Mauritanie/FMI : la stabilité mise en scène, les fragilités persistantes ignorées

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FMI BCM

À première vue, la Mauritanie semble cocher toutes les cases du bon élève du Fonds monétaire international : croissance positive, inflation maîtrisée, déficit contenu, réformes engagées. Le narratif est bien rodé, presque rassurant. Mais derrière cette façade de stabilité, l’économie réelle raconte une histoire plus complexe, et nettement moins confortable.

Car cette stabilité repose sur des fondations étroites. L’économie mauritanienne reste profondément dépendante des industries extractives, fer, or, gaz, qui concentrent l’essentiel des recettes et des perspectives de croissance. Cette spécialisation, souvent présentée comme un atout, constitue en réalité une vulnérabilité structurelle : elle expose le pays aux cycles des matières premières et retarde une diversification pourtant jugée « urgente » par les institutions internationales elles-mêmes.

Le FMI reconnaît d’ailleurs, à demi-mot, que la trajectoire n’est pas linéaire. Après une phase de croissance soutenue, l’activité ralentit et devrait se stabiliser autour de 4 % à moyen terme, sous l’effet d’un essoufflement du secteur extractif et d’un contexte international incertain. Autrement dit, le moteur principal de l’économie montre déjà des signes de fatigue, sans qu’un relais crédible ne soit encore en place.

Mais c’est ailleurs que le décalage entre discours et réalité apparaît le plus nettement.

La récente crise énergétique a agi comme un révélateur brutal. Pénuries, tensions sur les approvisionnements, gestion hésitante des stocks d’hydrocarbures : autant d’éléments qui ont mis en lumière les limites de la capacité d’anticipation de l’État. Dans une économie aussi dépendante des importations énergétiques, ces dysfonctionnements ne relèvent pas de l’accident conjoncturel, mais d’une faiblesse structurelle de gouvernance.

Ce point est rarement abordé dans les communications officielles. Pas plus que ne l’est la question de la transparence.

Les échanges entre le FMI et les autorités mauritaniennes se déroulent dans un cadre étroitement contrôlé. Les conférences de presse, lorsqu’elles existent, restent discrètes et peu ouvertes. Les journalistes présents sont souvent issus de médias publics ou sélectionnés sans réelle expertise économique, ce qui limite la portée des questions et, de facto, la qualité du débat. Ce déficit de contradiction contribue à entretenir une narration lisse, où les tensions macroéconomiques sont atténuées, voire occultées.

Pourtant, ces tensions sont bien réelles.

Le modèle de croissance actuel produit peu d’emplois et reste faiblement inclusif. Comme dans de nombreuses économies extractives, la richesse générée se concentre, tandis que les inégalités persistent. Plus largement, la littérature économique montre que les programmes du FMI, notamment lorsqu’ils reposent sur des ajustements budgétaires, peuvent accentuer les disparités sociales et fragiliser certains indicateurs humains.

À cela s’ajoutent des fragilités externes : déficit courant élevé, dépendance aux financements extérieurs, exposition aux chocs climatiques et sécuritaires dans une région instable. Même les rapports du FMI évoquent des « risques orientés à la baisse », signe que la trajectoire reste loin d’être sécurisée.

Dans ce contexte, une question plus politique émerge, rarement formulée mais largement sous-entendue : pourquoi ce type de modèle continue-t-il d’être validé, voire encouragé ?

La réponse tient en partie à la nature même de la relation entre le FMI et certains États. Les économies où les contre-pouvoirs sont limités, où la communication est maîtrisée et où les réformes peuvent être mises en œuvre sans forte contestation interne offrent un environnement plus prévisible pour les institutions de Bretton Woods. La stabilité affichée devient alors autant un objectif économique qu’un cadre politique implicite.

Reste que cette stabilité, si elle n’est pas accompagnée d’une transformation profonde du modèle économique, pourrait s’avérer trompeuse.

La Mauritanie dispose d’atouts indéniables : ressources naturelles abondantes, position géographique stratégique, potentiel énergétique considérable. Mais sans diversification réelle, sans amélioration tangible de la gouvernance et sans débat public ouvert sur les choix économiques, ces atouts risquent de prolonger un modèle extractif fragile plutôt que de le dépasser.

En somme, l’accord avec le FMI ne marque pas tant une rupture qu’une continuité : celle d’une économie stable en apparence, mais encore en quête de fondations solides.

 

Ould Ebae

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