La justice tunisienne a rendu mardi 27 octobre au soir son verdict dans l’affaire dite des « enregistrements fuités ». Mondher Ounissi, ancien dirigeant du mouvement Ennahdha, est condamné à neuf ans de prison et le journaliste Zied El Heni à quatre ans, avec exécution immédiate. Le syndicat des journalistes conteste la décision.
Le jugement a été prononcé par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis, selon une source judiciaire citée par l’agence TAP. Les deux hommes étaient poursuivis sur la base des lois antiterroriste et contre le blanchiment d’argent.
Quatre chefs d’accusation étaient retenus contre eux : formation d’une organisation terroriste, divulgation de secrets au profit de celle-ci, non-dénonciation d’un crime terroriste et intelligence avec des agents d’un État étranger pour nuire aux intérêts du pays. Ils encouraient jusqu’à vingt ans de prison.
Les peines les plus lourdes, 25 ans de prison, visent Taher Boubahri, déjà détenu dans un autre dossier, ainsi que huit accusés en fuite, parmi lesquels Rafik Abdessalem Bouchlaka, Chahrazed Akacha et Maher Zid.
Une audience à distance contestée
Zied El Heni a comparu par visioconférence depuis la prison civile de la Mornaguia. Selon son comité de défense, le tribunal a refusé sa comparution en personne. Un incident technique a interrompu l’audience pendant plus d’une heure, et le journaliste n’aurait pas pu suivre correctement les plaidoiries ensuite, d’après ses avocats. Les accusés et leurs conseils qualifient le procès de « politique ».
Dans un communiqué publié mardi soir, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a demandé la révision du jugement, le respect du droit à un procès équitable et la fin des poursuites contre des journalistes pour leur travail ou leurs opinions. Il a aussi rappelé l’exigence de protection du secret des sources.
L’affaire remonte à septembre 2023, après la diffusion d’enregistrements sonores attribués à Mondher Ounissi, qui assurait alors la direction d’Ennahdha. D’abord entendu comme témoin, Zied El Heni avait ensuite été poursuivi après avoir évoqué ces enregistrements à la radio, expliquant avoir contacté les personnes concernées pour en vérifier l’authenticité.
Les condamnés peuvent faire appel du jugement.
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