Six mois après l’avoir perdue dans l’offensive la plus humiliante de son histoire récente, l’armée malienne a refait son entrée à Kidal le 6 octobre, sans tirer un coup de feu. Pour la junte d’Assimi Goïta, c’est une revanche hautement symbolique. Pour le Front de libération de l’Azawad, un simple « repli ». Entre les deux récits se joue l’avenir du Nord malien et, au-delà, la stabilité de tout le flanc sahélien de la Mauritanie.
Une ville vide, un drapeau qui change
Il n’y a pas eu de bataille de Kidal. Au matin du 6 octobre, les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés russes de l’Africa Corps ont trouvé une cité désertée par les combattants du FLA. La veille, l’état-major avait lancé des frappes aériennes sur les positions rebelles de la région, dans le cadre d’une opération baptisée « Dougoukoloko ». Objectif affiché : neutraliser les groupes armés et rétablir la libre circulation des personnes et des biens.
Dans son communiqué n°022, le FLA a parlé d’un « repli stratégique et maîtrisé », destiné, selon son porte-parole Mohamed Elmaouloud Ramadane, à préserver ses hommes et à épargner les civils. Le mouvement accuse au passage Bamako et ses partenaires d’avoir détruit l’essentiel des infrastructures de la ville par les airs, une accusation qu’aucune source indépendante n’a pour l’heure confirmée.

Le printemps où tout a basculé
Pour mesurer le poids de ce retour, il faut remonter au 25 avril. Ce jour-là, le FLA et le JNIM, la branche sahélienne d’Al-Qaïda, déclenchent une série d’attaques coordonnées : Bamako, Kati, Sévaré, Mopti, Gao, Kidal. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, est tué par une voiture piégée visant sa résidence. En quarante-huit heures, Kidal tombe, et l’Africa Corps négocie son départ de la ville grâce à une médiation algérienne.
Les semaines suivantes confirment l’ampleur du choc : chute de la base de Tessalit le 1er mai, Assimi Goïta qui s’attribue lui-même le portefeuille de la Défense trois jours plus tard, combats acharnés autour d’Anéfis en juillet, attaque meurtrière contre Dioura en septembre. Pendant ce temps, le blocus du carburant imposé par le JNIM continue d’étrangler les routes qui relient le Mali à ses voisins.
REPÈRES : Kidal, trois maîtres en trois ans
- Novembre 2023 : l’armée malienne et Wagner reprennent la ville aux rebelles touareg.
- Novembre 2024 : naissance du FLA, fusion de mouvements touareg et arabes dont le MNLA et le HCUA, sous la direction d’Alghabass Ag Intalla.
- 25-27 avril 2026 : offensive FLA-JNIM, chute de Kidal, retrait de l’Africa Corps.
- 6 octobre 2026 : retour des FAMa et de l’Africa Corps après le départ du FLA.
Reprendre une ville n’est pas tenir un territoire
La première reconquête, en 2023, avait été célébrée à Bamako comme la fin d’une anomalie. Deux ans et demi plus tard, la ville était de nouveau perdue. La leçon pèse sur l’opération en cours : Kidal est une enclave isolée, au bout de pistes longues et vulnérables, qu’il faut ravitailler en permanence. Chaque convoi est une cible potentielle.
Surtout, le FLA n’a pas été défait : il s’est retiré. Dans un rapport publié en mai, l’International Crisis Group estimait que le mouvement conservait une réelle capacité de frappe, tout en restant dépendant d’un allié jihadiste dont les objectifs divergent des siens. C’est peut-être là que réside la vraie fragilité de la coalition rebelle, et la seule ouverture politique pour Bamako. Selon la même source, le Burkina Faso et le Niger, partenaires du Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel, auraient apporté un appui militaire aux opérations, une participation qui reste à confirmer officiellement.
Ce que Nouakchott regarde de près
Vue de Mauritanie, la reprise de Kidal n’est pas une affaire lointaine. Le pays abrite, au camp de Mbera dans le Hodh Ech Chargui, des dizaines de milliers de réfugiés maliens, et chaque regain de violence dans le Nord ou le Centre du Mali se traduit par de nouvelles arrivées à la frontière. Les corridors routiers qui relient le port de Nouakchott au marché malien comptent aussi parmi les axes visés par le blocus du JNIM.
Le retour d’Alger dans le jeu, avec une coopération renouée avec Bamako après des mois de brouille, redessine par ailleurs l’équilibre régional. Nouakchott, qui a fait de la sécurisation de ses frontières une priorité et s’est tenue à l’écart des ruptures spectaculaires de ses voisins, a tout intérêt à ce que le Nord malien ne redevienne pas un vide sécuritaire.
La tentation du triomphe
À Bamako, la tentation sera grande de présenter le 6 octobre comme le tournant de la guerre. Les faits invitent à la prudence : la ville a été prise sans combat, les rebelles annoncent la poursuite de la lutte, et le JNIM, qui n’a pas quitté le Centre ni les abords de la capitale, reste l’adversaire le plus redoutable. Assimi Goïta a affirmé, quelques semaines plus tôt, que le Mali restait ouvert au dialogue. La reprise de Kidal lui donne une position de force pour le prouver. Reste à savoir s’il choisira de s’en servir pour négocier, ou pour pousser plus loin vers le nord.
Sources : Jeune Afrique ; La Nouvelle Tribune (6 oct.) ; La Nouvelle Tribune (analyse) ; Sahelien.com ; International Crisis Group (mai 2026), cité par La Nouvelle Tribune.
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