Le pouvoir sénégalais vient de franchir une étape décisive dans sa recomposition interne. En dévoilant un gouvernement de 30 ministres sans le moindre représentant du PASTEF, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô acte une rupture politique spectaculaire avec le camp d’Ousmane Sonko, pourtant majoritaire au Parlement.
Cette nouvelle équipe, présentée lundi soir à Dakar, traduit un changement profond de stratégie au sommet de l’État. Exit les figures partisanes omniprésentes des premiers mois du pouvoir. Le président Bassirou Diomaye Faye semble désormais miser sur une gouvernance plus technocratique, centrée sur les résultats économiques et la stabilité institutionnelle.
Le choix d’Ahmadou Al Aminou Lô n’a rien d’anodin. Ancien haut responsable financier et réputé discret, le nouveau chef du gouvernement incarne un profil éloigné du style offensif et populaire d’Ousmane Sonko. Sa mission paraît claire : rassurer les partenaires économiques, reprendre le contrôle de l’appareil d’État et ouvrir une nouvelle phase du mandat présidentiel.
Selon des sources proches des sphères gouvernementales, plusieurs consultations directes auraient eu lieu ces derniers jours entre l’exécutif et le législatif, représenté par Ousmane Sonko en sa qualité de président du PASTEF. D’après ces mêmes sources, lors d’échanges directs entre les deux hommes forts du pouvoir sénégalais, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ce dernier aurait clairement indiqué au chef de l’État que le PASTEF ne participerait pas au gouvernement actuel. Toujours selon ces sources, Sonko aurait également affirmé qu’il entendait désormais assumer un rôle de contre-pouvoir à travers sa position institutionnelle et sa majorité parlementaire.
La mise à l’écart du PASTEF du gouvernement intervient alors même que le parti conserve une domination écrasante à l’Assemblée nationale. Quelques heures avant l’annonce officielle, Sonko lui-même avait confirmé que sa formation ne participerait pas au nouvel exécutif, officialisant une séparation politique qui semblait déjà se dessiner depuis plusieurs semaines.
Dans son premier discours, Ahmadou Al Aminou Lô a défendu une équipe bâtie autour de « l’efficacité » et de « l’obligation de résultats ». Il a promis une administration plus disciplinée, une meilleure coordination des institutions et une ouverture accrue aux compétences issues de la diaspora sénégalaise.
Malgré cette volonté affichée de changement, plusieurs ministres de l’ancien gouvernement conservent leurs portefeuilles stratégiques, signe que le pouvoir veut éviter une rupture brutale dans la gestion des grands dossiers économiques, diplomatiques et sécuritaires.
Derrière cette réorganisation se profile désormais une question majeure : comment cohabiter avec une Assemblée nationale contrôlée par le PASTEF alors que le gouvernement évolue sans lui ? Ce nouvel équilibre pourrait rapidement devenir l’un des principaux défis politiques du Sénégal dans les mois à venir.
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