Ils n’étaient ni des jihadistes ni des rebelles, mais des chasseurs de métal jaune. Mardi 20 octobre, à 35 kilomètres d’Agadez, un commando a arrêté deux autocars de voyageurs en plein désert et ouvert le feu. Bilan : douze morts. Derrière la fusillade, une piste que les autorités ne cachent plus : de l’or transporté à bord. Un drame qui révèle le nouveau visage de l’insécurité dans le nord du Niger.
Dix minutes de feu sur la route d’Arlit
Il est environ 10 h 20 lorsque les deux bus de la compagnie SONITRAV, partis d’Arlit, la cité de l’uranium, approchent d’Agadez. Trois véhicules tout-terrain leur barrent la route. Selon les témoignages recueillis sur place, neuf hommes armés en descendent et tirent sur les cars.
Les assaillants n’avaient pas tout prévu : des militaires escortaient le convoi et ont aussitôt riposté. Un échange de tirs s’engage en rase campagne. Selon plusieurs passagers, la présence de ces soldats a évité un carnage plus lourd encore. Les premiers bilans faisaient état de onze morts, dont dix passagers et un militaire. L’Agence nigérienne de presse a ensuite porté le chiffre à douze, avec plusieurs blessés par balle. Un autocar d’une autre compagnie, arrivé sur les lieux, a évacué une partie d’entre eux vers les centres de santé d’Agadez.
« Particulièrement tragique » : l’or au cœur de l’enquête
Les victimes ont été inhumées mercredi à Agadez, en présence du gouverneur de la région, le général Ibra Boulama Issa. Celui-ci a qualifié l’attaque de « particulièrement tragique » et livré une indication rare : selon les premiers éléments, l’attaque serait liée à de l’or transporté dans l’un des véhicules. Ni le propriétaire de la cargaison, ni la quantité, ni son sort n’ont été précisés.
Le gouverneur a appelé les acteurs du secteur, à commencer par les transporteurs, à en tirer les leçons. Le message est clair : mélanger passagers et cargaisons de valeur sur des axes isolés revient à transformer des civils en boucliers involontaires. Une enquête a été ouverte et le Conseil régional de sécurité s’est réuni en session d’urgence. Aucune revendication n’a été enregistrée.
L’ESSENTIEL
- Quand : mardi 20 octobre 2026, vers 10 h 20.
- Où : axe Arlit-Agadez, à environ 35 km d’Agadez.
- Bilan : 12 morts, dont au moins un militaire, et plusieurs blessés.
- Mobile présumé : une cargaison d’or, selon le gouverneur.
- Auteurs : non identifiés, aucune revendication.
Le Nord, épargné par le jihad, rattrapé par la fièvre de l’or
La région d’Agadez a longtemps fait figure d’exception. Alors que l’ouest du Niger, aux confins du Mali et du Burkina Faso, et le sud-est, face au lac Tchad, vivent au rythme des attaques jihadistes, le grand Nord était resté relativement à l’écart. En janvier encore, c’est l’aéroport de Niamey que l’État islamique avait visé.
Mais l’Aïr et le Ténéré ont leur propre poison. Depuis une dizaine d’années, la ruée vers l’or artisanal attire des milliers de chercheurs sur des sites comme Djado ou Tchibarakaten. Avec le métal précieux circulent des sommes considérables, souvent hors de tout circuit officiel, sur des routes immenses et peu surveillées. Banditisme armé, contrebande, trafics vers la Libye et l’Algérie : la région, carrefour historique du Sahara, voit prospérer une économie criminelle qui n’a besoin d’aucune idéologie pour tuer.
Un test pour Niamey, un signal pour la région
Pour le pouvoir militaire du général Tiani, qui a fait de la reconquête sécuritaire sa raison d’être, l’attaque tombe mal. Elle rappelle que la menace ne se résume pas aux groupes armés jihadistes et que la protection des routes, artères vitales d’un pays enclavé, reste un chantier ouvert.
Le signal dépasse les frontières du Niger. De la Mauritanie au Soudan, la bande saharo-sahélienne vit la même fièvre aurifère, avec ses mêmes dérives. En Mauritanie aussi, l’orpaillage artisanal a transformé des régions entières, de l’Inchiri au Tiris Zemmour, et pose aux autorités la question de la traçabilité et de la sécurité de ces flux. À Agadez, cette question a désormais douze visages.
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