L’amnistie présidentielle accordée à plusieurs détenus salafistes continue d’alimenter les discussions en Mauritanie. Au cœur de ce dossier, Mahfoudh Ould El-Waled, plus connu sous le nom d’Abou Hafs al-Mauritani, a apporté de nouveaux éclairages sur le processus ayant conduit à cette décision, qu’il présente comme l’aboutissement d’un travail de longue haleine associant plusieurs institutions de l’État.
Figure singulière du monde islamique contemporain, Mahfoudh Ould El-Waled fut l’un des principaux idéologues d’Al-Qaïda à la fin des années 1990. Ancien conseiller religieux et spirituel d’Oussama ben Laden, il est souvent présenté comme l’ex-numéro trois de l’organisation. Son parcours a toutefois été marqué par une rupture profonde avec le mouvement jihadiste après les attentats du 11 septembre 2001. Opposé à la stratégie consistant à cibler des civils, il estimait que de telles opérations contrevenaient aux principes du droit islamique, une divergence doctrinale qui a définitivement scellé sa séparation avec la direction d’Al-Qaïda.
Après l’intervention américaine en Afghanistan, il s’est réfugié en Iran où il a vécu pendant près d’une décennie sous résidence surveillée. Extradé vers la Mauritanie en 2012, il a été entendu par les services de sécurité avant d’être remis en liberté. Depuis son retour, il s’est imposé comme l’un des principaux artisans du dialogue engagé avec les détenus poursuivis dans des affaires liées à l’extrémisme.
Revenant sur la récente amnistie, Mahfoudh Ould El-Waled a indiqué que les déclarations du Comité de dialogue avec les prisonniers salafistes s’appuyaient sur une déclaration de référence publiée par des oulémas il y a environ un mois et demi, ainsi que sur le contenu d’une vidéo diffusée une trentaine d’heures avant la signature du décret présidentiel. Selon lui, cette décision s’inscrit dans un processus progressif et structuré, loin de toute initiative ponctuelle.
Il a insisté sur le fait que la grâce présidentielle n’était pas le résultat d’une simple demande formulée par le comité religieux. D’après ses explications, elle est intervenue à l’issue d’une coordination étroite entre les autorités religieuses, les services de sécurité, les instances politiques et les autorités judiciaires, toutes impliquées dans l’évaluation du dossier et la validation de ses différentes étapes.
Abordant la question de l’avenir des bénéficiaires de l’amnistie, il a précisé que leur réinsertion et leur suivi ne relèvent pas exclusivement du comité des oulémas. Ces responsabilités sont assumées par les institutions compétentes de l’État, chargées de mettre en œuvre les mécanismes nécessaires pour prévenir tout retour à l’extrémisme et favoriser une intégration durable au sein de la société.
Mahfoudh Ould El-Waled a également souligné que cette approche repose sur des fondements religieux et jurisprudentiels reconnus, notamment le dialogue, la persuasion et la réhabilitation. Il a rappelé que plusieurs expériences internationales, notamment en Irlande du Nord et en Afrique du Sud, ont démontré l’efficacité de telles démarches lorsqu’elles sont conduites dans un cadre institutionnel solide.
Pour l’ancien idéologue devenu acteur du dialogue et de la déradicalisation, cette stratégie, menée avec l’implication de différentes composantes de l’État, a largement contribué à préserver la Mauritanie des dérives sécuritaires qui ont frappé plusieurs pays de la région. Une expérience qu’il considère comme un modèle perfectible, mais essentiel pour consolider la stabilité du pays et renforcer durablement la cohésion nationale.
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