La Mauritanie accélère sa mue énergétique. En s’engageant officiellement dans la construction de sa première grande centrale à gaz à N’Diago, le pays ouvre un nouveau chapitre de sa stratégie énergétique : transformer ses importantes réserves gazières en levier de souveraineté économique et industrielle.
Ce lundi 30 juin, Nouakchott a signé avec le groupe saoudien ACWA Power les contrats encadrant le développement d’une centrale électrique à cycle combiné au gaz d’une capacité de 230 mégawatts. Montant total de l’investissement : 669 millions de dollars.
Derrière cette signature, les autorités mauritaniennes veulent envoyer un message clair : le gaz du pays ne sera plus uniquement destiné aux marchés internationaux. Une partie croissante de cette ressource stratégique devra désormais alimenter le marché local, notamment la production électrique, secteur longtemps confronté à des défis structurels en matière de coût, de stabilité et de couverture.
Le projet de N’Diago repose sur un modèle de partenariat public-privé (PPP), avec une architecture contractuelle articulée autour de deux accords majeurs : un contrat de partenariat entre l’État mauritanien et la société de projet, ainsi qu’un contrat d’achat d’électricité liant la SOMELEC à cette même entité. Ces engagements s’étendent sur 25 ans à compter de la mise en service de la centrale.
Le chantier sera piloté par une société de droit mauritanien créée par ACWA Power, qui assurera la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance de l’infrastructure. Pour Nouakchott, il s’agit d’un test grandeur nature du modèle de Producteur Indépendant d’Électricité (IPP), encore inédit à cette échelle dans le pays.
Au cœur du dispositif se trouve le gaz naturel du champ offshore Grand Tortue Ahmeyim (GTA), projet stratégique partagé entre la Mauritanie et le Sénégal. Ce gaz devra être acheminé jusqu’à N’Diago via un gazoduc spécifique, une infrastructure jugée indispensable à la viabilité du projet.
Le Fonds saoudien de développement a déjà affiché sa disponibilité pour financer cette composante clé, selon le ministre des Affaires économiques et du Développement, Abdallahi Ould Souleymane Ould Cheikh Sidia. Un appui déterminant, alors que le transport du gaz constitue l’un des maillons les plus sensibles du dispositif.
Pour le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Mohamed Ould Khaled, le projet symbolise un changement de paradigme. La Mauritanie entre dans une phase où l’exploitation de ses ressources gazières ne se limite plus à l’exportation brute, mais s’inscrit dans une logique de transformation locale à forte valeur ajoutée.
L’État mise également sur les avantages financiers du modèle IPP : attirer des capitaux privés, partager les risques avec les investisseurs et réduire la pression sur les finances publiques. Une approche qui devrait permettre à la SOMELEC de recentrer ses efforts sur ses missions stratégiques : modernisation des réseaux, distribution et amélioration de la qualité de service.
Au-delà de la seule production électrique, les autorités voient dans ce projet un catalyseur économique. Réduction des coûts énergétiques, amélioration de la sécurité d’approvisionnement et renforcement de l’attractivité industrielle figurent parmi les objectifs affichés.
Pour ACWA Power, cette opération marque aussi une percée stratégique en Mauritanie. Déjà présent dans 16 pays avec plus de 100 gigawatts de capacités énergétiques en développement, en construction ou en exploitation, le géant saoudien affiche ses ambitions dans un marché mauritanien en pleine reconfiguration.
Le groupe a également promis d’investir dans la formation des compétences locales afin que l’exploitation de la centrale soit progressivement assurée par des ingénieurs et techniciens mauritaniens.
En réalité, l’enjeu dépasse largement la seule centrale de N’Diago. Derrière ce projet se dessine une ambition plus vaste : bâtir une véritable chaîne de valeur gazière nationale capable de soutenir l’industrialisation, de créer des emplois et de repositionner la Mauritanie sur l’échiquier énergétique ouest-africain. Pour Nouakchott, l’équation est désormais claire : convertir la rente gazière en puissance économique durable.
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