Mauritanie-Mali : l’arrestation d’un ancien cadre d’Ansar Dine relance la piste des réseaux d’armes
L’opération menée à Bassiknou pourrait intéresser bien au-delà du seul trafic d’armes. Vendredi 4 septembre, les forces de sécurité mauritaniennes ont interpellé dix-sept personnes dans cette ville du Hodh Ech Chargui, à quelques kilomètres de la frontière malienne, et saisi deux véhicules pick-up transportant des armes et des munitions.
Mais c’est surtout l’identité de l’un des suspects qui donne à cette affaire une dimension particulière.
Parmi les personnes arrêtées figure Sanda Ould Bouamama, ancien porte-parole d’Ansar Dine, le mouvement jihadiste fondé et dirigé par Iyad Ag Ghaly dans le nord du Mali. Le groupe a depuis été intégré au Jnim, affilié à al-Qaïda au Maghreb islamique.
De son vrai nom Sidi Mohamed Ould Mohamed Ould Bouamama, cet homme n’est pas un inconnu des services de sécurité de la région. Son nom avait émergé lors de la crise malienne de 2012-2013, au moment où Ansar Dine s’était imposé comme l’un des principaux acteurs armés du nord du Mali.
Un ancien dossier qui ressurgit
Le parcours de Sanda Ould Bouamama donne un relief particulier à son interpellation. De nationalités malienne et mauritanienne, il s’était rendu aux autorités mauritaniennes au printemps 2013, alors qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par Bamako.
La justice malienne le recherchait notamment pour des faits qualifiés de crimes contre l’humanité, crimes de guerre, génocide, meurtre et terrorisme.
Après deux années de détention, les autorités mauritaniennes avaient décidé de le libérer en 2015. Cette décision avait alors suscité de fortes critiques de la part d’organisations de défense des droits humains.
Près de onze ans plus tard, son nom réapparaît dans une affaire qui touche précisément à l’un des principaux enjeux sécuritaires de la bande sahélienne : la circulation des armes et des hommes entre le Mali et les pays voisins.
La piste du nord du Mali
Selon des sources sécuritaires, les armes découvertes à bord des deux pick-up proviendraient du nord du Mali et pourraient être liées à des groupes rebelles actifs dans cette région.
À ce stade, les enquêteurs cherchent surtout à reconstituer le parcours du matériel saisi : où les armes ont-elles été récupérées, qui devait les recevoir et quels intermédiaires ont assuré leur acheminement jusqu’à Bassiknou ?
Les dix-sept personnes interpellées ont été transférées à Néma pour être interrogées. L’objectif est désormais de déterminer si les suspects appartiennent à une même filière ou si cette opération met au jour plusieurs réseaux opérant sur les mêmes axes transfrontaliers.
L’arrestation d’un ancien responsable d’Ansar Dine pourrait ainsi fournir aux enquêteurs un élément supplémentaire pour comprendre les connexions entre anciens réseaux jihadistes, groupes armés et circuits de trafic qui continuent de prospérer dans les zones septentrionales du Mali.
Pour Nouakchott, l’enjeu dépasse donc la seule saisie de deux véhicules chargés d’armes. Il s’agit désormais de savoir si une ancienne architecture de réseaux, longtemps considérée comme démantelée ou dormante, est en train de retrouver une capacité d’action sur le flanc oriental de la Mauritanie.
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