Selon les informations recueillies par Points Chauds auprès de plusieurs sources généralement bien informées, un dossier considéré comme hautement sensible au sein de l’appareil sécuritaire nigérien a été récemment réactivé.
Plusieurs canaux administratifs et sécuritaires auraient reçu des instructions visant à réexaminer le statut juridique d’une partie de la communauté arabe Al-Hamid, installée depuis plusieurs décennies dans la région stratégique de Diffa, aux confins du Tchad et du Niger.
Une source proche du dossier, qui a requis l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet, affirme que les services du ministère de l’Intérieur procèdent actuellement à une revue approfondie des actes d’état civil et des certificats de nationalité de plusieurs familles. Selon cette même source, l’objectif serait d’identifier les personnes considérées comme ne remplissant pas les conditions d’accès à la nationalité nigérienne. À ce stade, aucune décision officielle n’a toutefois été rendue publique.
D’après plusieurs interlocuteurs sécuritaires consultés par Points Chauds, cette initiative s’inscrirait dans une stratégie plus large de reprise en main des espaces frontaliers. Les autorités militaires examineraient désormais ce dossier sous un angle mêlant sécurité intérieure, contrôle des flux transfrontaliers, lutte contre les réseaux armés et prévention des tensions communautaires dans le bassin du lac Tchad.
Le précédent de 2006 refait surface
Plusieurs sources diplomatiques rappellent qu’un scénario comparable avait été engagé en 2006. À l’époque, Niamey avait annoncé son intention d’expulser jusqu’à 150 000 Arabes de Diffa, estimant qu’ils ne disposaient pas de la nationalité nigérienne. Selon des organisations internationales, près de 4 000 personnes avaient finalement été expulsées avant que l’opération ne soit suspendue sous la pression de plusieurs capitales de la région, notamment N’Djamena.
Une source régionale bien informée confie à Points Chauds que le contentieux n’a jamais été définitivement clos. Depuis lors, le dossier aurait continué à circuler de manière confidentielle entre les administrations chargées de la sécurité et de la gestion des frontières, sans qu’une solution juridique durable ne soit trouvée.
Des préoccupations sécuritaires au-delà de la citoyenneté
Les Arabes de Diffa, issus de vagues migratoires successives en provenance du Tchad et du Soudan, représentent une faible proportion de la population nigérienne. Toutefois, leur implantation dans une zone frontalière particulièrement sensible leur confère une importance stratégique suivie de près par plusieurs services de sécurité de la région.
Selon plusieurs sources sécuritaires consultées par Points Chauds, les autorités observent avec attention les connexions tribales existant entre certaines composantes arabes présentes au Niger, au Tchad et au Soudan. Des rapports de renseignement évoquent également la présence de ressortissants nigériens au sein des Forces de soutien rapide (RSF) soudanaises, sans qu’aucun élément public ne permette d’établir un lien direct avec la communauté de Diffa.
Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023, cette question aurait retrouvé une place dans les évaluations stratégiques de la transition. Premier chef de l’État issu de la communauté arabe de Diffa, Bazoum avait lui-même été confronté, avant son élection, à des contestations sur sa nationalité, finalement rejetées par la Cour constitutionnelle.
Un dossier suivi avec attention par les capitales sahéliennes
Selon plusieurs sources diplomatiques et sécuritaires, l’évolution de ce dossier est désormais observée de près par plusieurs États de la région. Une éventuelle relance officielle de cette procédure pourrait avoir des répercussions dépassant largement le cadre administratif, en affectant les équilibres communautaires de l’est nigérien ainsi que les relations entre Niamey et N’Djamena.
À ce stade, aucune autorité nigérienne n’a confirmé l’existence de cette opération. Mais pour plusieurs observateurs régionaux interrogés par Points Chauds, la simple réactivation de ce dossier traduit un durcissement progressif de la doctrine sécuritaire de la transition sur les questions de citoyenneté, de contrôle territorial et de stabilité des espaces frontaliers. Dans les cercles du renseignement sahélien, ce dossier est désormais considéré comme l’un des indicateurs les plus sensibles de l’évolution de la politique intérieure du Niger.
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