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Mauritanie:L’affaire Sidi Ould Salem contre Ahmed El Moustaph: “le plaignant use de son poste ministériel pour essayer d’avoir des privilèges juridictionnels” Dixit Dr Ould El Moustaph

Afin d’éclairer l’opinion nationale sur l’affaire Sidi Ould Salem, l’actuel ministre de l’enseignement supérieur et porte-parole du gouvernement contre le Dr et professeur Ahmed Ould El Moustaph, qui a commencé par le refus de ce premier d’exécuter des décisions judiciaires, suivie d’une plainte déposée par ce même ministre contre ce dernier pour avoir critiqué la gestion de son département et ce début septembre, une plainte qui secoue actuellement l’enseignement supérieure. Suivie encore d’une décision de limoger quatre anciens professeurs de la FLSH dont une enseignante qui souffre d’une maladie chronique et considéré par le professeur Ahmed Ould El Moustaph comme étant un acte injuste car cet acharnement inouï dit-il de la part du ministre pour détruire la vie de quatre citoyens pères et mère de familles ayant sacrifié des années et des années de leur vie pour contribuer à la formation de milliers d’étudiants de la FLSH de l’UNA n’a d’égal que la stupidité des justificatifs ridicules évoqués par cette décision.
Le Dr Ahmed Ould El Moustaph dit que le porte-parole use de son poste ministériel pour essayer d’avoir des privilèges et a porter atteinte à un citoyen.
Moustaph, proffesseur est à Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) de l’Université de Nouakchott Al Assriya (UNA) depuis 2008 à 2011 en tant qu’enseignent vacataire et de 2011 jusqu’à juillet 2020 en tant que professeur contractuel.

Interview avec Dr Ahmed Ould El Moustaph
Nous profitons de cette occasion pour vous interviewer sur les contours de ce différend qui vous oppose depuis un certain temps à Sidi Ould Salem.

Points Chauds : Pouvez-vous nous retracer l’historique de ce différend avec Sidi Ould Salem ?
Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour de m’avoir offert cette opportunité afin d’édifier l’opinion publique nationale sur cette affaire. En réponse à votre question, je voudrais préciser que j’enseigne à la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) de l’Université de Nouakchott Al Assriya (UNA) depuis 2008 à 2011 en tant qu’enseignent vacataire et de 2011 jusqu’à juillet 2020 en tant que professeur contractuel. Certes, durant ces douze années continues en tant que professeur, j’ai vécu des conditions difficiles, comme beaucoup d’enseignants, y compris des cas d’injustice grave, notamment la non-exécution par le ministère d’un arrêt rendu fin 2016 par la Cour suprême / Chambre administrative suite à mon exclusion d’un concours de recrutement de professeur de linguistique au profit de la FLSH et pour lequel j’ai postulé en 2013. Cet arrêt m’a réhabilité dans mes droits en ordonnant le MESRSTIC et le ministère de la Fonction publique de m’intégrer à l’enseignement supérieur comme maitre de conférences dans ma spécialité, ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent, et ce malgré les instructions récurrentes données par les différents Premiers ministres à l’actuel ministre de l’enseignement supérieur et l’aval du ministère de la Fonction publique pour ma titularisation dans ce poste.
La non-exécution dudit arrêt m’a fait comprendre qu’il y a quelque chose qui ne va pas au niveau de l’enseignement supérieur. C’est à partir de là que j’ai commencé à me poser de multiples questions sur les problèmes dont souffrent le secteur, en particulier la baisse de niveaux des étudiants, la gouvernance, la recherche scientifique, l’efficience interne et externe, le manque de concertation, l’échec de certains établissements de l’enseignement supérieur dans l’accomplissement de leurs missions, les textes régissant l’enseignement supérieur, etc.
Au début du mois de juin passé, j’ai réalisé une étude intitulée : Les dysfonctionnements et les incohérences de l’enseignement supérieur en Mauritanie : analyse et proposition, mise en ligne. Les raisons de cette réflexion sont essentiellement le constat que j’ai fait des problèmes cités plus haut.
Suite à cette étude, j’ai écrit d’autres articles publiés en arabe et en français qui constituent, d’une manière ou une autre, une suite de ce travail. Le dernier article qui aurait déplu au ministre, portait sur mon point de vue sur sa décoration par un ministre d’un pays étranger en 2017 sur la base de l’évaluation de son bilan et « son attachement au modèle d’enseignement supérieur de ce pays ». J’ai cité dans ledit article deux passages, l’un porte sur l’affaire qui a été soulevée par votre journal, Points Chauds, concernant la gestion de la SOCOGIM, une entreprise publique, tandis que l’autre concerne un audit fait par la Cour des Comptes dans cette société, lorsque l’actuel ministre de l’enseignement supérieur était son DG. A la fin de cet article, j’ai fait des remarques en tant que chercheur et écrivain journaliste de facto dans le strict cadre de la liberté d’expression sur un sujet qui interpelle tous les mauritaniens et qui a déjà fait couler beaucoup d’encre depuis 2009 jusqu’à présent.

Points Chauds : Pourquoi Sidi Ould Salem a porté plainte contre vous devant le tribunal de la Wilaya de Nouakchott Ouest ? Où on en est de cette affaire ?
Pour la première partie de cette question, je dirai qu’il a fait cette doléance juste comme acte de diversion pour que les regards ne soient pas concentrés sur les vrais problèmes de l’enseignement supérieur. Il veut transformer un problème relatif aux problèmes de l’enseignement supérieur en problème personnel entre lui et moi, ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut. Quant à la deuxième partie de votre question, je voudrais dire que le procès suit son cours, même si mes avocats et moi nous avons constaté que le plaignant use de son poste ministériel pour essayer d’avoir des privilèges juridictionnels. A titre d’exemple et en tant que partie civile, il devait faire lui-même la déclaration au commissariat de la police judiciaire de Tevragh Zeina, ce qui ne l’a pas fait. C’est son avocat qui a signé cette déclaration à sa place.
Un autre agissement prouvant que le ministre abuse de ses pouvoirs est la résiliation, sur sa décision, du contrat qui me lie à l’UNA depuis neuf ans, avec trois autres collègues anciens professeurs de la FLSH ; je n’étais informé de cette décision arbitraire, qui portait une date pour le moins surprenante, que le 7 septembre dernier et dans des conditions très opaques et suspectes. Les circonstances dans lesquelles cet acte injuste pris à l’encontre de quatre anciens professeurs dont une enseignante qui souffre d’une maladie chronique ne laisse pas le moindre doute sur les mauvaises intentions de celui qui l’a ordonné. Cet acharnement inouï de la part du ministre pour détruire la vie de quatre citoyens pères et mère de familles ayant sacrifié des années et des années de leur vie pour contribuer à la formation de milliers d’étudiants de la FLSH de l’UNA n’a d’égal que la stupidité des justificatifs ridicules évoqués par cette décision.
Le piège que le ministre aurait voulu tendre a été déjoué ; son but derrière le limogeage collectif et cynique de quatre enseignants, du reste issus de la même communauté, viserait à créer une polémique et une montée du discours communautariste à propos de cette affaire afin qu’on oublie les questions soulevées par les récents articles sur l’enseignement supérieur et le rapport de l’audit de sa gestion de la SOCOGIM, publié par la Cour des Comptes de 2010-2011-2012 sur son site internet en arabe et en français, depuis le 6 décembre de l’année dernière. Cette manœuvre a été aussi mise en échec grâce au sens patriotique des victimes, car la question de la lutte contre la corruption unit tous les mauritaniens, sans distinction d’origine sociale ou ethnique.
Tout cela prouve une fois de plus que ledit ministre se cache derrière son poste pour faire subir le maximum de sanctions à sa portée contre ceux qui osent parler des problèmes de l’enseignement supérieur, secteur vital pour la formation des jeunes générations et pour le développement scientifique et intellectuel de notre pays que le ministre considère comme étant son affaire personnelle.

Points Chauds : Quelle serait votre stratégie de défense contre cette plainte ?
Le collectif des avocats de défense a déjà élaboré sa stratégie afin d’assurer convenablement sa mission devant le tribunal. Mais celle-ci ne se limite pas à défendre, il a déjà introduit une plainte contre le ministre devant le Procureur de la Wilaya de Nouakchott Ouest, relative à la non-exécution de l’arrêt cité plus haut. Parallèlement à cela, je compte sur l’appui de l’opinion publique nationale, la presse et sur mes collègues enseignants. Enfin, quelle que soit l’importance de l’élan de solidarité avec mon cas d’où qu’il vienne et que je salue, je compte surtout sur les preuves et les arguments irréfutables que je détiens sur ce que j’ai publié et dont l’objectif final n’est autre que la préservation des biens publics et la bonne gouvernance du secteur de l’enseignement supérieur.

Points Chauds : Quel message voudriez-vous adresser à l’opinion publique nationale à propos de cette affaire ?
Le message que j’adresse à qui de droit est que toute cette affaire a été initiée par le ministre lui-même. En tant que soutien du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani, je pense que les mauritaniens veulent réellement savoir tout sur la gestion des affaires publiques de leur pays. C’est d’autant plus vrai qu’on est en pleine croisade contre la corruption suite aux conclusions du rapport de la CEP. Alors, le devoir national dicte que les problèmes du secteur de l’enseignement supérieur, comme tous les autres secteurs publics, devraient être tirés au clair et que le silence complice observé par certains ne peut qu’aggraver la situation de ce département sur tous les plans. Ma conviction inébranlable est qu’on doit, une fois pour toute, rompre avec les mauvaises pratiques d’antan, notamment l’opacité dans la gestion des affaires publiques afin d’instaurer à sa place la transparence et la bonne gouvernance. C’est aussi, je le pense, le rôle qui sied à tout soutien politique sincère du pouvoir en place.
Enfin, le refus systématique du ministre de l’enseignement supérieur d’exécuter les décisions de la justice, sa récente décision injuste mettant fin aux contrats d’un nombre d’enseignants de la FLSH de l’UNA, sa plainte contre un enseignant pour avoir exprimé librement son point de vue sur la gestion de l’enseignement supérieur sont autant de facteurs inquiétants qui requièrent l’intervention diligente du Président de la République pour rappeler ce ministre à l’ordre et pour que la famille de l’enseignement supérieur tourne la page de tant d’années de tensions et d’escalades cycliques et stériles .

Propos recueillis par : Moulaye

 

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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