๐ฆ๐ ๐ ๐ฎ๐บ๐ฎ๐ฑ๐ผ๐ ๐ฒ๐ ๐นโ๐ฎ๐ฝ๐ผ๐น๐ผ๐ด๐ถ๐ฒ ๐ฑ๐ฒ ๐นโ๐ฎ๐ฏรฎ๐บ๐ฒ
Je tiens dโabord ร รฉtablir ce qui, pour moi, est une ligne de conduite constante, non nรฉgociable : la dรฉnonciation des injustices, oรน quโelles se trouvent, dโoรน quโelles viennent. Je lโai toujours fait, sans masque ni complaisance, car moi-mรชme, jโai portรฉ la croix du mรฉpris et connu lโamertume de lโinรฉgalitรฉ. Mes paroles et mes รฉcrits en tรฉmoignent avec suffisamment de clartรฉ pour quโon ne me suspecte point de faiblesse devant les faits. Mais cette constance dans la dรฉnonciation ne mโa jamais รฉloignรฉ dโun objectif supรฉrieur : sauver la Mauritanie du gouffre, prรฉserver lโรขme de notre patrie, protรฉger le vivre-ensemble que nos ancรชtres, avec peine et sueur, ont bรขti sur les rives du Sรฉnรฉgal, les dunes de lโAdrar et les plateaux du Hodh. Car aimer la justice, ce nโest pas semer la discorde ; vouloir lโรฉgalitรฉ, ce nโest pas prรชcher la guerre ethnique.
Or, vous voilร , vous, Sy Mamoudou auteur de ce brรปlot incendiaire, venu rompre le pacte fragile de la fraternitรฉ nationale, armรฉ non dโarguments, mais de ressentiments, non de propositions, mais de rancunes. Votre texte, ยซ Noirs de Mauritanie : lโart de mourir en silence ยป, nโest pas un cri de dignitรฉ : cโest un pamphlet dโexclusion. Il ne cherche pas ร rรฉveiller les consciences, mais ร empoisonner les cลurs. Vous ne militez pas : vous menacez. Vous nโรฉclairez pas : vous obscurcissez. Et pire encore, vous falsifiez.
ย ยซ La Beรฏdanie vous efface ยป, รฉcrivez-vous. Cโest une phrase lourde de haine, dโun essentialisme grossier et condamnable. Elle nie les solidaritรฉs quotidiennes, les mariages mixtes, les coopรฉrations sincรจres, les projets communs, les amitiรฉs indรฉlรฉbiles entre Arabes, Haratines, Soninkรฉs, Wolofs, Halpulaar, Bambara, Berbรจresโฆ Elle nie lโhistoire de ceux qui, ensemble, ont combattu la colonisation, bรขti des villes, souffert des sรฉcheresses, portรฉ les mรชmes tenues militaires, priรฉ dans les mรชmes mosquรฉes, รฉtudiรฉ dans les mรชmes bancs.
Oui, il y a eu des tragรฉdies, des erreurs dโรtat, des discriminations, des humiliations. Mais rรฉduire toute une communautรฉ ร une entreprise dโeffacement ethnique est une contrevรฉritรฉ scandaleuse et un appel ร la guerre civile. En quoi cela serait-il conforme ร notre religion commune ? En quoi cela serait-il une lumiรจre pour nos enfants ? Oรน sont vos rรฉfรฉrences au pardon, ร la rรฉforme, ร la rรฉconciliation, si prรฉcieuses dans lโislam ? Avez-vous oubliรฉ que le Prophรจte (paix et salut sur lui) a su rรฉconcilier les Aws et les Khazraj, jadis ennemis jurรฉs, non en ravivant leurs douleurs, mais en les appelant ร lโOuma, la communautรฉ unie par la foi et la justice ?
ยซ Vous รชtes des ombres dans votre propre pays ยป, dites-vous. Permettez que je vous rรฉponde par des exemples. Non pas pour nier les souffrances, mais pour briser lโargument de lโinvisibilitรฉ.
Le prรฉsident de lโAssemblรฉe nationale actuelle est Haratine.
Le Premier ministre prรฉcรฉdent aussi.
Plusieurs ministres, ambassadeurs, officiers gรฉnรฉraux et supรฉrieurs, gouverneurs, magistrats, chefs de partis sont issus des communautรฉs que vous prรฉtendez effacรฉes.
Des milliers dโรฉtudiants noirs brillent dans nos universitรฉs.
De grandes entreprises sont dirigรฉes par des Mauritaniens noirs.
La sociรฉtรฉ civile regorge de leaders noirs reconnus pour leur courage et leur compรฉtence.
Ces exemples ne suffisent pas ร dire que tout est parfait. Mais ils rรฉfutent votre rรฉcit totalitaire dโune disparition. Vous ne voulez pas parler des rรฉussites, car elles contredisent votre vision apocalyptique. Et cโest lร que rรฉside le danger.
Votre texte ne cherche pas ร corriger le mal, mais ร fabriquer un autre mal. Vous nโรชtes pas un rรฉparateur de justice, mais un prophรจte de malheur, un hรฉraut de la division. Vous usez du verbe comme dโun poison. Vous convoquez Frantz Fanon, Amilcar Cabral, Cheikh Anta Diop et Martin Luther King, mais vous en tordez les paroles, vous les instrumentalisez. Vous trahissez leur message. Car ces grands hommes, bien que rรฉvoltรฉs, nโont jamais appelรฉ leurs peuples ร haรฏr. Ils ont appelรฉ ร se lever, oui, mais dans lโรฉthique, dans la vรฉritรฉ, dans lโuniversalitรฉ.
Vous, en revanche, vous dressez les communautรฉs les unes contre les autres, vous dรฉclarez la guerre des races, vous mรฉprisez les efforts de dialogue, et vous insultez ceux qui tentent, avec modestie mais sincรฉritรฉ, de bรขtir des ponts.
Et lorsque vous dรฉsignez, nommรฉment, des responsables politiques, que vous les comparez ร des โbourreauxโ simplement parce quโils sont dโune autre ethnie ou quโils ne suivent pas votre ligne, vous vous placez en dehors du champ rรฉpublicain. Et vous violez non seulement la morale, mais la loi.
La Mauritanie nโa pas besoin de poรจtes de la haine. Elle a besoin de bรขtisseurs. Oui, il faut dรฉnoncer les injustices. Oui, il faut rรฉformer les lois, arabiser avec intelligence, valoriser toutes les langues, corriger les dรฉsรฉquilibres fonciers, garantir des concours รฉquitables, renforcer la cohรฉsion. Mais sans diaboliser, sans diviser, sans dresser des murs dans les cลurs.
Votre discours est porteur dโune haine viscรฉrale, รฉtrangรจre aux enseignements de lโislam et aux valeurs de toute sociรฉtรฉ civilisรฉe. Il ne propose rien, il attise tout. Et, pour cela, il est incriminรฉ par notre lรฉgislation, car il met en pรฉril la paix publique. En cela, il nous oblige ร la vigilance.
Je terminerai par ceci :
Nous ne voulons pas dโun pays parfait ; nous voulons un pays juste.
Et pour cela, il ne faut pas des armes, mais des idรฉes. Pas des colรจres, mais des courages. Pas des pamphlets, mais des projets.
Ne soyez pas celui qui souffle sur les braises. Soyez celui qui guรฉrit les blessures.
Haroun Rabani. harounrab@gmail.com
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