Mauritanie/ L’art de la provocation : comment Biram a forcé le pouvoir à dévoiler son jeu

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Biram Dah Abeid

Le pari de la confrontation directe de Biram Dah Abeid contre le scénario de réconciliation contrôlée du pouvoir

Les querelles politiques et les règlements de comptes entre opposition et régime ne devraient, en principe, rien enlever aux valeurs fondamentales de la Mauritanie, ni à la nécessaire cohésion nationale et aux règles du vivre-ensemble. Les Mauritaniens, intellectuels, élites et responsables politiques, se doivent de prémunir la société contre ceux qui jettent de l’huile sur le feu et entretiennent des amalgames dangereux. Il est essentiel de distinguer entre un pouvoir, dont les actions peuvent être légitimement contestées, et le pays lui-même, ainsi que son peuple. Accuser un régime, à tort ou à raison, de pratiques autoritaires ou discriminatoires ne doit jamais se transformer en une remise en cause de la nation ou de sa population et la cohésion sociale.
 
Dans le pays du « MahouMouhim », tout semble permis en politique, même les coups bas. Mais ce que je ne peux comprendre, ce sont certains propos, martelés nuit et jour sur les chaînes de télévision, les médias nationaux et les réseaux sociaux, deviennent, soudainement, profondément blessants, lorsqu’ils sont répétés depuis une capitale européenne ou devant un parlement européen! Que ce qu’a changé dans ces propos et  auteur? Cette politique de deux poids deux mesures est tout simplement inadmissible. Exploiter l’ignorance de sa population dans le seul but de criminaliser l’adversaire politique est un acte de lâcheté et dangereux pour la cohésion nationale. 
 
Qu’il le veuille ou non, le pouvoir doit comprendre que Biram,  2ème de la présidentielle de juin 2024 et leader politique, est désormais le leader incontesté de l’opposition en Mauritanie. Son soutien s’est bien élargit bien au-delà de son électorat traditionnel, y compris parmi certains ayant voté pour Ghazouani et ce depuis que le pouvoir a tué les leaders opposants issues des toutes les communautés confondues (Haratines et Negro-africainne) Cela s’explique notamment par l’absence d’autres figures d’opposition crédibles au sein de la communauté Bidhane. Meme Biram aussi a failli, à un moment, basculer vers le pouvoir. On se rappelle de la fameuse phrase (Reït Sahbi) Donc le pouvoir doit aussi savoir que Biram est désormais l’adversaire redoutable, qui sait jouer ses cartes avec stratégie et détermination.
 
Il ne faut pas être surpris qu’ à travers une offensive médiatique cinglante menée depuis Bruxelles et qui s’inscritdans le cadre de sa stratégie, Biram Dah Abeid, a réussi à bousculer les plans du régime. Refusant catégoriquement la légitimité du président Ghazouani et dénonçant le blocage persistant de la reconnaissance de son parti, il a choisi non seulement la où ça fait plus mal pour le pouvoir mais la stratégie de l’affrontement direct.
 
Le pouvoir, par la voix de l’Insaf, et après par son porte parole a répliqué vivement  en accusant Biram de « sédition » et de rechercher un « soutien extérieur »selon le communiqué du parti. Mais cette réaction montre surtout une chose : le régime a été contraint de répondre sur le terrain choisi par son opposant, rompant avec sa stratégie initiale de réconciliation étroitement contrôlée, calquée sur le modèle très encadré de l’agrément des partis politiques.
 
Plutôt que de participer à un dialogue dont les conclusions étaient déjà écrites, pour lui , Biram a imposé un bras de fer médiatique et politique, obligeant le pouvoir à dévoiler son intolérance face à toute voix discordante. Le conflit n’est plus cadencé par les autorités ; il se joue désormais à visage découvert, sur la scène internationale. La balle est maintenant dans le camp d’un pouvoir qui devra soit réprimer, soit composer, deux options qu’il souhaitait éviter.
 
Mais aussi, forçant le régime à abandonner temporairement son scénario de dialogue encadré pour se livrer à une joute verbale inauguré par le porte parole, Mais aussi par le communiqué de l’Insaf, en répondant point par point et sur un ton agressif, révèle que le pouvoir a été contraint de s’engager sur le terrain de l’affrontement direct choisi par son adversaire, loin de la réconciliation sous contrôle qu’il envisageait.
 
Moulaye Najim Moulaye Zeine
 

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