Le bras de fer entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko franchit un nouveau seuil. À peine quelques semaines après avoir pris les rênes de l’Assemblée nationale, l’ancien Premier ministre a lancé, dimanche 12 juillet à Touba, une offensive politique d’une rare virulence contre le chef de l’État, promettant d’utiliser la majorité parlementaire du Pastef pour renverser le gouvernement « autant de fois que nécessaire ».
Devant des militants réunis à l’occasion de l’inauguration du nouveau siège du Pastef dans la ville sainte, Ousmane Sonko a abandonné toute retenue. Celui qui avait jusque-là assuré ne pas vouloir entraver l’action de l’exécutif accuse désormais Bassirou Diomaye Faye de s’être éloigné des engagements qui avaient porté leur camp au pouvoir.
Au cœur de ses critiques figure la gestion de la souveraineté économique. Selon le président de l’Assemblée nationale, l’exécutif renonce progressivement aux promesses de renégociation des contrats conclus avec les multinationales exploitant les ressources naturelles du Sénégal, notamment dans le secteur des phosphates. Pour Sonko, ce revirement constitue une rupture avec le projet politique défendu devant les électeurs.
L’ancien chef du gouvernement a également dressé un réquisitoire contre la situation économique du pays. Il reproche au président de privilégier des calculs politiques, notamment à travers la mise en place de son propre parti, alors que le Sénégal fait face, selon lui, à des défis majeurs : une dette publique préoccupante, l’absence d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) et des incertitudes économiques amplifiées par la saison des pluies.
« Les Sénégalais doivent comprendre qu’ils ne sont plus la priorité de Bassirou Diomaye Faye », a lancé Ousmane Sonko en wolof, avant de rappeler que son camp disposait d’un puissant levier institutionnel. « Nous avons l’Assemblée nationale et nous nous en servirons », a-t-il averti, laissant clairement entendre que des motions de censure pourraient être déposées contre le gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô.
Cette sortie marque un tournant dans la recomposition du paysage politique sénégalais. Désormais à la tête d’un Parlement largement contrôlé par le Pastef, Sonko assume ouvertement un rôle de chef de l’opposition face à celui qu’il avait contribué à porter au sommet de l’État. Il accuse le président de trahir l’idéal souverainiste qui avait constitué le socle de leur victoire électorale.
La riposte du gouvernement n’a pas tardé. Sur Facebook, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a rejeté les accusations de l’ancien chef du gouvernement, estimant que « vouloir s’arroger le monopole du patriotisme revient précisément à le dénaturer », dans une réponse qui illustre l’ampleur de la fracture au sein de l’ancien tandem dirigeant.
Cette nouvelle escalade intervient dans un contexte institutionnel déjà tendu. Le 9 juillet, le Conseil constitutionnel avait annulé une réforme adoptée par l’Assemblée nationale visant à redéfinir les rapports entre le pouvoir exécutif et le Parlement, une décision intervenue sur fond de rivalité grandissante entre les deux principales figures de l’exécutif issu du Pastef.
La rupture entre les deux hommes s’est accélérée depuis le limogeage d’Ousmane Sonko du poste de Premier ministre le 22 mai. Quatre jours plus tard, il retrouvait toutefois une position stratégique en étant élu président de l’Assemblée nationale grâce à la confortable majorité détenue par son parti.
En revendiquant désormais la possibilité de censurer le gouvernement à répétition, Ousmane Sonko ouvre une séquence politique inédite. Si cette menace venait à se concrétiser, le Sénégal pourrait entrer dans une période de confrontation institutionnelle durable, où la stabilité de l’exécutif dépendra autant des rapports de force parlementaires que des arbitrages politiques entre deux anciens alliés devenus rivaux.
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