Afrique : derrière GlobUs, Paris dénonce une nouvelle offensive d’influence russe
La France accuse GlobUs, une structure présentée comme un réseau international d’experts, de servir de relais à des opérations de manipulation de l’information en Afrique. Selon Viginum, ses activités, particulièrement visibles au Cameroun et au Congo-Brazzaville, s’inscrivent dans une stratégie d’influence liée aux intérêts russes.
La bataille d’influence entre Paris et Moscou sur le continent africain se joue aussi sur le terrain de l’information. Le 27 octobre, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé vouloir demander des sanctions européennes contre GlobUs, une organisation que les autorités françaises soupçonnent de faciliter des opérations d’ingérence politique au bénéfice de la Russie.
Dans un rapport, Viginum, le service français chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, décrit GlobUs comme une structure de façade destinée à coordonner la diffusion de récits favorables à Moscou et hostiles aux pays occidentaux. Son activité serait particulièrement importante au Cameroun et en République du Congo.
Créée peu après le lancement de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, début 2022, l’organisation se présente comme un club international d’experts. Son site internet, disponible en russe, en anglais et en français, génère peu de trafic. Mais son dispositif numérique s’appuie notamment sur trois chaînes Telegram totalisant plus de 75 000 abonnés, ainsi que sur d’autres réseaux sociaux et des partenariats avec des médias africains.
Selon Viginum, GlobUs fédère des journalistes, des influenceurs, des juristes et des politologues qui relaient régulièrement des discours pro-russes. L’organisation participe également à des rencontres avec des structures liées à l’État russe, notamment la Douma, la chambre basse du Parlement.
L’héritage du réseau Prigojine
À la tête de GlobUs figurent Youlia Berg et Andreï Gromov, deux entrepreneurs d’influence que Viginum rattache à la galaxie d’Evgueni Prigojine, l’ancien patron du groupe paramilitaire Wagner, mort en août 2023. Tous deux auraient conduit des opérations d’influence en Russie, en Europe et en Afrique.
Après la disparition de Prigojine, plusieurs structures qui lui étaient proches ont été démantelées ou progressivement récupérées par l’État russe, notamment par ses services de renseignement. Le rapport relève que Berg et Gromov entretiennent des relations régulières avec des organisations liées au pouvoir russe. Viginum juge ainsi probable que GlobUs ait été mobilisée par Moscou pour mener des opérations d’influence, tout en soulignant que leur efficacité réelle auprès des populations demeure difficile à mesurer.
Le dispositif présente, selon le service français, des similitudes avec African Initiative, une organisation sanctionnée par l’Union européenne pour la diffusion de désinformation russe en Afrique.
Au Cameroun, Viginum décrit une stratégie de « blanchiment » de l’information reposant sur plusieurs plateformes médiatiques considérées comme proches des intérêts russes. Le rapport cite notamment Afrique Média TV, dont la diffusion a été suspendue, mais qui demeure présente sur d’autres canaux. La chaîne compte 1,2 million d’abonnés sur Facebook et est présentée comme un relais important des récits d’influence russes sur le continent.
Une source diplomatique française affirme que certains médias concernés diffusent régulièrement des contenus sponsorisés par GlobUs et entretiennent également des partenariats avec des médias d’État russes, dont RT.
Au Congo-Brazzaville, Viginum a relevé une intensification des activités de membres de GlobUs à Brazzaville entre août 2025 et l’élection présidentielle de mars 2026. Youlia Berg serait également liée à Africa Politology, un réseau d’influence russe.
Dans une note publiée le 27 octobre, le collectif All Eyes on Wagner indique que le réseau Politology a élargi son champ d’action au-delà de l’Afrique, ciblant désormais l’Europe, le Moyen-Orient et l’Inde. Cette extension illustre les dimensions internationales d’une bataille informationnelle dans laquelle le continent africain occupe une place stratégique, sur fond de recul de l’influence française et de progression des partenariats russes.
![]()
