Algérie–Niger : Tiani à Alger pour sceller la fin de la crise et relancer les projets stratégiques
Le chef du régime militaire du Niger, le général Abdourahamane Tiani, a achevé ce lundi 16 février une visite officielle de deux jours en Algérie, à l’invitation du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Le dirigeant nigérien, également président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), était accompagné d’une importante délégation ministérielle.
Cette visite marque un tournant diplomatique majeur entre Niamey et Alger, mettant officiellement fin à plusieurs mois de tensions entre les deux voisins sahéliens.
Un dégel après des mois de crispations
L’accueil réservé au général Tiani à Alger consacre la normalisation progressive des relations entre l’Algérie et le Niger, mises à rude épreuve en 2024. Les différends portaient notamment sur la question sensible des expulsions de migrants subsahariens depuis le territoire algérien, que Niamey avait vivement dénoncées.
Depuis plusieurs semaines, des gestes d’apaisement se multipliaient : retour des ambassadeurs, intensification des contacts diplomatiques et volonté affichée des deux capitales de tourner la page des incompréhensions récentes.
Une visite à forte portée stratégique
Au-delà du symbole politique, le déplacement du chef du CNSP visait à renforcer la coopération bilatérale dans plusieurs secteurs clés :
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la sécurité et la lutte antiterroriste au Sahel,
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l’énergie et les hydrocarbures,
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les infrastructures de transport,
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et les échanges économiques.
La composition de la délégation nigérienne, incluant notamment les ministres de la Défense, des Affaires étrangères et du Pétrole — illustre l’importance stratégique accordée à ce rapprochement.
Le gazoduc transsaharien au cœur des discussions
Parmi les dossiers majeurs figure la relance du projet de gazoduc transsaharien, infrastructure destinée à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe via le Niger et l’Algérie. Ce chantier, souvent retardé, est considéré comme structurant pour les trois pays concernés.
Pour Niamey, le projet représente une source potentielle de revenus et un levier de développement. Pour Alger, il s’agit d’un atout géopolitique majeur dans un contexte de forte demande énergétique européenne.
Un rapprochement dans un Sahel en recomposition
Cette visite intervient dans un contexte régional en profonde mutation depuis le coup d’État de juillet 2023 qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir au Niger. Le pays s’est depuis rapproché du Mali et du Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel, redessinant les équilibres régionaux.
Pour l’Algérie, qui cherche à maintenir son influence au Sahel tout en sécurisant ses frontières méridionales, la normalisation avec Niamey revêt une importance stratégique évidente.
Une nouvelle dynamique à consolider
Si les signaux envoyés à l’issue de la visite sont jugés encourageants, plusieurs observateurs estiment que le rapprochement devra se traduire rapidement par des avancées concrètes, notamment sur :
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la gestion coordonnée des flux migratoires,
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la coopération sécuritaire transfrontalière,
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et la concrétisation effective des grands projets énergétiques.
La visite d’Abdourahamane Tiani à Alger apparaît ainsi comme une étape décisive — mais encore préliminaire — dans la reconstruction d’un partenariat clé entre l’Algérie et le Niger.
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