Plus de 152 milliards d’ouguiyas de recettes, un excédent global de 6,2 milliards et une discipline budgétaire désormais inscrite dans la loi : le Conseil des ministres, réuni mercredi 21 octobre à Nouakchott sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a adopté le projet de loi de finances 2027. Un budget de précaution, qui mise gros sur Nouadhibou et sur le social, mais que le gouvernement lui-même juge exposé à de « risques élevés ».
Des recettes en hausse, un solde positif
Selon le communiqué officiel du Conseil des ministres, les recettes totales, dons compris, sont projetées à environ 152,11 milliards de nouvelles ouguiyas (MRU), soit plus de 1 500 milliards d’anciennes ouguiyas. En face, les dépenses et prêts nets atteindraient 145,91 milliards. L’écart dégage un excédent global d’environ 6,2 milliards d’ouguiyas, un chiffre que le ministre des Finances a mis en avant dans une déclaration à l’Agence mauritanienne d’information (AMI) mercredi soir.
Le cadrage macroéconomique retient une croissance réelle moyenne de 4,3 % sur la période 2027-2029 et une inflation contenue autour de 3,3 %. Le projet doit désormais être transmis à l’Assemblée nationale, où il sera débattu dans les prochaines semaines.
L’ESSENTIEL
- Recettes et dons : 152,11 milliards MRU ; dépenses et prêts nets : 145,91 milliards MRU.
- Excédent global attendu : environ 6,2 milliards MRU.
- Déficit primaire hors industries extractives : 3,5 % du PIB, contre 4 % en 2026.
- Nouadhibou : 39,6 milliards MRU programmés sur 2026-2029, dont 25,44 milliards pour les infrastructures productives.
- Croissance moyenne visée : 4,3 % (2027-2029) ; inflation : 3,3 %.
La nouvelle règle d’or du hors-mines
La véritable nouveauté est ailleurs. Pour la première fois, la loi de finances applique la règle budgétaire instaurée par la loi organique adoptée en juin 2026 : le déficit primaire hors recettes extractives, dons inclus, ne doit pas dépasser 3,5 % du PIB nominal. L’objectif est clair : empêcher que l’État ne dépense au rythme volatil des revenus de l’or, du fer et du gaz.
Pour 2027, ce solde est fixé à 21,03 milliards d’ouguiyas, pile sur le plafond, contre 22,18 milliards, soit 4 % du PIB, en 2026. Un demi-point de resserrement qui donne un signal aux bailleurs, à commencer par le FMI, avec lequel Nouakchott entretient un dialogue régulier sur la soutenabilité de ses finances.
Nouadhibou, priorité d’investissement
Côté dépenses, la capitale économique tire le gros lot. Le programme de développement de la wilaya de Dakhlet Nouadhibou, étalé sur 2026-2029, mobilise environ 39,6 milliards d’ouguiyas. Plus de 25 milliards iront aux infrastructures productives, dont un port en eau profonde et une station d’épuration liée à la filière pêche, selon les détails communiqués par le ministère. L’eau et l’assainissement (4,63 milliards), les routes et transports (3,06 milliards) et la modernisation urbaine (3,03 milliards) complètent l’enveloppe.
Nouakchott n’est pas oubliée : la deuxième phase de son programme de développement est dotée de 11,59 milliards. Le programme d’urgence pour l’accès universel aux services de base, lancé pour 2025-2027, pèse quant à lui 26,4 milliards. Sur le volet social, le gouvernement annonce plus de 6 milliards supplémentaires pour l’opération d’assistance « Aoun » et 1,6 milliard de transferts monétaires aux ménages vulnérables.
Ces promesses tombent dans un climat social tendu. Jeudi, le site Alakhbar rapportait que l’agence Taazour aurait suspendu depuis mai le versement des allocations à une partie de ses bénéficiaires, tandis que médecins résidents et étudiants de l’université de Nouakchott manifestaient pour leurs arriérés ou leurs conditions de transport.
Un budget à la merci du monde
Le gouvernement ne cache pas la fragilité de l’édifice. Le document recense une série de menaces : la persistance du conflit au Moyen-Orient et une flambée des prix de l’énergie, une désinflation plus lente que prévu qui alourdirait les subventions, une baisse des cours de l’or, un incident dans la production gazière, ainsi qu’un reflux des dons et des prêts concessionnels. Autant de variables sur lesquelles Nouakchott n’a guère de prise.
Pour amortir les chocs, l’exécutif prévoit un plafonnement des dépenses, une réserve de liquidités sur le compte unique du Trésor à la Banque centrale de Mauritanie et une contribution au Fonds national des revenus des hydrocarbures. Le même Conseil des ministres a d’ailleurs renouvelé la direction de la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH), confiée à l’ancien directeur général de la Somelec.
L’épreuve de l’exécution
Sur le papier, le budget 2027 coche les cases de l’orthodoxie : excédent, déficit hors mines en recul, investissements ciblés. Mais le ministre lui-même a cité la lenteur d’exécution des investissements parmi les risques majeurs. C’est là que se jouera la crédibilité du texte : entre un port en eau profonde à sortir des sables de Nouadhibou et des allocations sociales à verser à temps, les députés auront de quoi interroger le gouvernement lors du débat budgétaire.
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