L’ouverture annoncée de la route reliant Amgala à Bir Oum Grine cristallise les paradoxes : Rabat promet une mise en service imminente, Nouakchott temporise, et le Polisario contrôle toujours une partie du tracé.
L’ouverture annoncée de la route reliant Amgala (Sahara Occidental) à Bir Oum Greine (Mauritanie) suscite une vive controverse, alimentée par des déclarations contradictoires et des obstacles géopolitiques encore non élucidés.
Le 20 septembre, à Es-Smara, le ministre marocain des Transports, Nizar Baraka, a déclaré que cette liaison serait opérationnelle « dans les deux semaines à venir ». Présentée comme un levier économique pour la région, l’annonce a été saluée par les militants de son parti, l’Istiqlal. Elle donne l’impression que l’ouverture de cette voie est acquise et convenue avec Nouakchott.
Pourtant, en Mauritanie, le ministère de l’Équipement et des Transports avait nié il y a juste quelques semaines, avoir connaissance de tout projet de connexion routière au niveau des postes frontaliers avec le Maroc. Ce démenti, applaudi par le Polisario, a jeté un doute sur la réalité de la coordination entre les deux pays.
Toutefois, un document officiel du ministère mauritanien de l’Intérieur et de la Décentralisation, daté du 11 février 2025, nuance cette position. Il confirme la création de 82 postes frontaliers obligatoires, dont celui d’Amgala-Bir Oum Greine, expressément classé comme « bilatéral et ouvert », conformément aux lois et accords en vigueur. Une reconnaissance administrative qui contredit directement les propos du ministère de l’Équipement.
À ces divergences s’ajoute un autre obstacle majeur que Rabat n’a pas encore clarifié : la route devrait traverser une bande de 15 à 20 kilomètres de terres sous contrôle du Polisario avant d’atteindre la frontière mauritanienne. Cette réalité géographique pose une question cruciale : comment cette infrastructure pourrait-elle être ouverte et sécurisée sans un accord explicite ou sans risque de tensions avec le Front Polisario ?
Ainsi, entre annonces enthousiastes du Maroc, démentis officiels mauritaniens, documents administratifs contradictoires, et la zone tampon contrôlée par le Polisario, l’ouverture effective de cette route stratégique reste enveloppée d’incertitudes.
Une seule certitude s’impose : si elle venait à se concrétiser, cette artère transformerait profondément non seulement les échanges commerciaux entre le Maroc et la Mauritanie, mais aussi l’équilibre géopolitique fragile du Sahara.
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