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Portrait : Ould Bouamatou. Multimilliardaire, généreux et très mauvais enseignant.

1970. Nous sommes à deux ans près, après la grève des enseignants qui a paralysé la scolarité suite à des événements revendicatifs. Le pays souffre encore d’un déficit prononcé des enseignants de langue française. L’Ecole Normale des Instituteurs accueille des jeunes pour ce métier d’avenir et pour combler le déficit. Il fréquente cette école de formation publique,   obtient son diplôme et  enseigne quelques temps. Mais il se rend compte qu’il est n’est pas dans son environnement « tribal » celui  qui  cultive chez ses cousins l’esprit et le sens des affaires.

Il lance la craie et se jette  dans le milieu de l’import export, comme employé de l’établissement de  son oncle. La Somipex. Au sein de cet établissement, il occupe le poste de Directeur Général Adjoint après avoir fait ses preuves et il se familiarise avec les techniques commerciales, le transit, le crédit  bancaire, la manutention.

L’ambitieux jeune homme ne se sent pas à l’aise sous la dépendance de son oncle. En 1983, le Gouvernement mauritanien lance une politique de  financement du secteur privé sous forme de Fonds national de développement. Mohamed, jeune et ambitieux demande et obtient un crédit. Il part du principe qu’il ne doit en aucun cas échouer. Il se souvient de son enfance, celle de tous les garçons du monde et se remémore  son amour d’enfance pour les bonbons au gout de caramel. Il voit  simple et grand . L’idée est née. Le marché de la confiserie est porteur, il fonde sa propre société avec le financement obtenu. A cette époque la Mauritanie fête son 23 ème anniversaire, Ould Bouamatou son 30 ème. La Cogitrem nait. Les bonbons et les caramels « made in RIM » pays des dunes de sable font aussi  la joie des enfants du Sénégal et ceux du Mali. Le produit né d’une vision et de l’idée d’un mauritanien qui a les chromosomes  de la réussite dans le sang, créait l’emploi pour des milliers de femmes et des milliers de petits vendeurs au détail dans tous les pays de la ligne de front économique de l’Afrique de l’Ouest. Les ventes explosent, le chiffre d’affaire du jeune Ould Bouamatou très  ambitieux grimpe.

Nous sommes au milieu des années 80. La réussite financière à un Label  « Ould Bouamatou ». Le nom devient un indice de valeur marchande et commerciale, une espèce de « côte boursière » sur le marché mauritanien et ouest-africain.  Entre l’année 83 et l’année 95, le jeune Ould Bouamatou  est pris par un très fort goût d’adrénaline pour la réussite. Il se lance, tous azimuts dans l’économie de la moyenne et petite entreprise.

Petit à petit, lentement et surement il étend ses tentacules  sur différents domaines. Son nom évoque le tabac, l’agroalimentaire, l’automobile, l’assurance, la cimenterie. Grace à une stratégie financière taillée sur ses ambitions,  sa crédibilité morale et sa vision à large spectre de la réussite, il bouscule l’ordre établi sur l’approvisionnement et le ravitaillement du marché national.

La chance lui sourit. « Iso » mauritanien de la réussite,  Ould Bouamatou  né les années 53 dans une  région aux  hivers rugueux et aux  étés « mortels »  s’adapte à tous les climats : le climat politique,  le climat économique mais aussi et surtout le climat financier.

Nous sommes en 1995. « Ould Bouamatou » devient alors tout à la fois :   un nom, un label, une « marque déposée », une raison sociale et surtout une côte de popularité qui ne cesse de grimper. Il est pressé d’aller au plus haut dans la réussite. Il transgresse la loi de la patience et,  à 42 ans, son sérieux, son sens poussé pour les bonnes affaires, sa volonté de réussite et sa crédibilité le récompensent. Soutenu par BNP Paribas Fortis,  banque belge du groupe BNP PARIBAS,  un  des acteurs  majeurs de la banque privée belge qui offre à des  entreprises et  organismes publics une gamme complète de services financiers au niveau local et international, il s’offre sa propre banque,  la GBM. Cette institution  financière charme les investisseurs et les intervenants en Mauritanie et elle s’impose sur l’échiquier financier national. .

La crédibilité donne une valeur ajoutée à ce mauritanien  qui s’est créé lui-même par ses propres moyens et « pour lui-même » le profil d’un homme d’affaire respectable et respecté,  après avoir  commencé à faire sa fortune en faisant vendre des baguettes de pains dans les petites échoppes des quartiers populaires de la capitale et plus tard des caramels à l’intérieur du pays, à travers le Sénégal et au Mali.

Cinq années après sa percée spectaculaire dans le monde de la  gestion monétaire, en 2000, son instinct fouineur pour les  intérêts le bascule vers la téléphonie mobile. Il entre sans sourcilier les yeux  dans le capital de Mattel pour  détenir 39 % des actions. Il charme les opérateurs tunisiens,  accompagne Mattel dans la percée du marché. La réussite explose.

En 2005, L’ancien colonel  Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya est encore au  pouvoir. Mais sa longévité à la tête de l’état commence à faire grincer les dents des militaires dont  certains officiers s’enrichissaient et d’autres s’appauvrissaient. La classe politique elle aussi est agacée  par un pouvoir dominant ballotté par des activistes du parti majoritaire qui sèment un désordre économique  donnant  une mauvaise image du pays. Les négros mauritaniens rescapés des événements de 89 menacent  par la création des FLAMS un régime totalitaire qu’ils considèrent raciste.

Dans la journée du 03 août 2005, le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, puissant directeur des services de renseignements  du pays écarte Maaouiya du pouvoir avec la complicité de Mohamed Ould Abdel Aziz, qui était à l’époque « le gardien du temple ».

Ely Ould Mohamed Vall est de la même région, de la même tribu,   du même âge et du même cercle d’amis qu’Ould Bouamatou.  Le riche homme d’affaire  est  dans le secret du  renversement du chef de l’état élu démocratiquement. Son argent est mis à profit pour acheter les consciences des politiciens  et pour  faire dévier  la puissante classe politique d’Ould Taya de sa trajectoire et la placer sur la « bonne » voie  celle  du pouvoir mis en place. C’est du donnant-donnant. L’époque est favorable à MOB pour obtenir des avancées dans les affaires.

En 2006, il  décolle  à destination d’une nouvelle forme de fluctuation de ses capitaux. Il se jette  chèque libellé à blanc et certifié à la main dans la création de la Mauritanie Airways. C’est la consécration. La percée de l’homme commence à faire des jaloux.

Nous sommes en Août 2008, Sidi Ould Cheikh Abdallahi est au pouvoir depuis mars 2007. Le mercredi 06 août il relève de leurs fonctions d’une pierre deux coups, Mohamed Ould Abdel Aziz et Ould El Ghazouani deux amis, deux officiers d’une même génération et deux « complices » d’intérêts au sein des forces armées. Les deux hommes sont visés par la même sanction. L’un, Mohamed Ould Ghazouani manifeste une réaction prudente et mesurée,  l’autre Mohamed Ould Abdel Aziz imprévisible est à réaction rapide et incontrôlée. Ould Ghazouani n’a même pas le temps de réaliser ce qui se passe que déjà Ould Abdel Aziz, par une fureur qui l’a rendu aveugle a pris en otage le président en plein  exercice de ses fonctions.

C’est  la surprise générale. Le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi  est renversé, par Ould Abdel Aziz en « solo » pour,  soit disant,  « mettre fin » à une crise politique qui était  sur le point de jeter le pays dans le précipice. Mohamed Ould Abdel Aziz, nommé général par celui qu’il vient de renverser  est « imposé »  par une « mouvance » politique « frondeuse » orchestrée par Ould Maham et financée par le Banquier.

Le riche homme d’affaire, Ould Bouamatou, versé dans « l’import-export » des consciences met la main à la poche pour « faire applaudir » le putsch par les politiciens les plus réticents et pour populariser le Général Ould Abdel Aziz « nouveau venu » qui, en prenant le pouvoir  a fait entrer Ely Ould Mohamed Vall dans une fureur dont il n’est jamais sorti jusqu’à sa mort.

Le coup d’état place Ould Bouamatou pourtant  entre le marteau et l’enclume. Le marteau, Ould Abdel Aziz  nouveau président dirigeant la junte militaire,  et l’enclume,  Ely Ould Mohamed Vall son meilleur ami basculé dans l’opposition par le putsch de Ould Abdel Aziz.

En 2009, des élections sont organisées. Ould Bouamatou  grimpe au sommet de sa gloire en faisant monter aussi au sommet de sa gloire Mohamed Ould Abdel Aziz  par l’injection des moyens énormes dans la campagne.

Et puis un jour les choses se gâtent. Ould Bouamatou prend le « marteau » sur la tête. Il est dans le collimateur de son cousin Ould Abdel Aziz de trois ans plus jeune que lui. C’est   la chute aux enfers pour  ses affaires. Il  quitte son pays pour sauver sa peau. Traqué, Torturé moralement, économiquement et financièrement il est  forcé à un exil « sans pays fixe ». Un mandat d’arrêt  est décerné contre lui par son pays  le 31 août 2017.

Le 10 mars 2020, il  rentre au pays blanchi par la justice du nouveau régime.

Mais qui est donc Mohamed Ould Bouamatou ?

  • Qui est donc cet homme a qui a été décerné le 28 novembre 2009 la médaille de commandeur de l’Ordre du mérite national pour sa fondation et sa lutte contre la cécité et le trachome en Mauritanie et dans la sous-région par celui qui était devenu son ennemi juré ?
  • Qui est donc cet homme apôtre et défenseur de l’égalité des chances qui s’est associé en 2015 avec Me Georges Henri Beauthier et Me William Bourdon pour créer la Fondation Africaine pour l’égalité des chances en Afrique et pour soutenir des projets dans le monde de l’éducation, de la justice, de la santé et des droits de l’Homme?
  • Qui est donc cet homme qui, en 2016 décernait  le premier « Prix Fondation Bouamatou »  au congolais Denis Mukwége,   Prix Nobel de la Paix couronné pour  son engagement contre les mutilations génitales des femmes au Congo ?
  • Qui est donc cet homme qui a contribué au financement au Maroc d’un centre d’hébergement pour jeunes  lycéennes désireuses de poursuivre leurs études supérieures ?
  • Qui est donc cet homme qui a débloqué 2.680.000 euros pour l’extension d’un lycée Français de Nouakchott ?
  • Qui est donc cet homme qui a débloqué un financement pour la construction d’une extension de l’Hôpital Cheikh Zaid de Nouakchott, pour une maternité au profit d’une association des mères cheffes de familles ?
  • Qui est donc cet homme qui a débloqué 2.000.000.000 d’ouguiyas pour le gouvernement mauritanien et 1.600.000 dollars à celui du Sénégal pour apporter son soutien dans leur  lutte contre la Covid-19 ?
  • Qui est donc cet homme qui, à travers sa fondation, a apporté une aide financière à SOS Méditerranée et à l’équipage de l’Aquaris deux  acteurs  majeurs  dans les opérations de sauvetages humanitaires des subsahariens rescapés en Méditerranée ?
  • Qui est donc cet homme qui, en 2017, à travers  sa fondation a participé  au financement de la Plate-forme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) pour soutenir les militants de l’ombre dans leur combat en faveur d’une réelle expression démocratique et d’une lutte efficiente contre la corruption et les pratiques illégales en Afrique ?.
  • Qui est donc cet homme qui, toujours en 2017,  a  sponsorisé et participé à la conférence Soft Power Today de l’Unesco à Paris  et qui a accompagné  plus de 50 personnalités de haut niveau désirant « Promouvoir l’autonomisation et le leadership des femmes », pour  soutenir  la déclaration officielle de l’UNESCO sur l’égalité des sexes ?
  • Qui est donc cet homme a qui Philip Morris et la Société Financière internationale (SFI qui ne traite qu’avec des entreprises mondiales de renommées) ont fait entière confiance ?
  • Qui est cet homme qui a charmé Galina Blanca, Fortis, et BNP Parisbas?
  • Qui est donc cet homme, que chantent les artistes blancs, négro-africains et harratines  que respectent tous  les politiciens, les industriels, les chefs d’états et de gouvernements ?
  • Qui est cet homme qui, de 1983 à cette date a créé des opportunités d’emploi à des millions de femmes et des jeunes  en Mauritanie, au Sénégal et au Mali par la mise en place de sociétés et d’entreprises  industrielles et commerciales dans toute la sous région ?
  • Qui est cet homme qui, à travers sa fondation a rendu la lumière du jour aux yeux des milliers de nécessiteux de son pays, du Mali et du Sénégal ?
  • Qui est donc enfin cet homme qui a financé des petites et moyennes entreprises pour des hommes d’affaires qui sont devenus aujourd’hui des chefs d’entreprises respectables et respectés ?

Je ne sais pas vraiment. Je suis incapable de répondre à cette question.

Ce que je sais et ce dont je suis sure c’est que Ould Bouamatou est un très mauvais enseignant. Simplement parce que depuis les années 2006 et durant  toutes ses années d’exil, sa générosité n’a été pratiquement récompensée que par de  l’ingratitude.

Voilà ce que ce que lui a coûté d’avoir abandonné l’enseignement  avant d’avoir enseigné à certains les valeurs et les vertus  de la reconnaissance et de la gratitude. Ce qui me fait dire que cet homme, Ould Bouamatou est un homme très riche, très généreux mais un très mauvais enseignant.

Et c’est pourquoi je prends sur moi la responsabilité de dire que ce « mauvais enseignant » est une  histoire qui s’est conjuguée au passé, qui se conjugue au présent mais et surtout qui va se conjuguer au futur dans quelques années.

Mohamed Chighali.

 

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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