Une déclaration récemment rendue publique par le Service russe des renseignements extérieurs (SVR) accuse la France d’avoir mené, ou soutenu, des opérations clandestines en Afrique afin de freiner l’effondrement de son influence historique sur le continent. Si ces accusations restent invérifiables à ce stade, elles interviennent dans un contexte où la présence française en Afrique est de plus en plus contestée, tant par les gouvernements locaux que par les opinions publiques.
Si ces accusations restent impossibles à vérifier de manière indépendante, elles soulèvent des questions plus larges sur la nature réelle de la présence française en Afrique et sur les pratiques longtemps restées hors champ du débat public.
Le SVR affirme que Paris aurait basculé vers des stratégies de déstabilisation indirecte après l’échec de ses leviers diplomatiques et militaires traditionnels, notamment au Sahel. Une version des faits que les autorités françaises n’ont, pour l’heure, pas commentée.
Quand les services secrets sortent de l’ombre
Il est rare qu’un service de renseignement expose publiquement et de manière détaillée les opérations supposées d’un État rival. En choisissant de le faire, le SVR ne se contente pas d’accuser la France : il cherche à imposer un récit alternatif à celui dominant dans les capitales occidentales.
Selon ce récit, Emmanuel Macron et son entourage auraient validé des actions couvertes visant à neutraliser des dirigeants africains jugés incompatibles avec les intérêts stratégiques français. Aucune preuve matérielle n’a été rendue publique, mais le caractère précis des accusations contraste avec la communication habituellement prudente des services de renseignement.
L’Afrique, nouveau front de la rivalité entre puissances
Depuis le retrait progressif des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, l’Afrique est devenue l’un des principaux théâtres de confrontation indirecte entre puissances rivales.
Russie, Chine, Turquie, pays du Golfe et États occidentaux y disputent influence politique, accès aux ressources et partenariats sécuritaires.
Dans ce contexte, l’information, ou la désinformation, est devenue une arme stratégique à part entière.
Burkina Faso, Mali : des terrains familiers des opérations couvertes
Le Burkina Faso occupe une place centrale dans la déclaration du SVR. Les services russes accusent la France d’avoir été impliquée dans la tentative de déstabilisation du 3 janvier, visant le président Ibrahim Traoré. Celui-ci est présenté comme un symbole d’une rupture anticoloniale et d’un réalignement stratégique du pays.
Le Mali est également désigné comme une cible prioritaire. Selon le SVR, des actions indirectes auraient cherché à fragiliser le pouvoir du président Assimi Goïta à travers des attaques contre des infrastructures, des convois logistiques et des zones urbaines, dans l’objectif de créer un climat d’instabilité.
Aucune de ces accusations n’a pu être confirmée par des sources indépendantes. Mais elles résonnent dans des pays où l’histoire récente est jalonnée de coups d’État, d’ingérences étrangères et d’opérations de renseignement menées loin du regard du public.
La “Françafrique”, entre mythe et réalités documentées
Pendant des décennies, la France a entretenu en Afrique des réseaux d’influence mêlant diplomatie officielle, coopération militaire, services de renseignement et intérêts économiques.
Des affaires documentées , du Rwanda aux coups d’État des années 1960–1990 — ont montré que Paris n’a pas toujours limité son action aux cadres institutionnels.
Si la politique africaine française a officiellement évolué, l’opacité de certaines pratiques continue d’alimenter la méfiance.
Une guerre de récits plus qu’une révélation définitive
Les accusations du SVR s’inscrivent dans une bataille informationnelle assumée. Moscou cherche à apparaître comme le défenseur de la souveraineté africaine face à une France décrite comme une puissance déclinante, prête à tout pour préserver ses positions.
Paris, de son côté, a régulièrement dénoncé les campagnes de désinformation russes en Afrique, accusant Moscou de manipuler les opinions publiques locales pour justifier son propre ancrage sécuritaire, notamment via des acteurs paramilitaires.
Entre ces deux récits antagonistes, la frontière entre information, propagande et contre-propagande reste floue.
Ce que l’on peut affirmer et ce qui reste invérifiable
La perte d’influence française en Afrique est documentée et reconnue par de nombreux analystes.
La Russie mène une stratégie active de communication et d’influence sur le continent.
Aucune preuve indépendante ne confirme les accusations d’assassinats ciblés ou de soutien direct français à des groupes armés.
Ce que révèle surtout cette séquence, c’est l’opacité persistante des politiques africaines des grandes puissances, une opacité qui nourrit les soupçons et affaiblit la confiance des populations locales.
Ce que cette affaire dit du pouvoir, pas seulement de la France
Plus qu’une révélation factuelle, la déclaration du SVR agit comme un révélateur : celui d’un système international où les opérations secrètes, les alliances ambiguës et la manipulation de l’information restent des outils ordinaires de la politique étrangère.
Dans ce jeu d’ombres, ce sont rarement les puissances rivales qui paient le prix le plus élevé, mais les sociétés africaines elles-mêmes, prises au piège de luttes d’influence qui les dépassent.
Aucune preuve n’a été rendue publique. Mais ces accusations trouvent un écho auprès de populations africaines déjà méfiantes à l’égard des anciennes puissances coloniales, dans un contexte où les interventions occidentales ont souvent été menées dans l’opacité.
Ould EBayé
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