La libération de Kevin Rideout, missionnaire et pilote américain enlevé à Niamey le 21 octobre 2025, met désormais en lumière un axe particulièrement sensible : le corridor saharien reliant le nord du Mali à l’est de la Libye.
Officiellement, l’organisation SIM International a confirmé vendredi que son missionnaire, retenu pendant plus de neuf mois, était libre et en bonne santé, désormais sous la responsabilité des autorités américaines. Reuters et l’Associated Press ont confirmé sa libération.
Mais les conditions de cette libération restent largement opaques.
Selon des sources informées, Rideout aurait été conduit par voie terrestre jusqu’à Benghazi, après avoir été détenu dans la région de Ménaka, au nord du Mali. Il aurait rejoint la ville libyenne jeudi 13 août avant sa remise aux Américains. Cet itinéraire n’a, à ce stade, pas été officiellement confirmé par Washington.
L’information, si elle se confirme, constitue néanmoins une piste majeure. Elle pourrait renseigner sur les intermédiaires ayant négocié avec l’État islamique au Sahel (ISSP), qui détenait l’otage, mais aussi sur les réseaux ayant assuré son déplacement à travers plusieurs zones parmi les plus sensibles du Sahara.
Benghazi, le maillon à identifier
Une question se pose désormais : qui a organisé ou facilité le passage entre le nord du Mali et l’est libyen ?
Le choix de Benghazi comme éventuel point de remise pourrait orienter les investigations vers les réseaux sécuritaires et politiques de l’Est libyen. La séquence intervient quelques semaines seulement après la visite à Washington de Saddam Khalifa Haftar, reçu le 29 juin par le secrétaire d’État américain Marco Rubio et par Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines.
Il serait prématuré d’établir un lien direct entre cette visite et la libération de Rideout. Mais la concomitance mérite d’être examinée, d’autant que Washington entretient désormais des canaux de dialogue de haut niveau avec le camp de l’Est libyen.
Un enlèvement qui avait déjà alerté
Rideout avait été kidnappé par trois hommes armés à proximité de son domicile, dans le quartier sécurisé de Château 1, à quelques dizaines de mètres seulement de la présidence nigérienne selon plusieurs sources. Aucun groupe n’avait immédiatement revendiqué l’opération.
Le fait qu’un otage américain puisse être extrait de Niamey, transféré à travers le Sahel puis potentiellement remis à Benghazi révèle surtout l’existence de chaînes logistiques et de négociation transfrontalières capables de contourner plusieurs dispositifs sécuritaires nationaux.
Pour les services occidentaux, la prochaine étape sera donc moins de savoir comment Rideout a été libéré que de reconstituer son parcours, identifier les négociateurs et déterminer qui contrôlait chaque étape du transfert.
La piste Benghazi pourrait, à cet égard, être beaucoup plus importante que ne le laisse penser la seule libération de l’otage.
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