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La pandémie de Corona : ”Les quatre priorités auxquelles nous devons répondre pour une stratégie mondiale contre la pandémie ”

Une opinion de Josep Borrell, Haut Représentant de l’UE pour les Affaires Etrangères et la politique de sécurité et vice-président de la Commission.
Le monde est entré dans la crise en ordre dispersé. Il est maintenant clair que ce n’est qu’ensemble que nous en sortirons. Voici les principales priorités auxquelles nous devons répondre.

Le contraste entre le silence des rues et des places d’Europe et le quotidien agité et douloureux d’un grand nombre de ses hôpitaux est déchirant. Le Covid-19 paralyse non seulement l’Europe mais la communauté internationale tout entière. Il apparaît déjà clairement que la pandémie va remodeler notre monde. Mais la nature précise du changement dépendra des choix que nous faisons aujourd’hui.

Vers une phase de convergence

Nous devons considérer le coronavirus comme l’ennemi commun de la planète. Même s’il ne s’agit pas d’une guerre, nous devons néanmoins mobiliser nos ressources comme en situation de guerre.

Or, en période de crise, notre instinct nous pousse à nous replier sur nous-mêmes, à privilégier le “chacun pour soi”. Bien qu’elle soit compréhensible, cette réaction est contre-productive. Faire cavalier seul ne fera que prolonger la lutte, pour un coût humain et économique bien plus élevé. Même si l’ennemi a déclenché des réflexes nationalistes, nous ne pourrons le vaincre qu’au moyen d’une coordination transfrontière, en Europe et au-delà.

Nous devons adopter une approche internationale commune de la pandémie, notamment pour porter assistance aux personnes les plus vulnérables, en particulier dans les pays en développement et les zones de conflit. J’ai insisté sur ce point lors des discussions que j’ai eues récemment avec les ministres des Affaires étrangères du G7 et bien d’autres encore. L’Union européenne se doit de participer à cet effort et elle le fera.

Il est temps maintenant de prouver que la solidarité n’est pas un vain mot. Heureusement, c’est déjà le cas en Europe, la France et l’Autriche ayant acheminé plus de trois millions de masques vers l’Italie, et l’Allemagne accueillant et traitant des patients venus de France et d’Italie. Après une première phase au cours de laquelle des décisions nationales divergentes ont été prises, nous entrons maintenant dans une phase de convergence dans laquelle l’UE joue un rôle central.

Pour sa part, l’UE accélère le rythme de ses décisions afin de faciliter la passation conjointe de marchés pour la fourniture d’équipements médicaux essentiels, les incitations économiques conjointes ainsi que les efforts de coordination en matière consulaire en vue du rapatriement des citoyens de l’UE bloqués à l’étranger. À l’issue d’une réunion virtuelle du Conseil européen, les dirigeants de l’UE sont convenus d’intensifier leurs efforts communs, notamment en développant un système européen de gestion des crises ainsi qu’une stratégie commune de lutte contre le coronavirus.

La crise du Covid-19 n’est pas une bataille entre pays ou entre systèmes. À différents stades de la pandémie, on a pu observer une assistance mutuelle entre l’Europe, la Chine et d’autres pays, témoignant d’un soutien et d’une solidarité réciproques. L’UE a apporté son soutien à la Chine lorsque l’épidémie y est apparue au début de l’année et, à présent, la Chine envoie du matériel et des médecins pour aider les pays touchés partout dans le monde.

Voilà des exemples concrets de la solidarité et de la coopération mondiales ; ils doivent devenir la norme. On peut penser au Covid-19 en se disant qu’il accélère l’Histoire. Quels que soient les changements à venir, l’UE doit demeurer un facteur d’unification et promouvoir les efforts conjoints avec la Chine et les États-Unis pour lutter contre la pandémie et ses conséquences. C’est uniquement si ces trois puissances vont dans la même direction que le G20 et les Nations unies pourront vraiment faire la différence.

Quatre priorités

Au-delà de la coordination internationale entre les gouvernements, la coopération entre les scientifiques, les économistes et les décideurs politiques doit également être renforcée. Lors de la crise financière de 2008, le G20 a joué un rôle décisif pour redresser l’économie mondiale lorsqu’elle était en chute libre. Il est à nouveau urgent de disposer d’un leadership mondial allant dans ce sens.

La coopération mondiale s’articule autour de quatre grandes priorités. Premièrement, nous devons mettre en commun les ressources pour produire de nouveaux traitements et un vaccin, qui doivent être considérés comme des biens publics mondiaux. Deuxièmement, nous devons limiter les dommages économiques en coordonnant les mesures de relance budgétaire et monétaire et en protégeant le commerce mondial de marchandises. Troisièmement, nous devrions envisager de rouvrir les frontières de manière coordonnée lorsque les autorités sanitaires donneront le feu vert. Enfin, nous devons coopérer pour lutter contre les campagnes de désinformation.

Les résultats du sommet virtuel que le G20 a tenu récemment tendent vers cette direction générale. Les initiatives mondiales et multilatérales devront toutefois se poursuivre et être pleinement mises en œuvre dans les jours et les semaines à venir.

Alors que le virus se propage dans le monde entier, nous devons accorder une attention particulière à son incidence croissante sur les pays fragiles, dans lesquels il risque d’exacerber les crises existantes menaçant la sécurité. En Syrie, au Yémen, à Gaza et en Afghanistan, des millions de personnes ont déjà été éprouvées par des années de conflit. Imaginez un seul instant ce qui se produirait si le coronavirus se déclarait dans les camps de réfugiés de la région, où les services d’assainissement et de santé sont déjà surchargés et où les travailleurs humanitaires éprouvent déjà des difficultés à acheminer l’aide.

Les défis du financement

Et puis il y a l’Afrique, qui revêt une importance capitale. En raison de l’épidémie d’Ebola qui s’est propagée entre 2014 et 2016 et d’autres épidémies, les pays africains ont acquis une certaine expérience, qui manque à l’Europe dans cette crise. Toutefois, les systèmes de santé du continent restent dans l’ensemble faibles et le nombre de personnes infectées augmente.

Dans de nombreux pays en développement, les personnes n’ont souvent pas d’autre choix que de sortir chaque jour et de vivre de l’économie informelle. Pire, le lavage des mains et la distanciation sociale peuvent être beaucoup plus difficiles si l’eau courante n’est pas toujours disponible et lorsque la plupart des familles vivent dans des espaces exigus.

Il s’agit d’une lutte qui aura besoin de financements pour être remportée. Les pays en développement sont fortement tributaires de trois sources de financement : les investissements étrangers, les envois de fonds et le tourisme. Or, ces trois sources de financement sont aujourd’hui durement touchées. À l’échelle mondiale, les flux de capitaux ont baissé de 60 %, les investisseurs fuyant vers des refuges sûrs et les travailleurs migrants perdant leur emploi et n’étant pas en mesure d’envoyer de l’argent dans leur pays.

Nous sommes confrontés à une récession mondiale et, afin d’éviter un effondrement de l’économie dans les pays en développement, il sera nécessaire d’apporter un soutien financier conséquent et d’accorder des lignes de crédit, et ce très prochainement. La coordination entre les banques centrales et les institutions financières internationales est la seule solution viable.

Enfin, au milieu de cette obscurité profonde, il est possible de mettre fin à des conflits de longue date. Quelques signes positifs de coopération entre rivaux ont déjà été observés. Par exemple, les Émirats arabes unis et le Koweït ont récemment envoyé de l’aide à l’Iran, qui a été particulièrement touché par le Covid-19. Personne ne peut se permettre de mener plusieurs guerres en même temps. Comme l’a expressément demandé M. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, nous devons utiliser cette crise comme une occasion de restaurer la paix.

Le monde est initialement entré dans la crise en ordre dispersé, un trop grand nombre de pays ayant ignoré les signes avant-coureurs et ayant fait cavalier seul. Il est maintenant clair que ce n’est qu’ensemble que nous en sortirons.

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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