La récente pénurie d’essence en Mauritanie, officiellement attribuée à un problème logistique résolu par le distributeur privé Adax, cacherait en réalité les effets d’un système de prélèvements occultes qui asphyxie l’approvisionnement énergétique du pays.
Selon des sources confidentielles au sein du secteur, la société Adax souffrirait d’un épuisement financier provoqué par les commissions exigées par ses intermédiaires locaux. Ces commissionnaires, décrits comme des « personnes interposées proches du pouvoir », se seraient enrichis via des prélèvements représentant « des centaines de millions de dollars » sur les dernières années, grevant la trésorerie et la capacité opérationnelle du distributeur.
Cette révélation jette une lumière crue sur la gestion du secteur pétrolier mauritanien. Elle explique pourquoi une entreprise en situation de monopole de fait se trouve dans l’incapacité de maintenir des stocks de sécurité suffisants et doit recourir dans l’urgence à ses dépôts au Sénégal. Les « pénalités de 25 dollars la tonne » évoquées par le ministre ne seraient ainsi que la partie visible d’un iceberg de rentes prélevées en amont.
Si le pays évite les crises sécuritaires de ses voisins, cet épisode démontre qu’il n’échappe pas à un autre fléau régional : la captation de la rente économique par des réseaux d’influence. La pénurie ne fut donc pas un simple accident, mais le symptôme d’un modèle de gouvernance prédateur, où les intérêts privés de quelques-uns compromettent la sécurité d’approvisionnement de tout un pays.
Cette situation pose une question fondamentale : la stabilité politique mauritanienne sert-elle de façade à un système économique opaque, où la gestion des ressources vitales est sacrifiée au profit de circuits de commission ?
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