La crise diplomatique entre la Mauritanie et le Mali a franchi un nouveau palier jeudi après les incidents survenus à l’ambassade mauritanienne de Bamako. En réaction, Nouakchott a convoqué l’ambassadeur du Mali, Bakary Doumbia, pour exprimer sa vive protestation face aux événements jugés graves par les autorités mauritaniennes.
Contrairement à une simple manifestation de rue, plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des membres du collectif malien « Collectif 5 ans ou plus » pénétrant à l’intérieur de l’enceinte diplomatique mauritanienne, accompagnés de médias officiels maliens venus couvrir l’événement. Les images montrent notamment la remise d’un mémorandum de protestation à l’intérieur même de l’ambassade, une situation qui soulève de sérieuses interrogations sur les conditions de sécurité et le niveau d’encadrement de cette mobilisation.
À Nouakchott, beaucoup considèrent que ce qui s’est produit dépasse largement le cadre d’une protestation spontanée. La présence de médias publics et l’accès accordé aux manifestants à l’intérieur de la représentation diplomatique sont perçus comme un message politique adressé directement aux autorités mauritaniennes.
Mais ce qui suscite le plus d’inquiétudes reste le contenu de certaines déclarations proférées durant la manifestation. Selon plusieurs séquences relayées en ligne, des manifestants ont lancé des menaces explicites contre les intérêts mauritaniens au Mali, affirmant que « chaque camion brûlé sera suivi par l’incendie d’une boutique mauritanienne ». Une déclaration jugée particulièrement grave à Nouakchott, où l’on redoute désormais des représailles visant des commerçants et ressortissants mauritaniens installés au Mali.
Dans son communiqué officiel, le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, a condamné fermement les incidents visant l’ambassade mauritanienne, rappelant que la protection des missions diplomatiques constitue une obligation fondamentale du droit international.
Cette montée des tensions intervient dans un contexte déjà marqué par les attaques répétées contre des transporteurs et camions maliens circulant sur certains axes reliant les deux pays. Les organisateurs de la manifestation accusent la Mauritanie de ne pas garantir la sécurité des intérêts maliens et réclament des mesures de réciprocité.
Ils ont également appelé à un renforcement de la coopération sécuritaire régionale afin d’empêcher l’utilisation des territoires voisins comme bases logistiques par des groupes armés actifs dans la région.
Pour l’heure, les autorités mauritaniennes n’ont pas annoncé de nouvelles sanctions ou mesures diplomatiques supplémentaires, mais la convocation de l’ambassadeur malien marque déjà une nette détérioration du climat entre Bamako et Nouakchott
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