Mauritanie:  Chute brutale et malaise profond : la liberté de la presse s’enfonce dans ses contradictions

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 Chute brutale et malaise profond : la liberté de la presse en Mauritanie s’enfonce dans ses contradictions

La publication du classement 2026 de Reporters sans frontières agit comme un révélateur brutal : la Mauritanie recule à la 61e place mondiale, perdant 11 rangs en un an. Un revers qui n’a rien d’anodin, mais qui traduit au contraire une détérioration structurelle longtemps masquée par des discours officiels rassurants.

Derrière cette baisse, RSF décrit une situation devenue « problématique », symptôme d’un système médiatique fragilisé à plusieurs niveaux. L’organisation pointe un retard persistant dans la mise en œuvre de réformes pourtant annoncées depuis des années, ainsi qu’un secteur économiquement exsangue, incapable de garantir l’indépendance réelle des journalistes.

Car la question n’est plus seulement juridique. Certes, la dépénalisation des délits de presse en 2011 avait été saluée comme une avancée majeure. Mais sur le terrain, la réalité est toute autre : journalistes mal rémunérés, dépendance aux financements politiques ou privés, autocensure sur les sujets sensibles, autant de facteurs qui minent la crédibilité et la liberté de l’information.

Plus inquiétant encore, certaines lois récentes, comme celles liées à la protection des symboles nationaux, sont accusées d’être détournées pour faire pression sur les médias, brouillant la frontière entre régulation et restriction.

Ce recul s’inscrit d’ailleurs dans une tendance mondiale alarmante. Le classement 2026 intervient dans un contexte où plus de la moitié des pays voient la liberté de la presse se dégrader, sous l’effet combiné des pressions politiques, de la fragilisation économique des médias et de la montée de pratiques autoritaires.

Mais le cas mauritanien illustre une contradiction encore plus profonde. Longtemps présentée comme un « bon élève » dans le monde arabe, la Mauritanie donne aujourd’hui l’image d’un modèle fragile, où les apparences d’ouverture masquent des dysfonctionnements persistants. Derrière la diversité des médias, plus de 250 plateformes en ligne et des dizaines d’organes de presse — se cache un paysage instable, marqué par une profession peu structurée et des règles floues.

Certes, les autorités affichent des engagements en faveur du droit à l’information et multiplient les annonces de réformes. Mais dans les faits, leur lenteur d’exécution et leur manque d’impact concret nourrissent le scepticisme. Tant que les conditions économiques des journalistes resteront précaires et que les garanties institutionnelles demeureront fragiles, ces promesses risquent de rester lettre morte.

En réalité, ce classement ne fait que confirmer une évidence de plus en plus difficile à ignorer : en Mauritanie, la liberté de la presse existe sur le papier, mais vacille dangereusement dans la pratique.

Dire que Reporters sans frontières a été clément dans son rapport serait à peine exagéré, tant la situation apparaît, pour de nombreux observateurs, catastrophique à tous les niveaux. La crise touche à la fois la pratique du métier et la survie même des entreprises de presse. Malgré la dépénalisation du délit de presse, des journalistes continuent d’être arrêtés sans motifs clairs, puis relâchés sans explication, dans un climat d’arbitraire qui alimente la peur et l’autocensure.

À cela s’ajoutent des pratiques d’intimidation de plus en plus dénoncées : convocations répétées, interpellations controversées, pressions directes ou indirectes sur les professionnels des médias. Certains journalistes se retrouvent même sous embargo, exclus de conférences de presse organisées par des départements ministériels. Le contrôle de la communication publique, souvent centralisé au niveau du ministère en charge du secteur, permettrait de décider qui peut, ou non , accéder aux événements officiels, y compris des sommets internationaux. Même des correspondants de grandes chaînes ne sont pas épargnés par ces restrictions.

Un autre levier de pression réside dans l’asphyxie économique. Des entreprises de presse dirigées par des journalistes jugés indépendants ou critiques se verraient privées de recettes publicitaires publiques, voire inscrites sur des listes informelles de médias à éviter, limitant toute possibilité de partenariat ou de contrat de communication avec les institutions.

Enfin, le fonds d’aide à la presse, censé soutenir le secteur, est lui aussi au cœur des critiques. Sa gestion par les autorités est accusée d’être utilisée comme un instrument de pression, où l’attribution des ressources dépendrait davantage d’alignements politiques que de critères professionnels. La composition même des instances de gestion suscite la controverse, avec la présence signalée de figures politiques, en contradiction avec les principes d’indépendance censés encadrer ce dispositif.

Dans ce contexte, la dégradation du classement de la Mauritanie ne serait que la partie visible d’une crise beaucoup plus profonde, où liberté formelle et contraintes réelles coexistent dans un équilibre de plus en plus fragile.

 

Source : Alhaqaiq.info 

Traduction : Points Chauds

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