La Mauritanie se retrouve une nouvelle fois sous les projecteurs internationaux. À l’occasion de son quatrième Examen périodique universel (EPU), tenu le 20 janvier 2026 devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le pays a essuyé un flot de critiques appuyées sur l’état préoccupant des droits humains. Au total, 271 recommandations ont été adressées aux autorités, révélant la persistance de graves insuffisances en matière de libertés fondamentales, de lutte contre la torture et d’accès à la vérité pour les victimes du « Passif humanitaire ».
Un examen qui met à nu les fragilités du système
L’EPU constitue un mécanisme d’évaluation par les pairs au sein du système onusien. À ce titre, les États membres examinent périodiquement la situation des droits humains de chaque pays et formulent des recommandations destinées à améliorer le respect des engagements internationaux.
En amont de cette session, l’organisation MENA Rights Group a soumis un rapport alternatif détaillant plusieurs préoccupations majeures en Mauritanie. Le document insiste notamment sur les entraves à la liberté d’expression, le déficit de justice pour les crimes du passé et les dérives observées dans le cadre de la lutte antiterroriste.
Liberté d’expression : un espace toujours sous pression
Sept recommandations ont visé spécifiquement la liberté d’opinion et d’expression, reflétant l’inquiétude persistante de la communauté internationale.
Plusieurs États, dont le Mexique et l’Estonie, ont appelé Nouakchott à dépénaliser la diffamation et à réviser un arsenal juridique jugé trop répressif envers l’expression pacifique. L’Allemagne et le Chili ont, pour leur part, insisté sur la nécessité de mieux protéger journalistes, défenseurs des droits humains, militants et blogueurs.
Un point particulièrement sensible concerne l’accès à internet. L’Estonie a explicitement demandé aux autorités mauritaniennes de garantir un réseau « ouvert et sécurisé », y compris lors des périodes électorales, un rappel direct des coupures et restrictions observées lors de moments politiques clés.
Dans les faits, la liberté d’expression demeure encadrée par des dispositions légales floues et extensives, laissant une large marge à la criminalisation arbitraire des voix critiques.
« Passif humanitaire » : la question de l’impunité toujours béante
Le dossier le plus accablant reste celui du « Passif humanitaire », héritage des violations massives commises dans les années 1980 et 1990 contre des populations afro-mauritaniennes.
Lors de l’examen, la Belgique a appelé explicitement à l’abrogation de la loi d’amnistie n° 93-23 et à la mise en place d’un mécanisme indépendant de justice et de réconciliation. Cette loi continue en effet de verrouiller toute véritable reddition de comptes pour les exécutions sommaires, actes de torture, expulsions forcées, spoliations foncières et discriminations systémiques documentés durant cette période.
MENA Rights Group a réitéré l’urgence de créer une Commission vérité et réconciliation indépendante dotée de pouvoirs d’enquête réels. Le Royaume-Uni avait déjà pressé le gouvernement mauritanien de préciser les mesures concrètes envisagées pour garantir vérité, justice et réparations aux victimes, des attentes qui restent largement insatisfaites.
Torture et détentions : des garanties jugées insuffisantes
Plusieurs États, dont la Gambie, l’Estonie et la Mongolie, ont exhorté la Mauritanie à renforcer les protections contre la torture et les mauvais traitements, en particulier en garantissant l’accès immédiat à un avocat dès l’arrestation.
La Suisse a insisté sur la nécessité de mener des enquêtes indépendantes sur toutes les allégations de torture et de poursuivre effectivement les responsables? un signal clair face aux préoccupations persistantes sur l’impunité.
Le rapport alternatif de MENA Rights Group met particulièrement en cause la législation antiterroriste. Le régime de garde à vue prolongée permet en effet une détention pouvant atteindre 45 jours sans contrôle judiciaire ni assistance juridique. Malgré la gravité de cette disposition, aucune recommandation spécifique n’a été formulée par les États pour en exiger la réforme, laissant subsister une zone d’ombre majeure.
Une échéance décisive pour Nouakchott
Les autorités mauritaniennes doivent désormais examiner les 271 recommandations reçues et soumettre leur position lors de la 62ᵉ session du Conseil des droits de l’homme prévue en juin-juillet 2026.
Pour MENA Rights Group, le message est clair : la Mauritanie doit passer des engagements aux actes. L’organisation presse le gouvernement d’accepter les recommandations clés, notamment celles portant sur la protection effective des libertés fondamentales, l’interdiction absolue de la torture et la fin de l’impunité liée au « Passif humanitaire ».
Au-delà des déclarations, c’est désormais la crédibilité même de la Mauritanie en matière de droits humains qui se joue.
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