Le dossier est traité avec une extrême discrétion au sommet de l’État. À Nouakchott, les négociations autour de l’acquisition de deux patrouilleurs OPV 58 proposés par Kership, adossé à Naval Group, avancent à huis clos, loin des circuits officiels de communication.
Selon des informations recoupées, la rencontre récente entre Emmanuel Macron et Mohamed Ould Cheikh Ghazouani n’a pas permis de trancher. En coulisses, le président mauritanien aurait choisi de geler temporairement toute validation, préférant conserver une marge de manœuvre face à plusieurs offres concurrentes.
Le dossier est désormais piloté en cercle restreint. Le chef d’état-major de la marine a été chargé d’en assurer le suivi direct, avec pour mission d’évaluer les implications opérationnelles et surtout de sécuriser un montage financier viable pour un programme estimé à environ 300 millions d’euros. Une somme jugée sensible dans les équilibres budgétaires actuels.
Au cœur des discussions : le contenu exact de l’offre française. Celle-ci inclut des équipements de haut niveau — missiles antinavires, systèmes de défense aérienne à courte portée et architecture de combat Polaris — dont l’intégration suscite à la fois intérêt et interrogations en interne, notamment sur les coûts de maintenance et la dépendance technologique.
Mais le véritable levier du dossier se situe ailleurs. La sécurisation du projet gazier Grande Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal, impose à Nouakchott de renforcer rapidement ses capacités navales. Ce paramètre stratégique accélère les arbitrages tout en complexifiant les choix.
Dans l’ombre, plusieurs acteurs tentent de rebattre les cartes. Des industriels chinois et sud-coréens ont intensifié leurs démarches auprès de décideurs mauritaniens, proposant des alternatives financièrement plus souples, avec des délais de livraison raccourcis. Une offensive qui fragilise la position française.
À ce stade, aucune option n’est écartée. Le pouvoir mauritanien maintient volontairement le flou, utilisant la concurrence comme levier de négociation.
Une nouvelle fenêtre pourrait s’ouvrir en mai, à Nairobi, lors du sommet Africa Forward, où une rencontre entre les deux chefs d’État est envisagée. En attendant, le dossier reste classé parmi les priorités sensibles, suivi au plus haut niveau, et entouré d’un silence quasi total.
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