Algérie : la fuite du général Nasser El-Djenn, un séisme au cœur du régime
Dans la nuit algéroise, les barrages se sont multipliés, les routes se sont figées sous le poids des embouteillages, et les hélicoptères ont zébré le ciel. Pendant deux jours, Alger a vécu au rythme d’une traque inédite depuis la décennie noire. L’homme recherché n’était pas un criminel ordinaire, mais l’ancien patron de la Sécurité intérieure : le général Abdelkader Haddad, plus connu sous le nom de Nasser El-Djenn.
Destitué en mai, incarcéré, puis relégué en résidence surveillée, ce haut gradé a réussi l’impensable : disparaître sous les yeux de ses gardiens. Son évasion a provoqué un choc violent dans les cercles du pouvoir, poussant le Conseil supérieur de sécurité à se réunir en urgence.
Mais derrière l’image d’un fugitif traqué, c’est une vérité plus inquiétante qui se dessine : la fuite n’aurait pas été possible sans complicités internes. En clair, le régime se fissure de l’intérieur.
Les autorités ont verrouillé la capitale, mais pas les rumeurs. L’Espagne, l’Algérie profonde, une cavale organisée ? Nul ne sait où se trouve réellement le général, présenté comme une véritable « banque de secrets » de l’État. Plusieurs officiers soupçonnés de l’avoir aidé ont déjà été arrêtés.
Cette affaire éclaire d’un jour cru la guerre de factions qui mine l’appareil militaire. Depuis 2019, les services de renseignement sont devenus un champ de bataille : sept directeurs du renseignement
extérieur et cinq de la sécurité intérieure se sont succédé en quelques années. Derrière les purges, une instabilité chronique héritée du démantèlement du tout-puissant DRS de Mohamed Mediene, en 2015.
Aujourd’hui, le pouvoir est sous lechoc . Car si un homme comme Nasser El-Djenn a pu s’échapper, c’est que les murs du régime ne protègent plus ses propres gardiens.
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