Mauritanie–FMI : Nouakchott décroche un nouveau pacte financier pour consolider sa trajectoire économique
Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, le ralentissement économique mondial et la volatilité persistante des marchés des matières premières, la Mauritanie sécurise un nouveau soutien financier du Fonds monétaire international (FMI). Au-delà des ressources mobilisées, ce nouvel accord traduit surtout la volonté de Nouakchott de poursuivre une transformation économique fondée sur la discipline budgétaire, l’amélioration de la gouvernance publique et la consolidation des réformes structurelles.
Le Conseil d’administration du FMI a approuvé un nouveau programme d’une durée de 42 mois avec le gouvernement mauritanien, au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et du Mécanisme élargi de crédit (MEDC). L’institution a également achevé la cinquième et dernière revue de l’accord conclu dans le cadre de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD).
Cette décision ouvre la voie à de nouveaux décaissements destinés à accompagner le programme de développement des autorités mauritaniennes et leur agenda de réformes institutionnelles.
Un financement pour préserver les équilibres macroéconomiques
Présentant les contours du nouveau partenariat lors d’une rencontre avec des journalistes à Nouakchott, le représentant résident du FMI en Mauritanie, Younes Zohar, a expliqué que ce programme intervient dans la continuité des efforts engagés par les autorités pour renforcer la stabilité financière du pays.
Le nouveau cadre prévoit un décaissement de 70,82 millions de Droits de tirage spéciaux (DTS) au titre de la FEC/MEDC, soit l’équivalent de 95,8 millions de dollars, représentant 55 % de la quote-part de la Mauritanie.
À ce montant s’ajoute la décision d’un décaissement immédiat de 78,78 millions de DTS, correspondant à environ 105,6 millions de dollars.
Pour le FMI, ces ressources doivent permettre à la Mauritanie de préserver ses marges extérieures, tout en poursuivant les réformes nécessaires pour répondre aux besoins importants de développement du pays.
L’institution estime que les nouveaux accords interviennent dans un contexte où « l’environnement international devient de plus en plus incertain et exposé aux chocs », rendant indispensable le maintien d’une politique économique prudente.
La fiscalité, nouveau chantier prioritaire
Si les financements constituent un élément important du nouvel accord, le FMI place également la mobilisation des recettes publiques au cœur de la prochaine phase de coopération.
Selon Younes Zohar, le gouvernement mauritanien et le Fonds ont élaboré une stratégie visant à améliorer l’efficacité de la collecte fiscale. Cette orientation s’appuie sur les résultats jugés positifs obtenus dans le cadre des deux précédents programmes conjoints, achevés en juin dernier.
Le prochain cycle de réformes prévoit notamment le lancement, dès septembre, d’un programme destiné à examiner et rationaliser les exonérations fiscales afin de réduire les pertes financières pour l’État.
Cette réforme sera accompagnée par un plan de mobilisation des ressources fiscales élaboré sous la supervision du gouvernement, en concertation avec le secteur privé, la société civile et les différents acteurs économiques.
Cette question constitue l’un des principaux défis budgétaires du pays. Une étude diagnostique réalisée par le FMI en 2023 sur la gouvernance en Mauritanie a révélé que le volume des allégements fiscaux représentait environ 4 % du PIB, un niveau considéré par Younes Zohar comme « très élevé » en comparaison avec d’autres pays de la région.
Une économie jugée résiliente face aux incertitudes
Malgré les pressions extérieures, le FMI porte un regard positif sur la capacité de résistance de l’économie mauritanienne.
Après la réunion du Conseil d’administration, Kenji Okamura, Directeur général adjoint et président par intérim du Conseil d’administration du FMI, a souligné que l’économie du pays avait continué à faire preuve de résilience grâce à des politiques macroéconomiques prudentes et adaptées.
Selon lui, une politique budgétaire rigoureuse contribue à l’objectif des autorités de stabiliser la dette publique, tandis que les réserves extérieures demeurent à un niveau adéquat.
Le responsable du FMI estime également que l’engagement des autorités en faveur d’un cadre budgétaire solide permet de mieux protéger l’économie contre la volatilité des prix des produits de base et contribue à renforcer la viabilité de la dette.
Cependant, l’institution appelle à poursuivre les efforts dans plusieurs domaines : augmentation des recettes publiques, amélioration de l’efficacité des dépenses, réforme des entreprises publiques et préservation des capacités budgétaires nécessaires aux investissements prioritaires et aux programmes sociaux.
Dans ce domaine, le FMI considère que l’existence d’un registre social développé constitue une base importante pour mieux cibler les aides en faveur des populations les plus vulnérables.
Le précédent programme 2022-2026 : un bilan satisfaisant
Le nouveau programme intervient après une période de coopération que le FMI qualifie de « solide ».
L’évaluation du programme FEC/MEDC couvrant la période 2022-2026 fait état d’une croissance robuste du secteur non extractif, d’une baisse de l’inflation, d’une réduction du déficit du compte courant et du maintien de réserves internationales adéquates.
Pour l’institution, la Mauritanie affiche un bilan positif dans la mise en œuvre des politiques économiques. Les réformes engagées ont contribué au renforcement de la politique budgétaire, au développement du secteur financier, notamment à travers l’amélioration du marché des changes, à la modernisation du cadre juridique de la gouvernance et au renforcement de la résilience climatique.
Le FMI indique que tous les critères de performance quantitatifs fixés pour décembre 2025 ont été atteints. Seul le repère structurel relatif à l’intégration de la règle budgétaire dans la loi a connu un retard dans sa mise en œuvre.
Par ailleurs, les autorités ont achevé les quatre mesures de réforme restantes prévues dans le cadre de la FRD, permettant notamment d’intégrer davantage les enjeux climatiques dans la gestion des finances publiques et d’améliorer la gestion du secteur de l’eau.
Carburants, subventions et réforme sociale : l’équilibre délicat
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, la question sociale demeure au centre des préoccupations liées aux réformes.
Younes Zohar, qui suit l’évolution de l’économie mauritanienne depuis 2009, a estimé que le pays traverse actuellement une phase de transformations structurelles importantes visant à renforcer durablement la stabilité financière.
Le représentant du FMI a également défendu la décision du gouvernement mauritanien de libéraliser les prix du carburant, considérant cette mesure comme « la meilleure et la seule option » pour éviter que les chocs économiques extérieurs et le poids des subventions directes ne compromettent les programmes de développement.
Dans le même temps, il a salué les mesures sociales mises en place par les autorités pour accompagner les populations les plus fragiles et limiter les effets des réformes économiques.
Vers une nouvelle phase de transformation économique
Avec ce nouveau programme de 42 mois, la Mauritanie engage une nouvelle étape de sa relation avec le FMI. L’enjeu ne sera plus seulement de maintenir les équilibres macroéconomiques, mais de transformer cette stabilité en croissance durable et inclusive.
Pour le Fonds, les prochaines années devront être consacrées au renforcement des institutions, à l’amélioration de la gouvernance publique et à la création d’un cadre économique capable d’attirer davantage d’investissements tout en protégeant les équilibres sociaux.
Dans un contexte régional et international incertain, Nouakchott devra désormais démontrer que la discipline budgétaire et les réformes engagées peuvent se traduire par une accélération du développement économique.
Mly
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