Tiani accuse ses voisins : la guerre des soupçons s’installe au Sahel
Dans un Sahel déjà fracturé par les tensions diplomatiques et les recompositions sécuritaires, le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a franchi un nouveau cap en accusant trois pays voisins — dont la Mauritanie — d’avoir, directement ou indirectement, facilité les attaques coordonnées menées contre le Mali en avril 2026.
Lors d’une interview-fleuve de deux heures diffusée par la télévision publique nigérienne à l’occasion du troisième anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le chef de la junte a affirmé que les offensives revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et le Front de libération de l’Azawad auraient été préparées à partir de plusieurs directions.
Selon Tiani, l’opération aurait reposé sur « trois axes ». Le premier serait parti du nord du Bénin, avec plusieurs colonnes armées qui auraient progressé vers des positions maliennes stratégiques, notamment Gao et Sévaré. Le deuxième axe aurait, selon lui, pris naissance depuis la Côte d’Ivoire, où il affirme que des combattants auraient bénéficié d’un entraînement avec l’appui d’acteurs étrangers, évoquant notamment la présence supposée d’instructeurs ukrainiens dans une zone forestière.
Le troisième itinéraire cité par le dirigeant nigérien concerne la Mauritanie, sans qu’il apporte davantage de précisions sur la nature des liens ou des preuves qu’il avance. Il a toutefois établi un rapprochement entre ces trois pays et la présence historique de la coopération militaire française dans la région, accusant Paris d’être derrière certaines manœuvres visant les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
Le général Tiani a également remis en cause le retrait annoncé des forces françaises de Côte d’Ivoire, affirmant que des formations militaires destinées à des opérations suicides auraient continué d’être organisées malgré ce départ officiel. Il a accusé les autorités ivoiriennes d’être informées des actions menées contre les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Dans son réquisitoire contre Paris, le président nigérien s’en est pris directement à Emmanuel Macron, qualifié de « fou », estimant que la France ne défendait plus des relations d’amitié mais uniquement ses intérêts stratégiques. Il a repris à son compte une formule attribuée au général de Gaulle selon laquelle « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ».
Au-delà des accusations régionales, Tiani a également développé une lecture idéologique de la menace terroriste, s’interrogeant sur les motivations des groupes djihadistes qui frappent des pays majoritairement musulmans comme le Niger, estimant que leur discours religieux ne pouvait justifier leurs actions.
Ces déclarations interviennent après une vague d’attaques simultanées ayant frappé plusieurs localités maliennes le 25 avril 2026, notamment Bamako, Kati, Kona, Mopti, Sévaré, Kidal et Gao. Ces opérations, revendiquées par des groupes armés, figurent parmi les offensives les plus importantes enregistrées récemment au Mali et auraient entraîné de lourdes pertes, dont la mort du ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara.
Avec ces accusations, Niamey ouvre un nouveau front diplomatique dans une région où les alliances se redessinent rapidement. Entre rivalités entre États voisins, rupture avec l’ancienne influence française et montée des groupes armés, le Sahel semble entrer dans une phase où la bataille sécuritaire se double désormais d’une guerre des récits et des accusations.
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