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Mauritanie 2023: Vers des élections de tous les dangers?

Quels défis se posent aux prochaines élections après un quasi consensus sur l’agenda décisif?
Les mauritaniens ont précocement mais imprudemment dépoussiéré le volet électoral, en soldant à travers un quasi consensus l’agenda électoral pour les deux prochaines années.

Toutefois, cette entreprise n’a pas réussi à impliquer tout le monde, s’opérant en l’absence de grands pans de l’élite politique national notamment des milieux paupérisés et marginalisés, d’où l’orientation risquée du pays vers des échéances qui pourraient représenter un véritable danger pour la stabilité du pays dans une sous-région confrontée aux fléaux du terrorisme et aux inconvénients parallèles de l’exploitation pétrolière et gazière.

Accord sur les échéances de 2023

Le gouvernement représenté par le puissant ministre de l’intérieur et de la décentralisation, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine et les présidents et représentants de 24 partis politiques, soit près de 95% des formations reconnues ( à ne pas confondre à leur popularité tous réunis, qui peut être estimé à 50%), viennent de franchir le rubicond de la confrontation stérile, de l’incompréhension, de la politique du solitaire et du boycott, qui représentent tous réunis, le maillon faible de l’expérience démocratique mauritanienne de ces dernières années.
En effet, les deux blocs viennent de parapher, le lundi soir dernier 26 septembre courant, après plusieurs rounds de négociation et des tergiversations, un accord sur l’organisation des élections législatives, régionales et municipales 2023, qui devront intervenir un an avant l’élection présidentielle de 2024, laquelle, ne manquera pas aussi de faire l’objet d’une concertation identique, afin d’être couronnée d’un quasi consensus politique similaire, permettant d’étouffer l’atmosphère de mécontentement et de désarroi qui plane sur toutes les articulations de l’appareil Etat.

Un acquis inédit
Le document final de la concertation, qui a duré plusieurs semaines entre les deux parties, a été cosigné par le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation en personne et les représentants des partis politiques
Force est de reconnaitre que le pouvoir du président Ghazouani vient de réaliser un exploit politique sans précédent, même s’il peut mieux faire en ne laissant aucun parti hors de la concertation, notamment pour les formations politiques de grande assise populaire comme le RAG et les partis négro-mauritaniens de la CVE et de la CVE/VR.

La signature du document a été retardée de plusieurs heures, au cours desquelles des délégués du ministère de l’Intérieur ont entamé des concertations avec ceux des partis, avant qu’ils ne finissent tous par accepter de signer ledit document.

Un demi-succès
Mais, réussir à associer les partis réputés par le radicalisme politique contre les régimes successifs depuis le début de l’ère démocratique au début des années 90 du siècle dernier jusqu’à ce jour, tels que le RFD, l’UFP et l’APP et plus récemment Tawassoul, c’est un succès qui mérite d’être salué pour un pays où le consensus politique est resté depuis très longtemps une illusion.
Ce qui revient à dire que le pouvoir pour consolider cet acquis doit ouvrer encore afin que le dernier wagon puisse se joindre au train en marche et dont la course restera semée d’embûche et incertaine si la locomotive lancée persévéra dans sa voie involontairement exclusive d’un pan incontournable des acteurs de la politique nationale.
Remerciements du gouvernement
Le ministre de l’Intérieur a remercié à cette occasion les partis pour leur participation à la préparation de l’accord, et pour la responsabilité, la maturité politique et le sens patriotique manifeste dont ils ont fait preuve, mettant en exergue le rôle de cet accord pour l’avènement d’une saine représentativité et d’une transparence des scrutins.

Ould Ghazouani, artisan de l’accord

Le Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani n’avait pas seulement dirigé l’organisation de cette concertation, mais en été également le parrain.
En effet, il était au témoignage du premier policier du pays, soucieux à l’adoption de tout ce qui est de nature à contribuer à l’élargissement de la base de représentation.
La concertation a permis aussi, selon Ould Mohamed Lemine d’obtenir d’importants gains nationaux, dont à titre non exhaustif, l’élargissement et la diversification de la base de représentation, le soutien à l’équité entre les sexes et la représentation des personnes ayant des besoins spéciaux.
La responsabilité des prochaines élections incombe à chacun, a-t-il assuré, appelant enfin tout le monde à s’armer en permanence de l’esprit de cette concertation et de ses résultats, afin d’organiser des élections transparentes qui matérialisent ses conclusions.

La Diaspora mise dans ses droits spoliés par les charognards politiques

Le Président Ghazouani a instruit les autorités de prendre toutes les mesures afin que la candidature et le vote des représentants de la diaspora soient exclusivement circonscrits aux membres de ces communautés.

Il a été convenu que la candidature et le vote aux sièges parlementaires attribués à la Diaspora soient exclusivement réservés aux seuls membres de ces communautés, a affirmé, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, qualifiant cette décision de rectification d’une représentation spoliée depuis de nombreuses années.
Le vote des députés des Mauritaniens à l’étranger sera exclusivement circonscrit aux membres des communautés de leurs circonscriptions, a-t-il souligné, lors de la cérémonie de signature du projet d’accord entre le gouvernement et les partis sur les prochaines élections.
A travers cette démarche, «Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani, aura corrigé un écart représentatif qui perdure depuis de nombreuses années et aura par conséquent rendu, à nos communautés à l’étranger, leur droit constitutionnel», dans le choix, parmi leurs membres, de ceux qui les représenteront au sein du pouvoir législatif», a indiqué Ould Mohamed Lemine.

L’élection de tous les dangers

Le pari des élections a été certes gagné sur le papier, mais sur le terrain, qui est une autre manche difficile à jouer pour le gouvernement et les partis signataires du document final sur les futures consultations, tant de la Majorité que de l’Opposition, face une opposition exclue que le pouvoir semble jouer discrètement à la diabolisation progressive mais irréversible, en procédant à l’arrestation au sein de ses activistes.
En effet, l’incontournable leader politique et député Biram Ould Dah Ould Abeid, qui a mené dernièrement une précampagne anticipée à la transition politique dont il semble convaincu et qu’il estime, lui reviendra en consacrant son entrée au palais présidentiel, après s’être positionné à deux reprises deuxième dans des résultats de présidentielles supervisées par le sérail, avec ce que cela implique comme absence de transparence et utilisation des moyens de l’Etat au profit du candidat du pouvoir, fera tout pour défier le régime.
Biram pourrait même s’estimer opposé à un front uni manigancé par le pouvoir de Ghazouani et une opposition qui se sent amoindrie face à sa popularité grandissante, afin de lui barrer la route du palais, coute à ce que les opposants traditionnels recourent à des mariages politiques de raison avec le régime, pour consacrer sa continuité, en contrepartie de strapontins.
Cette situation pourrai s’aggraver dans l’avenir, renforcée par l’accord unilatéral signé dernièrement, et conduire à une bipolarisation de la scène politique, avec comme toile de fond une rupture à caractère communautaire et raciale, les noirs (RAGCVEAJD) contre les maures (autres partis).

Ce qu’il faut en conséquence éviter à tout prix dans un pays évoluant dans une région en ébullition et marquée la semaine dernière par un putsch dans un coup d’Etat et des menaces de guerre fratricide entre deux camps se rivalisant par mains interposées de Paris et de Moscou la légitimité de diriger le pays
L’ancien président, un autre défi qui n’est pas des moindres
Il observe un silence total depuis la levée du contrôle judiciaire et son déplacement en France pour effectuer un bilan médical. Mais, ceux qui connaissent l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz et son empire financier, savent que l’homme n’est pas de cette lignée qui se rend ou accepte la défaite.
Le temps que la machine électorale se mette en place, que le dossier de la décennie de corruption pourrisse dans les tiroirs de la justice et que le mandat présidentiel de Ould Ghazouani se rétrécit, limitant considérablement la mainmise de l’homme sur le sérail, l’ex Chef de l’Etat pourrait rebondir et créer une surprise générale, en déclenchant un raz-de-marée tout autour de lui.
C’est d’autant vrai que les mécontents du régime de Ghazouani sont très nombreux et que les géants politiques les anciens Premiers ministres et ministres de la décade, viendront le soutenir contre un pouvoir qui mène contre eux une chasse à la sorcière et qui a tenu, pendant plus de 3 ans à les avilir et les mettre à l’écart de la gestion du pays, confiée à des hommes moins patriotes qu’eux.

Procès-verbal de la concertation entre le ministère de l’Intérieur et les partis politiques

Le procès-verbal de la concertation qui s’est régulièrement tenue au cours des dernières semaines entre les deux parties sur fond de préparation des prochaines élections, avant d’être couronnée par la signature du document final susmentionné, a porté grosso modo sur les grands axes suivants.

En plus du préambule, le PV débattu qui se présente a porté sur le déroulement de la concertation, des synthèses sur 10 points en plus d’une annexe spéciale.

1. Proportionnalité dans les élections régionales et municipales ;
2. Proportionnalité dans les élections législatives ;
3. La liste nationale de la Jeunesse ;
4. Le statut de la ville de Nouakchott ;
5. La Commission Electorale Nationale Indépendante ;

6. Délais électoraux ;
7. Recensement administratif à caractère électoral ;
8. Contribution au financement des campagnes électorales ;
9. Etat civil ;
10. Recommandations spéciales.

Quant à l’annexe, il a comporté des points relatifs aux garanties de transparence, à l’élection des représentants des communautés mauritaniennes expatriés au parlement, aux délais électoraux, aux agents des commissions électorales, aux bureaux de vote et au financement des campagnes électorales.

Moulaye Najim

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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