L’annonce est passée presque discrètement, mais sa portée est loin d’être anodine. Par un décret signé vendredi, le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a accordé une grâce présidentielle à neuf détenus condamnés dans des affaires liées à l’extrémisme et au terrorisme, marquant une nouvelle étape dans la stratégie mauritanienne de déradicalisation.
Cette décision intervient quelques jours seulement après la publication d’une déclaration collective dans laquelle quatorze prisonniers salafistes avaient renouvelé leur repentir, reconnu leurs erreurs passées et réaffirmé leur attachement aux enseignements des oulémas mauritaniens. Les signataires s’étaient également engagés à préserver la sécurité du pays, à respecter les institutions de l’État et à contribuer à la stabilité de la société mauritanienne.
Selon les informations obtenues par Points Chauds, la mesure présidentielle concerne huit détenus et une femme, dont les peines ont été soit commuées soit totalement levées, leur permettant de retrouver la liberté.
Les bénéficiaires de cette grâce sont : Khadim Bachir Semmane, Abdel Rahmane Mohamed Al-Houssein, Mohamed Lemine Mohamedou Ambala, Ahmed Ould Hamdi Khenah, Youssef Cherif Kalisa, Mohamed Ahmed Beija, Mohamed Abdi Bilal Miloud, Abdel Rahmane Mohamed Issa Arda ainsi qu’une détenue identifiée sous le nom de Fakhra Mint Oumaha.
Toutefois, six autres prisonniers ayant signé la même déclaration de repentir ne figurent pas dans la liste des bénéficiaires du décret présidentiel. Il s’agit de Sayed Mohamed Bouzid, Ahmed Taleb Hademine Ahmed Sayed El Amine, Mohamed Sayed Chabranou, Mohamed Mahmoud Ahmed Salem Khouna, Mohamed Mahmoud Seiden et Mohamed Abdallahi Mohamed Salem Ahmednah.
Aucune précision officielle n’a pour l’heure été donnée sur leur situation judiciaire ni sur les raisons qui ont conduit à leur exclusion de cette mesure de clémence.
Depuis plus d’une décennie, la Mauritanie est souvent citée comme un modèle régional en matière de lutte contre la radicalisation. Contrairement à plusieurs pays du Sahel ayant privilégié une approche exclusivement sécuritaire, Nouakchott a misé sur une combinaison de fermeté judiciaire, de dialogue religieux et de programmes de réinsertion. Cette politique, lancée à la suite de la vague d’attentats qui avait frappé le pays dans les années 2000, est régulièrement présentée comme l’un des facteurs ayant contribué à éloigner durablement la menace jihadiste du territoire national.
La décision du chef de l’État semble ainsi s’inscrire dans cette logique : encourager les démarches de repentir tout en consolidant le processus de réconciliation engagé entre l’État et d’anciens détenus ayant publiquement renoncé aux idéologies extrémistes.
Reste désormais à savoir si cette nouvelle mesure ouvrira la voie à d’autres libérations ou si elle constitue l’ultime étape d’un dossier suivi depuis plusieurs années par les autorités mauritaniennes et les oulémas impliqués dans le dialogue avec les détenus salafistes.
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