Dans une publication, le général à la retraite Lebatt Ould Maayouf a déclaré :
Ce qui se déroule aujourd’hui à nos frontières avec le Mali dépasse largement le cadre de propos improvisés tenus par un responsable administratif. Cela révèle, en réalité, une mentalité profondément ancrée depuis longtemps : celle de l’improvisation, de l’illusion et du mépris des réalités. Et, à vrai dire, cela n’a rien de surprenant.
Il ne s’agit pas simplement de mots mal choisis, mais bien de la responsabilité de l’État envers la vie de ses citoyens, y compris ceux qui vivent ou travaillent en dehors de ses frontières.
Comment peut-on, dans un contexte de tensions régionales croissantes, galvaniser l’opinion publique en lui vendant l’illusion d’une supériorité militaire immédiate, allant jusqu’à évoquer la prise de Bamako « en un matin » ? Un tel discours n’est pas seulement irréaliste, il est dangereux. Plus inquiétant encore est le silence qui l’entoure : absence de rectification, absence de reddition de comptes, absence de clarification officielle.
Un pouvoir qui laisse passer de telles déclarations devient, de facto, complice. Il accorde implicitement une légitimité à une vision dangereuse, déconnectée de la réalité, et susceptible d’engendrer de lourdes conséquences humaines et politiques.
Il ne faut pas s’y tromper : il ne s’agit pas d’un simple dérapage communicationnel, mais d’une crise de gouvernance. Une crise bien connue. Une crise que nous vivons au quotidien.
Nous la constatons dans le secteur de l’éducation, où l’improvisation remplace la planification. Nous en souffrons dans le système de santé, où les discours ne soignent personne. Nous la ressentons dans le pouvoir d’achat, où les réalités économiques sont ignorées. Nous l’observons dans la sécurité intérieure, où la réaction tardive tient lieu d’anticipation. Et nous la vivons dans l’ensemble de l’administration publique, où l’apparence prévaut sur l’efficacité.
Pourquoi en serait-il autrement dans le domaine de la sécurité extérieure et des relations avec les pays voisins ?
Ce qui apparaît aujourd’hui à la frontière n’est que le prolongement naturel de cette même mentalité : hausser le ton pour masquer le vide, promettre l’impossible pour éviter le travail sérieux, mobiliser les foules plutôt que protéger les citoyens. Ce mode de gouvernance n’est pas seulement inefficace, il est dangereux.
Les guerres modernes ne se gagnent ni par les slogans ni par les démonstrations verbales. Elles sont complexes, coûteuses et imprévisibles. Faire croire le contraire aux civils les expose à des risques de représailles, à des malentendus tragiques et à des décisions irréfléchies.
Pendant que certains s’abandonnent à une rhétorique d’escalade, des milliers de nos concitoyens vivent sur le territoire malien. Quelles sont les mesures concrètes pour assurer leur sécurité ? Où sont les plans d’évacuation ? Où sont les renforts consulaires ? Où sont les canaux de communication clairs ? Gouverner ne consiste pas à exciter les foules, mais à protéger des vies.
Mobiliser les citoyens par la peur, l’orgueil ou l’illusion traduit une profonde incompréhension des enjeux actuels. Cela révèle également l’absence de vision stratégique et un déficit de finesse diplomatique. Dans une région déjà fragile, chaque mot compte, et certains peuvent coûter très cher.
En définitive, ce discours n’est pas un signe de force, mais un aveu de faiblesse : l’incapacité à proposer de véritables solutions, compensée par une escalade verbale. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce n’est pas de fanfaronnades, mais de clarté ; non de slogans, mais de stratégies ; non d’improvisation, mais d’anticipation.
Un État responsable ne prépare pas ses citoyens au rêve d’une guerre facile. Il œuvre, avec discrétion et efficacité, à en prévenir l’éclatement et à protéger ses ressortissants si elle devient inévitable.
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