L’Afrique redessine son image à l’ONU, la France accompagne le mouvement
Une bataille menée avec des cartes vient de produire un résultat très politique aux Nations unies. L’Assemblée générale de l’ONU a adopté, vendredi 4 septembre, une résolution portée par le Togo appelant à privilégier des représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles des continents.
Le vote est spectaculaire : 164 États ont approuvé le texte, contre un seul – les États-Unis – tandis que six se sont abstenus.
Derrière cette initiative, il ne s’agit pourtant ni de frontières ni de territoires. Le débat porte sur la manière dont le monde est représenté, et particulièrement sur la place visuelle accordée à l’Afrique dans les cartes utilisées depuis des générations.
Une initiative africaine qui dépasse la cartographie
Le texte présenté par Lomé remet en question la domination de la projection de Mercator, conçue au XVIe siècle notamment pour répondre aux besoins de la navigation.
Si cette représentation reste utile dans certains domaines, elle donne une image très déformée des superficies lorsqu’on s’éloigne de l’équateur. L’Afrique apparaît ainsi beaucoup moins imposante qu’elle ne l’est réellement, alors que le Groenland semble, visuellement, proche de sa taille.
La résolution encourage donc le recours à des projections permettant de restituer plus fidèlement les superficies.
L’enjeu est surtout symbolique et pédagogique. Une représentation répétée pendant des décennies finit par influencer la perception que les sociétés ont du poids et de la dimension des différentes régions du monde.
Paris accompagne l’initiative africaine
C’est ici que la position française prend une dimension particulière.
La France a choisi de coparrainer le texte présenté par le Togo. Mais Paris ne s’est pas arrêté au vote de New York : le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a également décidé de renoncer à la projection de Mercator au sein de son réseau diplomatique, au profit de la projection Eckert IV.
Une décision que le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a résumée par une formule qui donne toute sa dimension symbolique à l’initiative : « Changer des cartes, ça ne change pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité. »
Au-delà de la formule, le choix de Paris est significatif. Une revendication portée par le Groupe africain trouve ainsi une traduction concrète dans l’appareil diplomatique d’une grande puissance européenne.
Cette convergence intervient alors que la France cherche à reconstruire son partenariat avec l’Afrique autour d’un discours mettant davantage en avant l’égalité entre partenaires. La Mauritanie, engagée elle aussi dans une relation renouvelée avec Paris, se trouve dans le périmètre de cette nouvelle dynamique franco-africaine, même si elle n’est pas à l’origine de l’initiative.
De la carte à la représentation du pouvoir
La portée de la résolution dépasse donc largement les salles de classe ou les cartes accrochées aux murs.
Pour les promoteurs africains, elle s’inscrit dans un mouvement plus vaste visant à remettre en question certaines représentations héritées d’une longue histoire et à réclamer une place plus conforme au poids réel du continent dans les affaires internationales.
Le texte adopté par l’ONU ne bouleverse évidemment pas l’ordre mondial. Il n’impose pas une carte unique et ne supprime pas l’utilisation de Mercator dans les domaines où cette projection demeure pertinente.
Mais le symbole politique est difficile à ignorer : une initiative africaine a obtenu l’adhésion de l’immense majorité de l’Assemblée générale, avec le soutien explicite de la France.
Le véritable enjeu commence maintenant
Le vote de New York pourrait donc être moins l’aboutissement d’une bataille cartographique que le début d’un débat plus large sur les représentations du monde.
Reste à voir si cette résolution trouvera un prolongement dans les pratiques des administrations, des écoles, des organisations internationales et des grandes plateformes numériques.
Pour l’Afrique, l’enjeu n’est finalement pas de changer la carte du monde, mais de faire en sorte que la place qu’elle occupe sur cette carte corresponde davantage à sa réalité.
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