MALI : LES 50 MILLIONS DE DOLLARS QUI ONT REGONFLÉ LA CAISSE DU JIHAD

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Jihadistes

MALI : LES 50 MILLIONS DE DOLLARS QUI ONT REGONFLÉ LA CAISSE DU JIHAD

Une somme de 50 millions de dollars, une libération d’otages entourée de zones d’ombre et, désormais, l’inquiétude des experts des Nations unies. Selon un récent rapport onusien, la rançon versée à la fin de l’année 2025 pour obtenir la libération d’un otage détenu au Mali par des militants affiliés à Al-Qaïda pourrait avoir considérablement renforcé les capacités financières et opérationnelles du mouvement.

L’affaire a été examinée la semaine dernière par le Comité des sanctions des Nations unies. Mais le rapport reste volontairement discret sur plusieurs points sensibles : ni l’identité de l’otage concerné, ni celle de l’État ou de l’entité ayant versé la somme ne sont officiellement mentionnées.

Dans les milieux régionaux, toutefois, une piste circule avec insistance : celle des Émirats arabes unis. Des sources citées dans le dossier évoquent la libération d’un ressortissant émirati ainsi que de deux autres étrangers, intervenue après le versement de la rançon. Aucun détail précis n’a, à ce stade, filtré sur les conditions de la négociation ou sur le circuit emprunté par les fonds.

Sollicités sur cette affaire, les responsables émiratis ne se sont pas prononcés directement sur l’existence ou non d’un paiement. Ils ont préféré rappeler l’engagement d’Abou Dhabi dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, ainsi que son soutien aux initiatives internationales destinées à tarir les sources de financement des organisations armées.

Mais, pour les experts de l’ONU, l’enjeu dépasse largement le seul épisode de la libération des otages. Une telle somme pourrait avoir alimenté une mécanique beaucoup plus vaste. Le groupe bénéficiaire disposerait en effet de réseaux capables de faire circuler les fonds, d’acquérir du matériel, de rémunérer des combattants et de consolider son implantation dans plusieurs zones d’Afrique de l’Ouest.

UNE RANÇON, MAIS AUSSI UN CAPITAL DE GUERRE

Cinquante millions de dollars représentent, dans l’économie des groupes armés du Sahel, bien davantage qu’une simple opération de libération. Une telle manne peut financer plusieurs années d’activités, renforcer les circuits logistiques et offrir au mouvement une marge de manœuvre considérable pour étendre son influence.

C’est précisément ce scénario que redoutent les experts onusiens. Selon leurs évaluations, les fonds issus de la rançon auraient pu contribuer à l’expansion du réseau affilié à Al-Qaïda en Afrique de l’Ouest, grâce notamment à ses connexions avec d’autres structures et relais internationaux.

L’affaire intervient dans un contexte où la question du financement des groupes jihadistes est redevenue centrale. Entre enlèvements, trafics, prélèvements forcés et contrôle de certaines économies locales, les organisations armées disposent déjà de multiples sources de revenus. L’arrivée d’une enveloppe exceptionnelle de 50 millions de dollars pourrait ainsi modifier sensiblement le rapport de forces sur le terrain.

Reste désormais à déterminer avec précision le parcours de cette somme et son utilisation réelle. Pour l’heure, le rapport des Nations unies ne désigne officiellement ni le bénéficiaire exact de la rançon ni son payeur. Mais une chose semble acquise : derrière la libération de quelques otages pourrait se cacher une opération financière dont les conséquences dépassent largement les négociations menées dans l’ombre.

Au Sahel, la liberté de certains pourrait ainsi avoir offert à d’autres les moyens de poursuivre la guerre.

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