Mauritanie : violences policières contre des journalistes, les promesses de protection tardent à se concrétiser

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Coups de matraque, confiscation de matériel… Reporters sans frontières (RSF) a documenté au moins quatre cas de violences policières contre des journalistes de l’agence Al Akhbar et des chaînes Sahara 24 et Sahel TV, lors de la couverture de manifestations à Nouakchott le 16 avril 2026. L’organisation condamne ces actes et demande au ministère de l’Intérieur mauritanien de garantir la protection des journalistes dans l’exercice de leur mission.

“Quand un journaliste est frappé à coups de matraque dans la rue et que son téléphone fait l’objet de tentatives d’intrusion depuis les locaux de la police, que d’autres professionnels de l’information rapportent des cas de violences, nous ne sommes pas face à des dérapages isolés, mais face à une attaque directe contre la liberté de la presse dans ses fondements.

En mai 2025, le ministre de l’Intérieur s’était engagé auprès de RSF à protéger les journalistes de terrain, RSF l’invite à réaffirmer concrètement les engagements pris en faveur de leur protection, au regard des difficultés documentées en Mauritanie.”

Oussama Bouagila
Directeur du bureau Afrique du Nord de RSF

Le photoreporter Mohamed Abdallahi Moustapha, de l’agence privée Al Akhbar, rapporte que des policiers ont confisqué sa caméra et son microphone, avant de l’agresser : “Un groupe d’agents m’a encerclé et s’est mis à me frapper. Les coups ont continué jusqu’à ce qu’ils se soient assurés de m’avoir totalement éloigné du périmètre de la manifestation”, témoigne le reporter auprès de RSF.

Lors de la même manifestation, la journaliste de Sahara 24 Fatimatou Snabou et ses deux collègues, pourtant clairement identifiables en tant que journalistes, ont été interpellés par la police anti-émeute. Dès que le caméraman a commencé à filmer, il aurait été frappé au genou et son matériel aurait été confisqué. “Ils nous ont conduits au commissariat de Tevragh Zeina sans aucune explication officielle”, rapporte-t-elle.

Mohamed Vadel, directeur de la chaîne Sahel TV, signale pour sa part que son équipe de journalistes a été victime d’une confiscation de matériel, sans agression physique, qui a été restitué à la fin de la manifestation.

Plus préoccupant, le journaliste Itawel Oumrou Mohameden el-Moustapha, de l’agence Al Akhbar, a subi deux attaques en l’espace de onze jours. Le 16 avril, la police lui a arraché son téléphone en plein direct, comme RSF a pu le confirmer en visionnant des images. “La diffusion a continué plusieurs minutes après la confiscation, documentant le moment où un policier a remis le téléphone à son supérieur”, précise-t-il.

Le 5 avril déjà, lors de sa couverture des manifestations contre la hausse du carburant à Nouakchott, des policiers avaient déjà confisqué son téléphone personnel ainsi que celui de l’agence. Dans la foulée, son compte d’ordinateur aurait été visé par des tentatives de piratage émanant de locaux de la police, ce qui a conduit le journaliste à déposer plainte auprès de l’Autorité de protection des données (APDP) en vertu de la loi relative à la protection des données personnelles.

Des engagements pourtant pris par les autorités

En octobre 2025, lors d’une de la conférence régionale sur le droit à l’information au Sahel organisée à Dakar, la Mauritanie, représentée par son ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement, El Houssein Ould Medou, s’était officiellement engagée auprès de RSF, à soutenir la déclaration sur le droit à l’information au Sahel, et, notamment, à mettre fin aux agressions physiques des journalistes et à garantir leurs libertés de couvrir les mouvements sociaux.

Ces engagements faisaient échos à ceux pris par le président de la République lors d’une rencontre officielle avec une délégation de RSF au mois de mai 2025.

La Mauritanie occupe la 50e place au Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF.

RSF

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