Édito de Points Chauds: Maroc/ Quand la monarchie marocaine sort de la « tourmente » des islamistes

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moulayynajim

Cest finalement avec adresse politique et intelligence que le royaume chérifien a raccompagné les islamistes à la porte. Petite malheureusement. Fin donc d’un conflit politique et idéologique qui couvait depuis de longues années. L’adage dit « après la pluie c’est le beau temps ». Si le proverbe s’applique majestueusement au Makhzen, Malheureusement ça ne s’applique pas aux islamistes du PJD qui, après le beau temps se retrouvent dans la tourmente d’un échec lamentable conséquence d’un vote sanction infligé par les marocains à cette formation politique au profit de partis considérés comme proches du palais royal.

Passant de 125 sièges dans l’assemblée sortante à 12, ainsi sur 395 sièges le PJD arrive loin derrière ses principaux adversaires, le Rassemblement National des Indépendants, le Parti Authenticité et Modernité, le Parti de l’Istiqlal, qui ont totalisé respectivement 97, 82 et 78 sièges.
Le comble dans cette descente en l’enfer c’est qu’en plus de perdre 80% de de ses électeurs par rapport aux législatives de 2016, Saad-Eddine el-Othmani le Premier ministre sortant, n’a pas réussi à être élu dans sa propre circonscription.
C’est en tous cas un séisme politique de grande échelle pour cette formation politique qui faisait jadis preuve de son pouvoir fort de mobilisation électorale.
Surprise donc générale dans les milieux politiques marocains et pas de consternation.

Il est vrai qu’au Maroc, l’ouverture du système politique au milieu des années 90 avait précédé la domestication des partis récalcitrants. Ainsi durant près de quatre décennies, de Hassan II jusqu’à Mohamed VI, la Monarchie a acquis une forte expérience des rapports avec les mouvements d’obédiences islamistes comme Al Adl Wal Ihsane de feu Abdessalam Yassine ou marxiste comme Ilal Amam ((De l’Avant).). Mais durant toute cette période, la monarchie a su jouer habilement pour maintenir un climat d’apaisement politique et amortir tous les chocs et crises internes en tirant les leçons par rapport à l’environnement géopolitique de la scène régionale en constante confrontation avec les islamistes. Cette stratégie de la monarchie a permis d’apprivoiser les élites islamistes afin qu’ils se réapproprient les idées, notamment sur le concept Islamisme du monarque et l’intégrité territoriale, tout en continuant à maintenir leur pouvoir de mobilisation électoral.
C’est à partir de cette approche qu’aujourd’hui, les islamistes du PJD au pouvoir depuis une décennie se sont retrouvés face à un fait accompli, celui de valider de la normalisation des relations diplomatiques avec Israël, (l’intégrité territoriale oblige) au détriment de la cause palestinienne qui a toujours été le cheval de bataille de ces mouvements islamistes dans la région et enfin la loi légalisant le cannabis ce qui est en contradiction et avec leurs principes et idéologie.
A cela s’ajoute cette gifle infligée au chef gouvernement du PJD par l’introduction et l’adoption du projet de loi-cadre sur l’enseignement qui, non seulement a beaucoup divisé en 2019 le PJD, mais le fait qu’il ait pu faire tout son parcours à l’insu du chef du gouvernement en illustre cette chute libre.
Cette situation prouve la profondeur du malaise qui régissait les relations du Makhzen et le gouvernement du PJD.

Face à la révolution du printemps arabe (Rabbii El Arabi), et surtout aux revendications des partis politiques et la société civile en occurrence du mouvement du 20 février, une l’initiative de jeunes, qui réclamait une monarchie

parlementaire, l’orientation stratégique, émanant du Palais, a joué intelligemment en optant un profil bas et procédant par la suite à un toilettage constitutionnel, mi fugue mi-raisin. Un véritable faufilement qui a permis par ailleurs à cette monarchie de sortir non seulement indemne du tsunami mais aussi de garder une certaine crédibilité face à la communauté internationale.
Ce toilettage constitutionnel stratégique, réalisé par la monarchie marocaine, lui avait évité de s’affaiblir face aux revendications de la rue marocaine qui était enflammée en même temps que celles de la région.
On se retrouve finalement en 2011 avec une constitution où le Chef du Gouvernement est désormais le chef du parti vainqueur des élections législatives. Il peut désormais dissoudre le Parlement, un pouvoir uniquement réservé au souverain dans la Constitution précédente.
Ce processus qui était d’intérêt, pour la monarchie marocaine, lui avait permis durant 10 ans de programmer une défaite humiliante aux islamistes et leur descente aux enfers en 2021 via un vote sanction. Chute vertigineuse donc pour un parti islamiste dont la défaite est la conséquence de son retournement de veste et les revirements spectaculaires son gouvernement, ses concessions accordées au palais royal et son silence face à des questions de principe fondamental ont amenés ses militants et adeptes à se désolidariser avec lui au moment même où il implosait à cause des dissensions internes. La seule chose qui compte aujourd’hui et qui peut être retenue comme cas d’école de la ‘’démocratie marocaine’’, malgré ses nombreuses failles est que les islamistes sont sortis du pouvoir pour la première fois dans un pays arabe par les urnes, et non pas par la force où les troubles et les violences sanglantes ont pris le dessus sanglant, comme l’Algérie en 1991, l’Égypte en 2013, le Yémen en 2014 et la Tunisie en 2021 dont l’avenir nous dira. Malheur donc pour un parti qui, à la fois, a perdu la guerre mais aussi la bataille dans un contexte qui risque de ne pas lui permettre de se relever de sitôt. Pas un au revoir mais un adieu qui prouve bien que la monarchie marocaine est bel et bien sortie de la tourmente sans dégâts politiques et haut la main.

Moulaye Najim Moulaye Zeine

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