son prédécesseur, Houssein Ould Medou, auquel il attribue plusieurs années de marginalisation des organisations professionnelles indépendantes.**
La polémique autour de la commission chargée de gérer l’aide publique à la presse privée prend une dimension plus large. Pour le SEPM, le problème ne se limite pas à une question de représentation administrative : il renvoie à des pratiques de gouvernance qui auraient profondément fragilisé la vie associative et syndicale dans le paysage médiatique mauritanien.
Le Syndicat apporte notamment une précision importante concernant la responsabilité du nouveau ministre. Selon lui, la liste des membres de la commission figurait déjà parmi les dossiers transmis dans les parapheurs de passation de services entre les deux ministres. Sa désignation ne serait donc pas une initiative du nouveau titulaire du département, mais une décision héritée de l'administration précédente.
En revanche, le SEPM dresse un réquisitoire sévère contre la gestion de l'ancien ministre Houssein Ould Medou. Il lui reproche d'avoir démantelé les mécanismes consensuels de représentation professionnelle, favorisé une association proche de ses orientations et marginalisé les autres organisations, notamment celles qui ne se seraient pas alignées sur sa démarche.
Plus encore, le Syndicat affirme que cette logique aurait dépassé le cadre de la représentation pour toucher les possibilités mêmes d'existence, d'initiative et de développement des associations et syndicats indépendants. Il évoque notamment des pressions présumées sur certains organismes afin de les dissuader de collaborer avec les structures professionnelles qui n'étaient pas proches de l'ancien ministre.
Le SEPM critique également la conduite des réformes du secteur, qu'il décrit comme essentiellement unilatérale et dépourvue de véritable concertation avec les acteurs concernés. Une accusation qui pose, au-delà de la controverse actuelle, la question de la place accordée aux organisations professionnelles dans la définition de l'avenir de la presse mauritanienne.
En distinguant clairement le nouveau ministre de l'héritage de son prédécesseur, le Syndicat lui adresse un message sans équivoque : la passation de services ne doit pas se transformer en reconduction des pratiques du passé. Il attend désormais des décisions concrètes pour rétablir le dialogue, l'équité et la liberté d'action des organisations professionnelles.
**Voici le communiqué que nous avons reçu du Syndicat des Éditeurs de la Presse Mauritanienne (SEPM) :**
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# COMMUNIQUÉ DE PRESSE
## Aide publique à la presse privée : le SEPM dénonce une confiscation administrative et la perpétuation des pratiques d’exclusion
Le Syndicat des Éditeurs de la Presse Mauritanienne (SEPM) exprime sa profonde indignation à la suite de la désignation, par le ministère de la Culture, de la commission chargée de la gestion de l’aide publique à la presse privée, sans aucune concertation préalable avec les organisations professionnelles représentatives du secteur. Le Syndicat dénonce une démarche unilatérale qui porte atteinte aux principes de représentation, de transparence et d’équité qui devraient pourtant guider la gestion de ce dispositif.
Comment peut-on prétendre soutenir la presse privée en confiant près de **80 % des sièges de la commission à des fonctionnaires de l’État et à des représentants des départements ministériels** ? Une telle composition révèle un déséquilibre manifeste et pose une question fondamentale : comment les bénéficiaires de l’aide publique à la presse privée peuvent-ils être réellement représentés dans un mécanisme où ils demeurent largement minoritaires ?
Il convient de rappeler qu’avant l’arrivée de l’ancien ministre de la Culture, Houssein Ould Medou, un mécanisme consensuel de représentation et de gestion avait été établi entre le département et les organisations professionnelles. Ce dispositif a par la suite été démantelé, au profit d’une nouvelle association de professionnels des médias, proche des orientations de l’ancien ministre. Dès lors, les sièges réservés aux représentants des sites électroniques et des éditeurs dans différentes instances ont été exclusivement attribués à des membres de cette structure, au détriment des autres organisations professionnelles et de leurs représentants légitimes.
Cette logique d’exclusion ne s’est pas limitée aux instances de représentation. Plusieurs professionnels rapportent que les membres de cette association ont bénéficié d’un accès privilégié aux déplacements présidentiels, à la couverture des activités gouvernementales ainsi qu’aux missions à l’étranger lors de sommets et de rencontres internationales. Des instructions auraient également été données à certaines institutions et représentations diplomatiques afin de privilégier les journalistes appartenant à cette structure, au détriment des autres professionnels.
**La représentation professionnelle ne saurait devenir un permis d’accès à l’information, encore moins un instrument permettant de sélectionner les journalistes autorisés à couvrir l’action publique.**
Pendant près de sept ans, plusieurs organisations professionnelles ont ainsi été marginalisées, installant un climat de frustration et d’injustice au sein du paysage médiatique national.
Le SEPM dénonce également une politique de marginalisation systématique des organisations professionnelles qui ne partageaient pas les orientations de l’ancien ministre. Selon le Syndicat, chaque fois que les structures professionnelles proches de lui se révélaient incapables de mener des activités concrètes, d'organiser des ateliers ou de mobiliser les acteurs du secteur autour d'initiatives médiatiques, l'ancien ministre choisissait paradoxalement de fermer davantage les portes aux autres associations et syndicats, pourtant actifs et disposés à contribuer au développement du paysage médiatique national.
Plus préoccupant encore, le SEPM affirme que des instructions auraient été adressées à certains organismes afin qu'ils ne collaborent pas avec les syndicats et associations qui n'étaient pas considérés comme proches de l'ancien ministre. Une telle démarche, si elle traduit une volonté de réserver les possibilités de partenariat à des structures acquises à une seule orientation, revient à priver l'ensemble de la corporation de ses chances de développement, d'initiative et d'épanouissement institutionnel.
**Jamais, dans l'histoire récente du secteur médiatique mauritanien, un ministre n'aura, selon le SEPM, poussé aussi loin cette logique de fermeture et de marginalisation des organisations professionnelles indépendantes.** Le Syndicat estime que cette attitude, qu'il juge profondément cynique, a contribué à asphyxier la vie associative et syndicale dans le secteur.
Cette gouvernance s'est également caractérisée par la conduite unilatérale des réformes, sans véritable concertation avec la corporation médiatique. Des décisions engageant l'avenir de toute une profession auraient ainsi été prises sans associer ceux qui en sont les premiers concernés. Pour le SEPM, cette méthode constitue l'une des illustrations les plus manifestes de l'échec de la gestion du secteur sous l'ancien ministre : on ne peut prétendre réformer la presse en écartant systématiquement ses acteurs et leurs organisations représentatives.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’ancien ministre, également ancien président de la HAPA, a été accusé par des professionnels d’avoir placé le mécanisme de l’aide publique à la presse privée sous son contrôle, en faisant de ce dispositif un moyen de pression sur les entreprises de presse et les journalistes qui refusaient de se soumettre à son influence.
Le SEPM rappelle avec fermeté que **l’aide publique à la presse privée ne doit jamais devenir une récompense pour les dociles, une sanction pour les indépendants ou un moyen de pression sur ceux qui défendent leur liberté éditoriale.** Elle doit servir à renforcer les entreprises de presse, à consolider leur indépendance économique et à préserver le pluralisme médiatique, et non à entretenir des rapports d’allégeance.
À cet égard, le Syndicat exige que les critères d’éligibilité, les grilles d’évaluation, les modalités de répartition ainsi que les montants attribués soient rendus publics. La transparence ne peut être une simple déclaration de principe : elle doit se traduire par des règles claires, accessibles et équitables pour tous les bénéficiaires.
Il importe également de préciser que **la corporation médiatique, toutes tendances confondues, est parfaitement informée que la liste de nomination des membres de la commission chargée de la gestion de l’aide publique à la presse privée figurait déjà parmi les dossiers transmis dans le cadre des parapheurs de passation de services entre les deux ministres**. Cette décision ne relève donc pas d'une initiative du nouveau ministre de la Culture et ne saurait lui être imputée personnellement. Elle s'inscrit dans un processus engagé sous l'administration précédente.
Le SEPM tient ainsi à préciser que sa démarche ne vise pas personnellement le ministre actuel de la Culture. Toutefois, les pratiques héritées de la période précédente semblent encore trouver des prolongements au sein de certains rouages administratifs. Il appartient désormais au ministre de prendre ses responsabilités, de mettre fin à ces méthodes et de démontrer, par des décisions concrètes, qu’une véritable rupture avec les pratiques d’exclusion est engagée.
En conséquence, le SEPM :
– **Condamne** la désignation unilatérale de la commission chargée de la gestion de l’aide publique à la presse privée, sans concertation avec les organisations professionnelles représentatives ;
– **Exige** une révision de sa composition afin de garantir une représentation réelle, équilibrée et inclusive de la presse privée ;
– **Demande** la publication des critères d’attribution, des grilles d’évaluation et des modalités de répartition de cette aide ;
– **Appelle** à la suspension du processus en cours jusqu’à l’ouverture d’une concertation avec les organisations professionnelles concernées ;
– **Réclame** une rupture claire et définitive avec les pratiques de marginalisation, de favoritisme et de pression qui ont fragilisé le secteur ces dernières années.
Le SEPM le réaffirme : **l’aide publique à la presse privée n’est ni une propriété ministérielle ni un instrument d’allégeance politique.** Les éditeurs ne sont pas des quémandeurs et les journalistes indépendants ne sont pas des sujets que l’on peut soumettre par la pression financière.
Le Syndicat ne saurait accepter que l’aide destinée à soutenir la presse privée soit confisquée par des mécanismes administratifs qui écartent précisément ceux auxquels elle est destinée.
**Le temps de l’exclusion doit prendre fin. La liberté de la presse se mesure aussi à la manière dont l’État traite ceux qui la font vivre.**
*LE BUREAU EXÉCUTIF *Le Syndicat des Éditeurs de la Presse Mauritanienne (SEPM)**
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