Ce débat récurrent sur la question des Haratines, en cette conjoncture particulière, ressurgit tel un feuilleton sans fin et semble jouer le rôle de diversion, précisément au moment où les débats politiques sérieux se sont volatilisés de notre espace public. Cette situation traduit, hélas, la démission des partis politiques, incapables d’assumer leur mission première : animer le débat national, structurer les attentes des citoyens et éclairer l’avenir par une réflexion collective.
Je l’avoue avec amertume : au lieu de nous concentrer sur les questions qui nous interpellent chaque jour ; éducation en crise, chômage endémique, corruption persistante, insécurité croissante ; nous nous laissons entraîner dans des polémiques identitaires stériles, qui ne font qu’attiser les ressentiments et fragiliser davantage notre tissu social. L’Histoire récente de plusieurs pays africains nous montre que l’exaspération de ce type de débats n’a jamais permis de bâtir la nation, mais a plutôt précipité l’effondrement des États et l’enlisement dans le chaos.
C’est pour dire que la question des Haratines mérite mieux que ces querelles médiatiques qui ne font que recycler les mêmes accusations sans jamais proposer de solutions concrètes. Oui, les Haratines constituent une composante essentielle du groupe maure, pleinement partie prenante de son histoire, de sa culture et de leur destin collectif. Mais il serait hypocrite de nier que beaucoup parmi eux vivent encore dans des conditions difficiles, marquées par les séquelles de l’esclavage, la pauvreté, la marginalisation et un accès inégal aux opportunités. Plutôt que de transformer cette réalité en instrument de division, il nous incombe de la prendre à bras-le-corps, avec des politiques inclusives, des programmes ambitieux d’éducation, de formation et d’autonomisation économique, afin de traduire en actes l’égalité que nous proclamons dans les discours.
Nous devons cesser d’instrumentaliser la souffrance des Haratines comme un fonds de commerce politique. La question ne consiste pas à envenimer les plaies pour capitaliser sur les frustrations, mais à construire des réponses durables qui libèrent des générations entières de l’injustice sociale.
Comme la majorité des citoyens, je soutiens que la stabilité de la Mauritanie et son avenir démocratique reposent sur un pacte national clair : dépasser les antagonismes communautaires, investir dans le capital humain et faire de l’égalité des chances une réalité tangible pour chaque citoyen. C’est à ce prix que nous pourrons éviter les dérives qui ont conduit tant de nations voisines au désastre.
Haroun Rabani
harounrab@gmail.com
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