6Dans les coulisses du patronat mauritanien, la moisson s’annonce moins agricole que judiciaire. Entre le général à la retraite Dia Adama Omar, patron de la Fédération des agriculteurs, et Zine El Abidine Ould Cheikh Ahmed, président de la Fédération nationale des employeurs, les échanges ont désormais quitté le terrain institutionnel pour celui des menaces de procès.
Tout est parti d’une réunion organisée avec des agriculteurs sans que leur président ne soit, selon lui, informé. Une initiative qui a fait bondir Adama Omar, lequel dénonce une entorse aux textes régissant la fédération. Dans un message audio largement relayé sur les réseaux sociaux, il accuse le président du patronat d’avoir franchi une ligne rouge en convoquant directement les membres de son organisation, court-circuitant ainsi sa direction.
Pour l’ancien général, les statuts sont clairs : personne, pas même le président des employeurs, ne peut prendre les commandes de la fédération des agriculteurs ni parler à ses membres en dehors des procédures établies. Il affirme être prêt à saisir la justice pour faire respecter ce qu’il considère comme une violation flagrante des règles internes.
Le ton monte encore d’un cran lorsqu’il évoque la réunion incriminée. Selon lui, celle-ci aurait débouché sur la proposition d’Ahmed Ould Khatri à la présidence de la fédération. Une candidature qu’il balaie d’un revers de main, estimant que l’intéressé ne remplit même pas la condition élémentaire d’appartenance à la fédération et ne peut donc prétendre à sa direction.
Adama Omar ne se prive pas non plus d’égratigner la méthode. À ses yeux, certains confondent puissance financière et aptitude à gérer une organisation. « Avoir de l’argent ne remplace ni l’expérience ni les compétences », martèle-t-il, dénonçant une gestion qu’il juge improvisée.
Déterminé à conserver son fauteuil, le président sortant annonce par ailleurs sa candidature à un nouveau mandat. Il rejette également les arguments selon lesquels Ahmed Ould Khatri bénéficierait de l’appui des autorités, lançant une pique à ceux qui, selon lui, parlent au nom de l’État sans en avoir la légitimité.
En guise de conclusion, le patron des agriculteurs affiche sa détermination : le bras de fer est loin d’être terminé et il promet de défendre son mandat jusqu’au bout.
Cette passe d’armes intervient alors qu’Ahmed Ould Khatri poursuit sa reconversion sur la scène publique. Écarté du ministère de la Pêche, il a créé l’organisation Alafia Amounka, devenue particulièrement visible ces derniers mois à travers des prises de position politiques, notamment contre le député de l’opposition Biram Dah Abeid. Une visibilité qui semble désormais s’inviter jusque dans les champs… où la récolte des ambitions promet d’être aussi abondante que les querelles.
![]()
