Mauritanie : Hafiz Ould Abdallah convoqué, le Syndicat des éditeurs dénonce l’intimidation des journalistes

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Le journaliste mauritanien Hafiz Ould Abdallah est convoqué par l’unité de gendarmerie d’Alague pour un billet dénonçant des « pratiques troublantes » dans certains postes de contrôle. Le Syndicat des éditeurs de la presse mauritanienne (SEPM) affirme son soutien et dénonce une pression inquiétante sur les journalistes.

Hafiz Ould Abdallah : « Chaque article a sa place »

Contacté par les responsables de la gendarmerie pour retirer son article, Ould Abdallah a refusé catégoriquement. Il affirme que son devoir de journaliste est d’exposer les abus et d’informer l’opinion publique.

Il a reçu un appel d’un membre se présentant comme appartenant à l’unité de gendarmerie d’Alague, lui demandant de se présenter pour audition. Il a exigé et obtenu une convocation écrite officielle.

« S’il s’agit d’une enquête sérieuse et responsable, je coopérerai pour faire éclater la vérité. Dans le cas contraire, chaque article trouvera sa place », a déclaré Ould Abdallah avant de quitter Nouakchott pour Alague.

SEPM dénonce l’intimidation

Le président du Syndicat des éditeurs de la presse mauritanienne, Moulaye Najim Moulaye Zeine, a dénoncé une intimidation constante envers les journalistes et a appelé les autorités à « cesser de terroriser les journalistes par des interpellations répétées ».

Selon lui, les observations des journalistes relèvent de leur mission d’information et permettent d’éclairer l’opinion publique et les citoyens.

Les faits à l’origine de la polémique

Dans son billet, Ould Abdallah questionnait certaines pratiques controversées adoptées par la gendarmerie dans différents postes de contrôle.

Il relaté un incident survenu à trois kilomètres de la commune de Chegar, où il a été arrêté par un nouveau poste de contrôle, alors qu’un point fixe existait déjà depuis des années.

Bien que son véhicule fût en règle, un agent lui aurait signalé une infraction dite « arrêt dangereux ». Ould Abdallah affirme avoir refusé de se rendre dans une hutte latérale et exigé que la contravention soit enregistrée officiellement. Après environ dix minutes, ses papiers lui ont été restitués et il a pu repartir sans qu’aucune infraction ne soit notée.

SEPM : un syndicat isolé mais déterminé

Des observateurs estiment que le SEPM est aujourd’hui la seule organisation en Mauritanie à dénoncer systématiquement les intimidations, interpellations et emprisonnements de journalistes, ainsi que les atteintes à la liberté d’expression.

Malgré l’existence de plus d’une quarantaine d’associations de presse dans le pays, le président du syndicat a été placé sur une « liste noire » de personnalités jugées indésirables ou à surveiller.

Il faut noter que dernièrement, des incarcérations de journalistes ont été enregistrées, notamment celles de Mahmoudy El Shinghity et de HABIB, responsable du site Echara.

Aujourd’hui, plusieurs patrons de presse mauritaniens dénoncent le fait que leur président reste sous embargo depuis 4 ans, qualifiant cette situation « d’inacceptable » et exprimant leur soutien total à son engagement pour la liberté de la presse.

Il faut également rappeler que la Mauritanie se retrouve une nouvelle fois sous les projecteurs internationaux. À l’occasion de son quatrième Examen périodique universel (EPU) du MENA Rights Group, tenu le 20 janvier 2026 devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le pays a essuyé un flot de critiques appuyées sur l’état préoccupant des droits humains.

Au total, 271 recommandations ont été adressées aux autorités, révélant la persistance de graves insuffisances en matière de libertés fondamentales, de lutte contre la torture et d’accès à la vérité pour les victimes du « Passif humanitaire ». Parmi celles-ci, sept recommandations ont visé spécifiquement la liberté d’opinion et d’expression, reflétant l’inquiétude persistante de la communauté internationale.

Plusieurs États, dont le Mexique et l’Estonie, ont appelé Nouakchott à dépénaliser la diffamation et à réviser un arsenal juridique jugé trop répressif envers l’expression pacifique. L’Allemagne et le Chili ont, pour leur part, insisté sur la nécessité de mieux protéger journalistes, défenseurs des droits humains, militants et blogueurs.

Les autorités mauritaniennes doivent désormais examiner les 271 recommandations reçues et soumettre leur position lors de la 62ᵉ session du Conseil des droits de l’homme, prévue en juin-juillet 2026.

Pour MENA Rights Group, le message est clair : la Mauritanie doit passer des engagements aux actes. L’organisation presse le gouvernement d’accepter les recommandations clés, notamment celles portant sur la protection effective des libertés fondamentales.

RSF évite la presse privée : des questions légitimes se posent

Selon des observateurs, le responsable des pays du Maghreb de Reporters Sans Frontières (RSF), présent à Nouakchott depuis une semaine, n’a rencontré que quelques responsables de la presse publique, évitant totalement la presse privée.

Des sources affirment que des consignes auraient été données par les autorités mauritaniennes pour orienter ses rencontres : une liste de présidents d’associations de presse et de personnalités à rencontrer avait été recommandée, tandis que certaines personnalités médiatiques, dont le président du SEPM, devaient être évitées.

De ce fait, plusieurs questions deviennent légitimes : que fait RSF à Nouakchott en « rasant les murs » des départements gouvernementaux, sachant que la vérité sur les violations de la liberté de la presse ne peut se trouver entre les murs du ministère de la Communication, Que fait RSF si cette organisation évite de rencontrer ceux qui sont indépendants dans leurs observations et issus de la presse privée ?

Le rapport de RSF, à venir, sera attentivement attendu pour apporter des réponses à ces interrogations.

 

Source : ainrim.info

Traduction  Points Chauds 

 

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